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Élections 2012: tout est possible

01/08/2012 04:43 EDT | Actualisé 01/10/2012 05:12 EDT
PC

Lorsque Bernard Landry a déclenché la campagne électorale qui devait finalement coûter le pouvoir au Parti Québécois au printemps de 2003, sa formation politique était virtuellement à égalité dans les sondages avec le PLQ, à 36% (Léger Marketing). Si la partie semblait de prime abord jouable (comme elle l'est aujourd'hui pour le premier ministre Charest), un mois d'une campagne laborieuse marquée par de nombreuses anicroches et un traitement médiatique somme toute défavorable (visionner l'excellent « À hauteur d'homme ») ont finalement donné le pouvoir à Jean Charest. Ces résultats, couplés aux résultats des campagnes provinciales et fédérales de 2007 et de 2011, devraient nous avoir prouvé une chose : l'extrême volatilité de l'électorat québécois, prêt à faire et défaire les formations politiques au gré d'une humeur plus que changeante. Parlez-en à Mario Dumont, lui qui aura vu son parti porté jusqu'à l'antichambre du pouvoir, avant que de s'effondrer à peine un an plus tard ...

La campagne électorale qui débute aujourd'hui s'amorce sur une figure de lutte à trois où, malgré le taux d'insatisfaction record envers le gouvernement sortant, l'opposition peine à se démarquer et à tirer son épingle du jeu. Ainsi, un coup de sonde réalisé par Léger Marketing et publié ce matin par les quotidiens de Quebecor révélait que le PQ distancerait d'à peine 3% le PLQ dans les intentions de vote générales, marquant cependant le pas chez l'électorat francophone. Dans l'état actuel des choses, et alors qu'aucun des principaux chefs ne réussit à s'imposer auprès de l'électorat - tant et si bien que l'option « ne sait pas » est grande favorite chez les répondants - il est impossible de prévoir la tendance du vote ou l'issue du scrutin. Un gouvernement libéral ou péquiste minoritaire semble possible, comme il peut être probable aussi que la CAQ, avec un socle d'appuis de 21%, puisse tranquillement remonter la pente. À ce compte cependant, la capacité apparente de François Legault à se mettre les pieds dans les plats, sur Twitter ou devant les journalistes, tout comme le fait qu'il s'agit de sa première campagne à titre de chef, devraient l'handicaper face à ses rivaux.

Plutôt que de s'attaquer de façon puérile à Pauline Marois, Jean Charest devrait quant à lui se méfier de la formation de Legault qui pourrait représenter un choix intéressant pour des libéraux désabusés qui, tout en voulant donner une leçon au PLQ, auraient l'avantage de pouvoir voter malgré tout pour un parti fédéraliste. Les résultats de l'élection partielle d'Argenteuil de ce printemps dernier devraient à ce titre envoyer un message clair à la direction du PLQ : le PQ, tout en voyant ses appuis stagner, a pu arracher une forteresse libérale en voyant les libéraux déçus passer à la CAQ qui a enregistré un gain de 10% par rapport aux résultats de l'ADQ en 2008. Assez pour conférer la victoire aux troupes de Pauline Marois. C'est également ce transfert de votes du PLQ à l'ADQ qui avait entre autres provoqué l'élection de nombreux députés adéquistes en 2007. Une fois les débats ridicules autour du carré rouge passés (le premier ministre peut espérer contrôler l'agenda de la campagne encore trois ou quatre jours), Charest tout comme Pauline Marois devront s'assurer de ne pas favoriser l'élection d'adversaires qui caquistes, qui péquistes, faute d'avoir réussi à mobiliser leur propre base électorale.

QS en embuscade

Lors du déclenchement de la dernière campagne électorale fédérale, le NPD recueillait à peine 15% des intentions de vote au Québec. Thomas Mulcair siégeait seul dans un océan bloquiste et la formation de Jack Layton en était réduite à présenter des candidats de figuration dans la plupart des circonscriptions où les effectifs d'organisation étaient inexistants. Au terme de la campagne, le NPD arrachait pourtant l'opposition officielle, raflant une majorité de sièges au Québec. Je fais ce rappel, car je considère que le climat ambiant, la morosité politique qui a mené les électeurs à rejeter les partis établis au Québec sur la scène fédérale ne s'est pas dissipé. Un an plus tard, il a au contraire été alimenté par les relents de corruption émanant du gouvernement Charest. À ce titre, Québec solidaire, bien que représenté par un seul député (comme l'était le NPD), est à ce jour la seule formation (excluant la nouvelle Option nationale) à ne pas avoir exercé le pouvoir. Il possède encore une virginité politique qui pourrait devenir attrayante au fil du temps. Si le parti d'Amir Khadir et de Françoise David semble avoir augmenté ses appuis populaires (de 3% à 8%), nous ne connaissons pas encore sa capacité réelle de croissance.

Est-ce que Québec solidaire profitera, comme l'ADQ jadis et le NPD l'an passé, de ce sentiment d'écœurement face aux principales formations politiques? Se rendra-t-il à 10, 15, 20% ? Les prochaines semaines nous le diront. C'est à mon sens la grande énigme de cette campagne qui commence. Il suffirait que la CAQ-ADQ, le PQ et le PLQ s'enferment dans une guerre d'accusations et de formules creuses pour que QS, peut-être favorisé par une bonne performance au débat des chefs, puisse espérer décupler ses appuis. La jeune formation de gauche a d'ailleurs dévoilé un slogan simple et efficace (« Debout! »), un visuel de campagne jeune et soigné et des vidéos promotionnels bien réalisés. Reste à voir si la performance de ses porte-parole sera à la hauteur de l'emballage présenté aux électeurs ...

Quoi qu'il en soit, nous sommes bel et bien partis pour trente-cinq jours de campagne qui s'annoncent plus qu'intéressants. Comme on dit dans les salles de casino : faites vos jeux, rien ne va plus!

Portraits des chefs

Les élections: ça commence!