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La fin du rêve américain

Il est tellement plus facile de haïr les étrangers, les minorités et les femmes qui luttent obstinément pour leur droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.

23/08/2017 09:00 EDT
wundervisuals
Les États-Unis sont devenus le pays le plus riche de la terre. Comment? Grâce à l'immigration.

À la suite de l'échec du communisme et à l'implosion de l'URSS dans les années 80, l'espérance de vie a diminué en Russie. Pourquoi? À cause de l'augmentation des suicides et des maladies reliées à l'alcoolisme.

L'espérance de vie a aussi diminué aux États-Unis. Pourquoi? À cause de l'augmentation des suicides, de la dépendance aux opiacés et des maladies reliées à l'alcoolisme.

Aux États-Unis comme en Russie, la réduction de l'espérance de vie a suivi un profond changement de régime. En Russie, ce fut la fin du rêve communiste et aux États-Unis, la fin du rêve américain.

Pia Malaney parle d'économie du désespoir. Elle cite une étude trouvant que Donald Trump a eu beaucoup de succès durant les élections présidentielles dans les comtés avec les plus hauts taux de mortalité reliés à la drogue, à l'alcool et aux suicides.

Apparemment, Donald Trump est en train de faire le vide autour de lui. Même Steve Bannon, stratège de l'extrême-droite et principal conseiller du président, a été congédié. Plusieurs patrons d'entreprises ont tourné le dos au président à la suite des manifestations de Charlottesville, en Virginie. Ils n'ont pas aimé comment Donald Trump a géré cette crise.

C'est Thomas Jefferson qui a rédigé la Déclaration d'indépendance des États-Unis. Il est écrit en préambule que la vie, la liberté et la recherche du bonheur sont des droits inaliénables. Il n'importe pas que ce soit vrai. L'important est d'y croire. C'est l'essentiel du rêve américain.

Les États-Unis sont devenus le pays le plus riche de la terre. Comment? Grâce à l'immigration.

Les millions de personnes qui ont émigré aux États-Unis y ont cru. Pendant longtemps, cela a bien fonctionné. Les États-Unis sont devenus le pays le plus riche de la terre. Comment? Grâce à l'immigration. Les ressources naturelles ne sont pas la principale richesse d'un pays; c'est d'abord et avant tout ses ressources humaines. Pendant la majeure partie de 20e siècle, les États-Unis en ont été la preuve flagrante. Ils ne se sont pas enrichis malgré les immigrants, mais bien grâce à eux, à leur débrouillardise et à leur détermination.

Les États-Unis ont vécu des périodes difficiles. Par exemple, les années 30, les années 70, le début du nouveau millénaire... Malgré cela, ils sont plus riches que jamais. Malheureusement, cette richesse est de plus en plus concentrée. Jusqu'en 1973, l'augmentation des salaires suivait celle de la productivité. Depuis, elle traîne loin derrière. Selon de nombreux observateurs, en tenant compte de l'inflation, on peut affirmer que les salaires ont stagné depuis le début des reaganomics. C'est vrai pour ceux qui ont conservé leur emploi, mais combien se sont retrouvés chômeurs à la suite de la mondialisation de l'économie? Combien de personnes ont vu leur rêve américain s'évanouir?

Les États-Unis sont victime de leur succès. Pour employer l'expression de Ronald Reagan, ils ont réussi à se débarrasser de « l'empire du mal », l'URSS. Après la chute du mur de Berlin, les capitalistes se sont vite rendu compte qu'ils n'avaient plus besoin de prouver que leur système était meilleur que le communisme. C'est alors que les salaires ont stagné et que les gains de productivité ont été canalisés vers les plus riches. Ce fut la source de grandes frustrations pour la classe moyenne. Tout à coup, le pays avait moins besoin d'elle pour s'enrichir.

Les humains étant grégaires, ils s'attaquent rarement aux chefs de meute. Quand ils sont frustrés, ils attaquent habituellement plus faibles qu'eux. C'est ce qu'on observe présentement aux États-Unis. En offrant la Maison-Blanche à Donald Trump, ses partisans s'en prennent aux juifs, aux arabes, aux noirs, aux minorités, aux femmes, mais absolument pas aux banquiers ni aux hommes d'affaires qui les ont progressivement dépouillés d'une partie de leurs avantages et qui continueront tant qu'on les laissera faire.

Il est tellement plus facile de haïr les étrangers, les minorités et les femmes qui luttent obstinément pour leur droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.

Cela donne ce qu'on voit présentement aux États-Unis, au Québec et partout en Occident : un réveil de cette haine que, naïvement, on croyait presque éradiquée, mais qui n'était que dormante. C'est trop difficile de confronter son patron et d'exiger une augmentation de salaire. Il est tellement plus facile de haïr les étrangers, les minorités et les femmes qui luttent obstinément pour leur droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.

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