Pierre Luc Brisson

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Le vide 2.0

Publication: 30/07/2012 11:51

À quelques jours (heures?) du déclenchement probable de la prochaine élection générale au Québec, les partis s'activent afin de boucler les dernières candidatures et de donner, avant le signal de départ, un peu de tonus à leur campagne future. C'est le moment de boucler les engagements électoraux, l'heure de donner un peu de relief à la future équipe gouvernementale. Mais depuis quelques jours déjà, au-delà des annonces quotidiennes des différents partis, c'est l'activité de plusieurs figures politiques de premier plan sur les réseaux sociaux qui retient l'attention.

Denis Lessard s'enthousiasmait ce matin dans les pages de La Presse devant ce qui - à ses yeux - s'annonce être une « campagne 2.0 palpitante », où nous pourrons assister « à des collisions en temps réel » entre candidats. Or, le spectacle offert sur ces mêmes réseaux depuis quelque temps a tout sauf la capacité de m'enthousiasmer devant ces enfantillages informatiques ...

François Legault semble être la cible favorite des internautes de la « twittosphère », lui qui ne manque pas de soulever des dizaines de répliques à chacun de ses commentaires, que ce soit sur la composition de l'équipe péquiste (« Quel candidat du PQ a dirigé une grande entreprise? ») à son apparente contradiction sur la question de la loi spéciale 12 (« La CAQ propose qu'on abolisse dès maintenant toute la partie de la loi sur les manifestations »). Hormis nous prouver qu'il n'a d'obsession que pour l'entrepreneuriat et l'analyse économique de la société (comme je l'ai déjà déploré dans un billet précédent), Legault est en train de réussir, à coups de messages de 140 caractères, à détruire sa stature de chef de gouvernement potentiel, si tant est qu'il en ait déjà eu une.

Alors qu'à peine 5 à 10% (suis-je généreux?) des internautes québécois utilisent Twitter, Legault se lance dans des chicanes de cour d'école avec d'anciens députés adéquistes, à coups de « pathétique! » et d'accusations de manque de convictions, au grand bonheur de la faune très particulière qui se délecte de ces joutes politiciennes. Ce faisant, il prête flanc aux répliques cinglantes des internautes, souvent plus que pertinentes, reprises en boucle par des médias en quête de nouvelles instantanées, s'abaissant aux débats au raz des pâquerettes qui animent trop souvent les réseaux sociaux.

Vous me direz que j'ai une conception peut-être un peu « vieux jeu » de la politique et vous aurez sûrement raison. Je ne vois aucun intérêt à savoir que le chef d'un parti quelconque est allé passer l'après-midi sur un terrain de golf avec sa femme (« priceless! » de s'exclamer Legault), pas plus que je ne me sens tout à coup virtuellement proche d'un homme ou d'une femme politique parce que je peux constater en direct toute la banalité de sa vie personnelle au quotidien, si semblable à la nôtre. J'attends de la personne qui aspire à devenir le premier ou la première d'entre les Québécois un peu de hauteur politique, un peu de vision, de sens de l'État.

Que les débatteurs de tout acabit s'activent sur les réseaux, soit! Ce n'est pas un mal en soi, mais ce n'est pas sur le Web que se décidera le sort de la nation. Que Twitter serve de relais et de lieu de discussion autour des programmes politiques, cela me semble incontournable en 2012. Qu'il devienne cependant le terrain de sable favori des apparatchiks des grands partis qui s'y collettent à tous les jours sur des sujets d'une futilité abyssale pour le commun des électeurs et que cela serve de matériau aux analystes les plus sérieux de la chose publique, c'est d'une tristesse affligeante. À une époque pas si lointaine, auriez-vous vu Robert Bourassa ou Jacques Parizeau se lancer dans de pareils échanges par claviers interposés? Le simple fait de l'évoquer fait sourire tant l'idée paraît impensable...

À l'aube de la campagne électorale et à un moment aussi crucial que celui-ci, au sortir d'un printemps marqué par l'un des plus importants mouvements de contestation de notre histoire récente, il me semble que nous sommes en droit d'attendre mieux de la part de ceux qui aspirent à siéger à l'Assemblée nationale. Aux hommes et aux femmes politiques de mettre sur la table leur programme, plutôt que de s'accuser mutuellement. Aux journalistes et aux chroniqueurs de tenter de départager le vrai du faux dans toutes ces propositions, plutôt que de s'émerveiller devant la joute politicienne livrée sur Twitter. Non, Monsieur Lessard, il n'y a rien de « palpitant » dans ces guerres de réseaux sociaux. Le chroniqueur qui ne vit que pour analyser les tenants et aboutissants des joutes politiques peut peut-être y trouver son compte, mais le citoyen qui contemple l'état de son pays ne peut qu'être affligé.

Rehaussons le débat! Nous ne pouvons nous permettre que cette campagne soit celle du vide 2.0 ...

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