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À la demande du gouvernement conservateur, Revenu Canada nous ferme la porte au nez!

25/11/2014 10:09 EST | Actualisé 25/01/2015 05:12 EST

« Notre gouvernement s'engage à faire en sorte que tous les Canadiens soient traités avec impartialité et respect par l'Agence du revenu du Canada (ARC) » - Kerry-Lynne D. Findlay, ministre du Revenu national, le 23 août 2013.

Depuis le 1er octobre 2013, l'Agence du Revenu du Canada (ARC) a fermé ses portes à tous les contribuables canadiens. Elle continue de percevoir impôts et taxes, mais refuse de recevoir qui que ce soit. Tous les comptoirs de services sont fermés.

Si vous avez un problème relié à l'impôt ou à la Prestation fiscale pour enfant, vous pouvez tenter de le régler par Internet. Bonne chance pour vous retrouver dans le capharnaüm du site de l'agence! Si vous n'êtes pas branché sur le web, vous pouvez écrire à l'ARC qui vous suggérera, le plus souvent, de consulter son site... Mais l'agence préfère que vous téléphoniez. Sachez toutefois qu'elle a resserré ses critères d'accessibilité. Vous devrez souvent attendre de longues minutes avant qu'un agent vous réponde. Si votre problème est un peu compliqué, l'agent ne pourra probablement pas le résoudre ou pire, vous donnera une mauvaise réponse. Il pourrait même couper malencontreusement la ligne si vous prenez trop de son précieux temps... Pourquoi? Parce que les agents ont des critères de rendement reliés à la quantité d'appels pris dans une journée. La qualité est secondaire.

Si votre problème n'est réglable ni par Internet, ni par téléphone, ni par correspondance, tant pis. L'agence a fermé ses portes au public et refuse obstinément de vous voir. Un an après la fermeture du bureau de Montréal, il y a toujours beaucoup de gens qui s'y présentent pour obtenir de l'aide. Certains gémissent, supplient, menacent, pleurent ou font des crises de nerfs... Tous sont refoulés vers la sortie comme des intrus, des indésirables. S'ils ont besoin d'utiliser les toilettes, la consigne est de leur dire qu'elles sont maintenant privées. On les invite à utiliser celles du Complexe Desjardins. Non seulement l'agence nous envoie ch... Elle nous envoie ch... chez le voisin!

Si vous êtes plus dégourdi que la moyenne, vous irez vous plaindre à votre député. L'agence vous ouvrira alors ses portes en maugréant. L'employé qui vous reçoit n'a pas la permission de régler votre problème même s'il pouvait. Son rôle est de vous isoler dans un petit bureau doté d'un appareil téléphonique. Votre saute d'humeur vous aura donné le droit de parler au téléphone avec un autre agent installé dans un autre bureau, dans une autre province... Kafkaïen, n'est-ce pas?

Si vous en avez les moyens, vous pourrez payer des fiscalistes pour en finir. L'ARC sera très fière d'avoir contribué par son ineptie à l'essor du privé. Sinon, mangez de la m...!

Arrogante technocratie qui détermine sans appel ce qui est bon pour nous! C'est le comportement typique du gestionnaire qui augmente ses primes au rendement en coupant aveuglément dans les services... Nous vivons dans un pays supposément démocratique où ministres, députés et fonctionnaires devraient être au service du peuple canadien. Qui est l'hurluberlu qui a pensé que c'est une bonne idée de nous fermer la porte au nez?

J'ai porté plainte auprès de l'ombudsman des contribuables. Il m'a répondu que cela ne le concerne pas. L'agence pourrait fermer ses services téléphoniques ou refuser de répondre aux courriers reçus, cela ne le concerne pas non plus. Son rôle est d'assurer le respect des normes. Qu'elles soient stupides ne le concerne pas!

J'ai écrit à Stephen Harper. Il m'a répondu que cela ne le concerne pas. Pourtant, c'est un secret de Polichinelle qu'il met son nez partout.

J'ai écrit à Kerry-Lynne D. Findlay, ministre du Revenu national. Elle m'assure « que la fermeture des comptoirs de services n'a pas été une décision prise à la légère. Selon le budget fédéral de 2012, l'ARC [doit] contribuer à la réduction du déficit[...]. » Cela confirme que l'ARC a les mains liées et doit obéir aux ordres du premier ministre. À quoi sert de créer des agences si elles n'ont pas plus de marge de manœuvre que les ministères?

Elle poursuit en me traitant en termes choisis de vieux schnock : « Les Canadiens changent leur façon de faire et ils veulent des moyens pratiques, modernes et rapides pour s'occuper de leurs affaires. » Ne pourrait-on pas être moderne sans être goujat?

Elle me réfère au site Web et me dit que je peux aussi téléphoner. Sans surprise, elle omet de me rappeler qu'on peut écrire à l'ARC ou se plaindre à son député. Ces deux canaux de communication sont jugés trop coûteux, comme les comptoirs de service.

Elle termine en m'assurant que « l'accessibilité aux réseaux et la tendance des appels sont étroitement surveillées ». Je le sais. L'agence a moult gestionnaires mesurant sans relâche notre patience. « Maintenir l'équilibre entre la ressource disponible et l'accessibilité du service » se traduit par la question suivante : comment peut-on réduire les services sans provoquer une révolte des contribuables?

En somme, elle a jargonné sur la fermeture des comptoirs sans répondre à ma question : de quel droit privez-vous les contribuables d'un service essentiel?

Les meilleures communications commencent toujours par une franche poignée de main. Depuis la nuit des temps, le canal privilégié de la communication est celui de la proximité, du face-à-face. Aucun politicien ne me contredira, surtout en période électorale où ils courent dans tous les sens comme des poules sans tête pour nous serrer la pince.

Avant le 1er octobre 2013, le contribuable avait le choix entre quatre canaux de communication. Trois accessoires : le web, le téléphone ou la correspondance. Un seul canal essentiel : le contact humain. En fermant les comptoirs de service, l'agence jette l'essentiel pour ne conserver que les accessoires. Le contribuable a perdu son droit de choisir le contact humain pour régler ses problèmes.

Pour Stephen Harper, Kerry-Lynne D. Findlay et les patrons de l'ARC, c'est de la rationalisation. Pour moi, c'est du mépris, de l'abus de pouvoir pour épargner quelques millions.

Hé oui! Vivre en démocratie coûte des sous. Choisir le contact humain comme moyen de communication coûte un peu plus cher. Ce n'est pas une raison de nous retirer ce choix. Tel qu'indiqué dans la citation en début de texte, les conservateurs se sont engagés à traiter tous les Canadiens « avec impartialité et respect ». Croient-ils sérieusement se montrer respectueux en nous fermant les portes au nez?

Une petite chanson pour finir : Le déficit (auteure : Sophie Anctil , interprète : Paule-Andrée Cassidy)

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