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Denis Coderre: les risques du vide

12/11/2012 02:44 EST | Actualisé 12/01/2013 05:12 EST
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Denis Coderre est un personnage en soi. C'est une évidence que de le dire. Celui qui s'est bâti une stature publique par son franc-parler et par une habile mise en marché sur les médias sociaux est désormais pressenti comme candidat potentiel à la mairie de Montréal, en novembre 2013. Il ne s'en cache pas lui-même, faisant durer inutilement le suspense sur une nouvelle qui n'en est plus une, démultipliant les entrevues (Larocque-Lapierre, Tout le monde en parle) afin de ne pas annoncer sa non-candidature, tout ceci donnant naissance à des scènes quelque peu incroyables où des intervieweurs usent de contorsions langagières, de questions détournées afin de soutirer un semblant de réponse ou quelques idées au futur candidat. Idées qui ne viennent pourtant pas. Et c'est sans doute là que le bât blesse ...

Nous vivons dans une société étrange où il suffit d'être une vedette des réseaux sociaux pour que l'on puisse mobiliser tous les médias de la province afin de discuter de la possibilité de votre candidature à un poste électif. Car Denis Coderre n'a rien annoncé : il ne fait que refuser de confirmer ou d'infirmer s'il briguera les suffrages municipaux en 2013. En faisant une recension rapide et pas du tout scientifique des articles parus sur le sujet depuis quelques semaines (oui oui, semaines!), on trouvera facilement près de vingt papiers de grands quotidiens (y comprit un sondage) qui pourraient se résumer par ce seul titre de Radio-Canada: « Coderre fait durer le suspense ».

Ce qui nous amène inévitablement à nous questionner sur le rôle et le travail des médias qui, depuis quelques temps, semblent se transformer en machine auto-promotionnelle pour des candidats plutôt que d'aborder le fond des enjeux, le cœur du problème. Denis Coderre n'a pas encore pris de décision et, comme il l'affirmait hier sur le plateau de Jean Lapierre, il n'en prendra une qu'au printemps prochain? Parfait! D'ici là, passons au prochain appel!

Pendant que nous perdons collectivement notre temps sur ce non-événement, les médias passent sous silence les propositions concrètes d'un parti comme Projet Montréal qui vient tout juste de dévoiler un ambitieux projet de rajeunissement de l'entrée maritime de la métropole. Ce projet est-il réalisable? Dans quelles conditions le serait-il? Combien de temps cela nécessiterait-il? Nous n'en savons rien puisque Infoman est le seul - ou presque - à avoir couvert la conférence! Ça ne manque pas de rappeler la couverture médiatique dont avait bénéficié François Legault, que l'on créditait il y a un an à peine de près de 40% des intentions de vote et qui attirait une armada de journalistes chaque fois qu'il lançait un communiqué de presse (j'exagère à peine).

Au-delà de cette seule question du traitement médiatique, il y a un réel danger pour un politicien de premier plan à se prêter à ce jeu d'effeuillage dans les grands médias québécois. Hier, ce sont plus d'un million de téléspectateurs qui ont pu constater qu'au-delà des formules convenues du genre « Montréal est une grande métropole » ou « Sa diversité fait sa richesse », Coderre n'a encore rien à proposer aux électeurs, si ce n'est la création d'un poste de vérificateur. Près de dix minutes de blagues creuses sur le mot « si », alors que la métropole a besoin - et vite! - d'administrateurs compétents et intègres. Les grands médias sont un outil extraordinaire pour ceux qui veulent se projeter sous les feux. S'ils amplifient vos traits de caractère et font de vous un « personnage », ils peuvent aussi s'avérer tout aussi efficaces à mettre en lumière le vide de votre discours. C'est ce que devrait mesurer Denis Coderre qui, s'il continue ainsi, pourrait lui aussi vivre les affres de ceux qui, un jour, sont catapultés par les sondages d'opinion avant de se retrouver, le lendemain, face à leur propre échec. L'on dit que la politique a horreur du vide. C'est vrai. Et elle saura très bien le combler, ce vide, Denis Coderre ou pas ...

Coderre à la mairie de Montréal