Pierre Luc Brisson

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La politique avec un petit p

Publication: 26/06/2012 15:52

Les signaux du déclenchement prochain d'une campagne électorale au Québec se multiplient et, après la diffusion d'une première publicité où le premier ministre tente de faire passer son entêtement pour du leadership politique, voici désormais que le PLQ s'attaque à Pauline Marois dans une nouvelle capsule muette où la chef péquiste apparaît en teintes de gris. Le gouvernement essaie tant bien que mal de s'ouvrir une fenêtre pour un scrutin à la fin de l'été en tentant de faire oublier le bilan désastreux des quatre dernières années.

La campagne n'est pas encore commencée que déjà, le ton est donné. Quid des idées et des programmes? Exit la démission de Tony Tomassi, le fiasco des gaz de schiste, la braderie du Plan nord, la vente des droits d'exploitation pétrolière de l'île d'Anticosti, sans oublier les commissions Bastarache et Charbonneau. Le décor est planté : ce sera la rigueur contre « la rue ». Le « courage » du premier ministre versus la contestation étudiante. L'appel à la « majorité silencieuse » contre les détracteurs du gouvernement. Qu'à cela ne tienne, Jean Charest parle de courage politique et présente son bilan gouvernemental comme étant porteur d'avenir. Mesurez le décalage d'avec la réalité ... Ceux qui espèrent un scrutin où les enjeux de fond et la nécessaire rénovation de notre édifice démocratique seront à l'honneur risquent d'être déçus.

Le PLQ semble avoir choisi de faire de la politique avec un petit p, de dévier l'attention sur sa principale adversaire en faisant sienne la devise qui veut que la meilleure défensive soit l'attaque. Attaquer son adversaire, c'est une chose. Rivaliser de mauvaise foi par des spots publicitaires où l'hypocrisie se dispute à la vacuité intellectuelle, c'en est une autre!

Le pari est risqué pour le Parti libéral s'il souhaite vraiment s'aventurer sur le terrain de la publicité négative. Les exemples de ce genre sont peu nombreux dans l'histoire politique récente au Québec - sinon inexistants - hormis sur la scène fédérale, où le Parti conservateur a fait siennes les méthodes publicitaires des think tanks de la droite américaine. Le PC a démultiplié les attaques contre le PLQ et le Bloc, avec les résultats mitigés que l'on connaît : la dernière campagne s'est soldée par un balayage néo-démocrate sur la province. Stratégie à résultat nul pour les troupes de Stephen Harper. En vérité, les stratégies de communication négatives ne font pas partie de nos mœurs politiques et semblent plutôt rebuter les électeurs. Au contraire, on se plaît à aimer les victimes. Relent de notre ancienne situation de minoritaires? Allez savoir! Pauline Marois est la cible des tirs groupés des anciens chefs souverainistes et de la frange plus militante de son parti ? Sa popularité monte dans les sondages alors qu'on découvre de nouvelles vertus à la « dame de béton ».

On peut également remonter à la course à la chefferie de 2005, déclenchée après la démission de Bernard Landry. Les attaques contre l'intégrité d'André Boisclair suite à la révélation de sa consommation passée de cocaïne se sont traduites, dans les sondages, par des taux de popularité surréalistes pour celui qui allait devenir le sixième chef du Parti Québécois. L'élection d'un parti, à plus forte raison d'un premier ministre (puisque nous avons peu à peu présidentialisé notre système), c'est avant tout le résultat de l'adéquation du désir de changement de la population qui voit ce même désir incarné dans le programme d'un homme ou d'une femme politique. La stratégie négative, si jamais elle devait être considérée comme pertinente, est valable pour un parti souhaitant prendre le pouvoir, non pour un gouvernement qui devrait plutôt être fier de tabler sur son bilan afin de se projeter dans l'avenir. Or les publicités du PLQ nous démontrent bien que non seulement le parti de Jean Charest ne dispose pas de ce bilan, mais que le gouvernement est tout aussi incapable de saisir les profonds changements qui traversent la société et de les traduire par une offre politique attrayante. Une erreur d'appréciation qui s'est déjà reflétée dans la gestion du dossier étudiant...

Le Parti Québécois devrait immédiatement répliquer par une publicité mettant de l'avant deux ou trois mesures importantes de sa prochaine plateforme électorale, dans le but d'instaurer un clivage fort entre la méthode libérale et l'alternative politique que veut porter la formation de Pauline Marois. Face à un Jean Charest à l'air désabusé dont le discours était aussi terne que le décor gris de sa première publicité, le PQ aurait avantage à marquer le pas en lançant une publicité dynamique et axée sur le contenu. Car une chose demeure : le gouvernement aura beau vouloir faire du millage politique sur la position de Marois à propos de la crise étudiante, la réalité de la campagne électorale finira vite par reprendre ses droits.

Si le PLQ peut espérer faire trois ou quatre jours de route sur le fameux carré rouge et sur les casseroles du Printemps érable (dont le ministre des Finances saluait pourtant le caractère festif en mai dernier), l'on finira vite par revenir aux enjeux fondamentaux que sont l'économie, l'éducation, l'environnement, le développement des ressources naturelles et l'éthique politique. À ce moment, ce sont les neuf années de pouvoir de Jean Charest qui seront jugées par les électeurs. Et il y aura inévitablement un prix à payer pour avoir voulu faire de la politique avec un petit p ...

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