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Corruption et éthique politique: nous sommes tous responsables!

06/11/2012 10:25 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST
CP

Gérald Tremblay a finalement jeté l'éponge hier, accablé par les révélations des nombreux témoins à la Commission Charbonneau qui mettent en cause tant son administration que l'organisation de sa formation politique. Aveuglement volontaire ou réelle implication dans ce qui semble être un véritable système de corruption, gangrenant l'administration de la ville de Montréal? Seuls le temps et la justice nous le diront. Il n'empêche qu'il n'y a rien de satisfaisant à voir le maire de la première ville au Québec quitter ainsi, sous l'opprobre public. Non pas que je crois que Gérald Tremblay soit une victime, mais dans cette crise que traverse le monde politique québécois, la responsabilité est en réalité partagée, tant par les politiciens que par la population québécoise. Nous sommes tous responsables de l'état misérable de nos institutions publiques et de la probité de notre classe politique qui, au fond, n'est que le reflet de nos propres choix.

Nous sommes tous responsables, puisqu'une bonne partie de la population s'est complètement désengagée de la vie publique dans les dernières années. Désengagée de l'action militante, de la réflexion publique. L'on se plaint - à raison - des systèmes de collusion qui financent indûment, à même les deniers publics et les dépassements de coûts des grands travaux publics, les formations politiques. Or, qui aujourd'hui accepte de financer, annuellement, un parti qui porte ses idées, tant sur la scène provinciale que municipale? Qui aujourd'hui accepte de prendre un samedi ou un dimanche matin afin de se réunir entre citoyens et discuter programme et orientations politiques? Nous nous sommes tous désintéressés de l'action politique et aujourd'hui, l'on vient pointer du doigt les partis qui cherchent chez les entreprises privées le financement qu'ils ne sont plus capables de lever auprès des seuls citoyens. Il s'agit d'un cercle vicieux que seul le financement public intégral de la vie politique (au prorata des suffrages ou selon des règles précises pour les nouveaux partis) pourra briser dans les prochaines années. Ce sera le prix collectif à payer pour palier à notre propre désintérêt, à notre propre apathie.

La démission de Gérald Tremblay, si elle était nécessaire, n'est en rien réjouissante: elle est le pathétique reflet de notre propre échec politique collectif. Coupable d'avoir été naïf? Responsable de son propre manque de perspicacité? Tremblay l'est sûrement. Mais il était aussi un maire élu lors d'un scrutin qui a réuni seulement 39% des électeurs et électrices de Montréal (35% à Laval). Où étaient les 61% d'absents? Chez eux, en train de se dire que les candidats étaient « tous pareils » et que leur vote, en bout de course, ne « changerait rien ». Nous voyons aujourd'hui le triste résultat de tant d'années où la chose publique a été laissée entre les mains d'organisateurs véreux et d'entrepreneurs sans scrupule. J'espère - bien naïvement peut-être - que la démission d'hier, ainsi que la Commission d'enquête publique qui a actuellement cours, seront le prélude à une réelle prise de conscience citoyenne, à un retour de l'intérêt envers la chose publique. Nous nous le devons, tant pour nous-mêmes que pour ceux et celles que nous catapultons dans des postes de responsabilité avant de leur dire : «Débrouillez-vous maintenant!» Le contraire serait d'une tristesse affligeante, à l'image du freakshow qui nous est offert chaque semaine lorsque des aveugles volontaires ou des entrepreneurs corrompus viennent se faire applaudir sur les plateaux de télé de nos grandes messes collectives. Citoyens, citoyennes, engagez-vous!


La twittosphère commente les révélations du jour


La commission Charbonneau en bref


Construction: la (longue) marche vers une enquête