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Assainir la démocratie en créant un ordre professionnel du journalisme?

21/10/2013 10:16 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST

Dernièrement, j'ai fait appel à l'ombudsman de Radio-Canada concernant une altercation sur Facebook que j'ai eue avec une journaliste au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mon intention n'est nullement de revenir sur cet incident malheureux pour cette journaliste et moi-même, car celle-ci a été blâmée. Néanmoins, cela m'a fait réfléchir sur le rapport entre journalisme et démocratie dans la société québécoise.

Je crois foncièrement au travail de journaliste, ayant moi-même pratiqué ce métier pour la radio communautaire CILE-MF à Havre-Saint-Pierre. Avec le recul, je me rends compte que je n'étais pas fait pour ce métier, car ma subjectivité m'est trop chère. Néanmoins, j'ai maintenant un regard davantage critique sur le travail des journalistes : la surveillance interpersonnelle présente sur les réseaux sociaux (parfois trop intense, mais tout de même essentielle) me pousse à agir lorsqu'il y a abus. D'ailleurs, on m'a reproché de n'avoir « vraiment rien à faire » pour porter plainte sur un incident si « banal ». Pourtant, je crois avoir agi en faveur de la démocratie, et ce, dans l'optique d'avoir un journalisme exempt de toute subjectivité.

On peut se compter chanceux de pouvoir faire appel à l'ombudsman : la Société Radio-Canada est dotée de normes et pratiques journalistiques (NPR) rigoureuses, ce qui n'est pas le cas à tout coup quand on se tourne vers le privé. Juin 2010, Québecor se retire du Conseil de presse, minant ainsi le pouvoir des citoyens de se plaindre contre les déboires des journalistes du conglomérat. Je ne dis pas qu'à tout coup les journalistes de QMI sont moins compétents que ceux de la SRC, mais du moins, à la société d'État, ils sont dotés de NPR qui ne sont pas bidons . D'ailleurs, l'émission Enquête de Radio-Canada sur Québecor nous rappelle qu'il faut être vigilant lorsqu'on s'informe avec le géant, trop souvent l'autopromotion liée à la convergence est mise de l'avant.

D'autre part, cela me rappelle qu'un rapport a été déposé en 2011 concernant le journalisme au Québec : celui de Dominique Payette. En somme, le « rapport Payette » apportait une nouvelle dimension sur ce pilier de la démocratie : la création d'un ordre professionnel des journalistes. Afin d'inciter les médias à joindre cet ordre, Mme Payette proposait d'inclure un crédit d'impôt aux entreprises qui souhaiteraient y participer. Personnellement, j'ajouterais à ce crédit d'impôt qu'il soit applicable en fonction du nombre de journalistes employés par la compagnie, et ce, à condition que l'entièreté des journalistes deviennent membres.

D'ailleurs, on pourrait forcer les entreprises à utiliser une certaine partie de leur crédit d'impôt pour financer cet ordre professionnel, on assurerait ainsi son indépendance : les membres pourraient voter démocratiquement pour leur représentant, se doter de NPR communes et attester enfin leur compétence. De surcroit, on pourrait inclure un test d'admission pour devenir membre de cet ordre. Ainsi, quelconque citoyen pourrait devenir membre de l'ordre, à condition de réussir ledit test.

Pour une démocratie saine et participative, les citoyens seraient appelés à porter plainte lorsqu'il y a abus. La coercition serait véritable, on pourrait suspendre le journaliste réfractaire, voire l'exclure de l'ordre professionnel lorsqu'il se voit blâmé plusieurs fois sur une certaine période de temps (le média en question n'aurait pas le choix de congédier le journaliste en question, car il perdrait automatiquement son crédit d'impôt).

Exercer le métier de journaliste est un privilège et non un droit. Les journalistes qui ont un biais dans leur lecture de l'information sont inquiétants. Dans un même ordre d'idées, le fait que certains médias incluent des nouvelles liées à la promotion de leurs activités est inacceptable. Les conflits d'intérêts, les abus et les cadrages partisans devraient être vivement vilipendés.

Au Québec, et dans les démocraties en général, on a tendance à attendre les crises pour agir. On attendu six ans pour ce qui est de l'adoption d'une charte pour l'intégration des immigrants et régler enfin la crise des accommodements raisonnables. Le « rapport Payette » a été tabletté en 2011, faudra-t-il attendre encore longtemps pour assainir notre démocratie?

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