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Des baisses d’impôt ? Oui, mais…

Les Québécois bénéficieront d'une réduction permanente de leur fardeau fiscal de 2,3 milliards de dollars par année dès 2017.

26/11/2017 08:00 EST
Getty Images/iStockphoto

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, annonce avec tambour et trompette de nouvelles baisses d'impôt. À l'abolition progressive de la contribution santé depuis 2016 s'ajoutent rétroactivement au 1er janvier dernier la bonification du montant personnel de base et la réduction du 1er taux d'imposition de 16% à 15%.

Tout contribuable qui aurait eu au moins 55 $ d'impôt provincial à payer en 2017 verra son fardeau fiscal réduit de 55 $ grâce à la bonification du montant personnel de base. Quant à l'abolition de la contribution santé et la réduction du 1er taux d'imposition, la baisse d'impôt dépendra des revenus imposables. La réduction du 1er taux d'imposition baisse l'impôt de 278 $ pour tous les contribuables déclarant des revenus imposables supérieurs à environ 43 000 $.

Les Québécois bénéficieront d'une réduction permanente de leur fardeau fiscal de 2,3 milliards de dollars par année dès 2017. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est tiré d'un communiqué du Cabinet du ministre des Finances. Pourtant, dans quelques années, la plupart des contribuables auront moins d'argent dans leurs poches qu'avant les baisses d'impôt. Pourquoi ? Parce qu'il y aura une augmentation de certaines charges sociales parallèlement à la diminution de l'impôt.

Le tableau suivant illustre tout cela.

Courtoisie

Les calculs ont été réalisés à l'aide de l'outil du Ministère des Finances qui permet à chaque contribuable de vérifier sa baisse d'impôt jusqu'en 2018. J'ai extrapolé pour les années suivantes.

J'ai pris l'exemple d'un contribuable seul qui déclare 43 000 $ de revenus imposables. En 2016, il a cessé de payer la contribution santé de 114 $. Par contre, il a payé un peu plus cher pour les charges sociales les plus courantes : le Régime de rentes du Québec, le programme d'assurance-emploi et le Régime québécois d'assurance parentale. Au total, il a pu mettre 98 $ dans ses poches.

En 2016, le salaire médian était de 40 000 $. Cela signifie que plus de la moitié des contribuables épargnera moins que dans mon tableau. Beaucoup n'épargneront rien du tout s'ils ne paient déjà pas d'impôt...

La baisse d'impôt totale est de 438 $ par année si ses revenus ne changent pas et si le gouvernement respecte ses engagements.

À partir de 2017, mon contribuable épargne 115 $ à la suite de l'abolition de la contribution santé, 55 $ grâce à la bonification du montant personnel de base et 268 $ parce que le 1er taux d'imposition est réduit de manière récurrente de 16% à 15%. La baisse d'impôt totale est de 438 $ par année si ses revenus ne changent pas et si le gouvernement respecte ses engagements.

En 2017 et en 2018, mon contribuable a 500 $ de plus dans les poches à la suite des baisses d'impôt et à la réduction des cotisations à l'assurance-emploi. Malheureusement, dès 2019, les cotisations au RRQ augmentent rapidement pour faire face à la bonification du régime annoncée il y a quelques semaines par Carlos Leitao lui-même... Conséquence : mon contribuable se retrouve rapidement avec moins d'argent dans les poches qu'aujourd'hui.

On dirait que la main droite ne veut pas savoir ce que fait la main gauche.

Évidemment, ce serait pire si le gouvernement ne baissait pas l'impôt, mais ne pourrait-il pas donner l'heure juste ? Ce n'est pas parce qu'on paiera moins d'impôt qu'on aura, à moyen terme, plus d'argent à dépenser. Carlos Leitao le sait bien ; c'est lui qui diminue l'impôt tout en augmentant certaines charges sociales. On dirait que la main droite ne veut pas savoir ce que fait la main gauche.

Je termine en précisant que chaque cas est particulier. Voici le même tableau pour une personne retraitée qui ne cotise plus à l'assurance-emploi ni au RRQ.

AOL

Ce contribuable a 492 $ de plus dans les poches chaque année. Apparemment, le pouvoir d'achat des personnes âgées est vraiment augmenté.

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