LES BLOGUES

Le gay savoir et le MVP à C2-Montréal

24/05/2016 08:42 EDT | Actualisé 25/05/2017 05:12 EDT

Je suis de la génération pour qui jamais, au grand jamais, il n'aurait pu être concevable de se trouver une blonde dans les petites annonces. On cruisait dans les bars, sur les bancs d'école, même à l'église. On envoyait des lettres anonymes, on rougissait dans un blind date mais le courrier du coeur, on laissait ça aux vieilles filles et à Mon Onc' Gaston. Vous souvenez-vous de Madame Bertrand, le toune de Robert Charlebois?

« Madame Bertrand je suis un jeune veuf de 54 ans

Catholique et bon pratiquant dans mon tourment

Je cherche une maman pour mes enfants

Claude et Armand àgés d'onze et douze ans »

« Madame Bertrand je suis une Brunette de 45 ans

Un peu grassette j'adore les enfants

J'aimerais bien connaître un veuf ou un célibataire, sur les bancs d'école

Distingué avec de bonnes manières »

Aujourd'hui, le courrier du coeur, c'est la norme. Mon collègue Jacques a magasiné sa blonde sur Tinder. Il l'a trouvée après maintes rencontres infructueuses aux anecdotes parfois savoureuses. Mon ami Claude, lui, c'est sur Grindr qu'il a trouvé son nouvel ami. Est-ce plus sexy de s'offrir en pâture sur le web que dans la Gazette? Toujours est-il que ça marche... très fort.

En ce premier jour de C2-Montréal, j'ai pris rendez-vous, en pleine canicule, avec Joel Simkai, le fondateur de Grindr. Son application est un site de rencontres pour hommes homosexuels, bisexuels ou bicurieux qui connait un succès fulgurant. Me suis dit qu'il aurait des histoires hots à raconter.

En fait, Joel, c'est d'entrepreneurship qu'il cause. Pas des joies du sexe ni du déclin du VIH mais plutôt de MVP. Le MVP, vous n'avez pas fini d'en entendre parler. Non, ça ne veut pas dire Most Valuable Player de la semaine. Ça veut dire Minimum Viable Product, la nouvelle saveur du mois en management et en marketing.

La recette, c'est de répondre à un vrai besoin. Pour s'en assurer, il s'agit de créer une app de base (MVP), contenant les principales fonctionnalités, en essayant de ne pas trop dépenser puis de lancer la bouteille à la mer. Si elle revient, c'est qu'on a fait mouche.

Joel a bâti son empire avec cinq mille dollars. Il fallait qu'il se passe quelque chose et vite. Il a donc lancé son site un peu bric à brac, avec les moyens du bord. Et ça a marché. Le bouche-à-oreille a fait tout le travail. L'app répondait à un besoin. Besoin d'amour? De casual sex? De sécurité? Dépendant des pays, l'importance relative de ces considérations varie sans doute. Grindr est disponible dans 192 pays. 70 d'entre eux interdisent l'homosexualité. La sécurité revêt sans doute une plus grande importance en Iran ou en Chine. D'ailleurs, Joel s'étonne autant que moi que son app ait percé la Grande Muraille alors que Facebook s'y bute encore le nez. Madame Bertrand peut bien aller se rhabiller.

VOIR AUSSI :

Pays où l'homosexualité est passible de la peine de mort

VOIR AUSSI :

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter