Pierre Lortie

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L'Asie et nous

Publication: 13/06/2012 00:00

L'échiquier économique et politique mondial est en transition. Parmi les 19 pays du G20 qui, collectivement, représentent plus de 90% du produit mondial brut et 85% du commerce mondial, on compte quatre pays européens et cinq pays asiatiques.

Fasciné par le rythme de croissance vertigineux de la Chine, de l'Inde et de plusieurs autres pays asiatiques, il est facile de perdre le sens des perspectives. Pour le Canada, les États-Unis constituent de loin notre plus important partenaire et cette situation perdurera sur l'horizon prévisible. Il en va de même pour l'Union européenne, notre second partenaire économique et politique. C'est pourquoi la conclusion d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne constitue une véritable priorité.

Pour le Canada, et le Québec, il ne s'agit pas de remplacer nos partenaires traditionnels mais de reconnaître que le « monde » est maintenant constitué de trois régions d'un poids économique comparable. Le défi particulier présenté par l'Asie est que le vocable désigne un territoire géographique et non une entité économique capable d'agir pour et au nom de l'ensemble. L'Asie se caractérise par une grande hétérogénéité culturelle, politique et sociale ainsi que par un écheveau complexe de liaisons commerciales et politiques mue par un souci constant de maintenir une coexistence pacifique entre les principales puissances de la région. La voix à suivre est sans équivoque : on ne doit pas négliger nos partenaires traditionnels sous prétexte qu'il y a de nouveaux marchés à ouvrir, de nouveaux partenaires à séduire. Au contraire, il faut ajouter des ressources additionnelles et non les substituer.

La montée en puissance de l'Asie interpelle le Canada sur toutes les dimensions des relations internationales. À maints égards, nous avons manqué le bateau. Sur le plan des liens institutionnels, le Canada est généralement absent. Nous n'avons conclu aucun accord de libre-échange et, sauf pour l'APEC, nous ne sommes pas membres des organismes régionaux qui structurent le dialogue entre les pays ou puissances de la région. En ces matières, l'abstinence n'est pas une vertu. C'est un vice rédhibitoire lourd de conséquences.

Position singulière

Notre position contraste singulièrement avec celle de l'Australie. L'engagement proactif avec les pays asiatiques promu par le gouvernement de Bob Hawke au milieu des années 80, et sanctionné dans de nombreux rapports, dont l'influent Rapport Garnaut de 1989, a été poursuivi depuis avec assiduité. La continuité dans la mise en œuvre de cette politique par les gouvernements successifs est exemplaire. Ainsi, sur le plan commercial, les Australiens bénéficient des accords de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, Singapore, la Thaïlande et l'ASEAN, et des négociations sont en cours avec la Corée du Sud, la Chine, l'Inde et le Japon. Le Chili a conclu des accords similaires avec l'Australie, Brunei, la Corée du Sud, la Chine, le Japon, l'Inde, la Nouvelle-Zélande et Singapore. Les États-Unis ont conclu de tels accords avec l'Australie, la Corée du Sud et Singapore. Le Canada : aucun! Malgré une indication d'intérêt de la part du Canada, nous avons été écartés des négociations du Trans-Pacific Partnership (TPP) qui inclut l'Australie, Brunei, la Malaisie, le Chili, le Pérou, la Nouvelle-Zélande, Singapore, le Vietnam et les États-Unis.

La nature sibylline de ces accords ne doit pas nous faire perdre de vue leurs conséquences bien réelles et senties sur notre économie. Par exemple, la Corée du Sud est le troisième marché en importance pour les produits agricoles canadiens en Asie. Le droit de douane effectif moyen sur les produits agricoles s'élève à 48,5%. L'accord de libre échange Corée-États-Unis prévoit, entre autres, l'élimination graduelle des droits de douane sur les importations de porc congelé et transformé d'ici 2016 alors que le tarif applicable aux importations provenant du Québec s'élève à 25%. Il ne faut pas être grand clerc pour en saisir les conséquences.

Les efforts récents du gouvernement canadien pour contrer, voire renverser, la marginalisation du Canada tant au niveau économique que diplomatique en Asie, méritent d'être soulignés. Les négociations d'accords de libre-échange engagées avec la Corée du Sud, le Japon, l'Inde et bientôt la Thaïlande, et les démarches entreprises en vue de nous faire admettre à la négociation de l'accord TPP traduisent un rééquilibrage de notre politique extérieure. L'engagement du Canada d'entreprendre, à la suggestion du premier ministre Wen Jiabao, une « étude de complémentarité conjointe» avec la Chine, prélude à des négociations d'un accord de libre-échange, constitue un jalon majeur.

L'Asie, c'est aussi pour nous

Ces efforts visant à aplanir les obstacles à la pénétration des principaux marchés asiatiques ouvrent de nouvelles possibilités pour le Québec. Par exemple, la Chine a accordé au Canada le statut de "Destination Autorisée" en 2009 et a conclu un accord sur le transport aérien en février 2012. En 2011, plus de 200 000 visiteurs chinois sont venus au Canada, une augmentation de 25% par rapport à l'année précédente. Les Chinois constituent l'un des plus importants contingents de touristes en Asie, un immense marché à saisir. Les missions menées par le premier ministre Jean Charest depuis 2010 au Japon, en Chine, en Inde couplées aux visites ministérielles complémentaires ont le mérite de faire comprendre que l'Asie, c'est aussi pour nous.

Les résultats du sondage de la Fondation Asie-Pacifique indiquent que l'opinion québécoise partage cet avis, qu'elle est sensible aux enjeux géostratégiques qui façonnent la dynamique en Asie et que, de façon beaucoup plus volontaire que les Ontariens, les Québécois sont favorables à l'adoption de mesures et à la poursuite d'initiatives porteuses pour accentuer notre participation dans ces marchés.

 
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