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L'histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980

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Chers lecteurs et lectrices,

Il me fait plaisir de vous présenter mon nouveau livre intitulé Histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980, à paraître aux Éditions de l'Homme et qui sera en librairie le 26 février prochain. Il s'agit d'une mise à jour d'un ouvrage que j'avais publié en 1986 aux Éditions Asticou, à Hull, sous le titre Le crime organisé à Montréal, 1940-1980. Presque 30 ans se sont écoulés depuis la sortie de ce livre qui avait reçu un bel accueil à l'époque.

Le présent ouvrage a fait l'objet d'importants remaniements. Trois nouveaux chapitres couvrant les décennies 1900 à 1939 ont été ajoutés. On a souvent lu et entendu parler de ce qui ce passait à Montréal au temps de la Seconde Guerre mondiale, alors que les maisons de jeux et de prostitution avaient pignon sur rue et que les autorités municipales et policières luttaient pour les éradiquer. Mais on connaît moins ce qui s'est passé dans le milieu interlope d'avant-guerre.

Écrire l'histoire du crime organisé de Montréal, c'est raconter par ricochet l'histoire de la police de Montréal et le rôle qu'ont joué les chefs de police dans leur lutte contre la criminalité organisée. Ceux-ci, qui avaient la confiance des élus municipaux, avaient la difficile tâche de combattre le jeu illégal et les maisons de désordre publiques qui pullulaient partout, souvent avec peu d'effectifs et de moyens mis à leur disposition.

Depuis un siècle, Montréal est devenu l'endroit par excellence où la mafia a trouvé un terreau fertile pour se développer et prospérer. Son port de mer intérieur s'ouvrant sur l'Europe, sa proximité avec New York, sa diversité multiethnique en ont fait un choix tout désigné. C'est ce qui a permis à des organisations criminelles comme la mafia sicilienne et la mafia calabraise, aussi connue sous le nom de 'Ndrangheta, de s'installer en douce dans la foulée des grandes vagues d'immigration du début du 20e siècle et de celle après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces mafias ont grandi et prospéré dans l'anonymat, veillant à attirer le moins possible l'attention des autorités.

La période de 1900 à 1919 est marquée, entre autres, par la présence et les activités de la Main noire, une organisation criminelle qui semait la terreur au sein de la communauté italienne de Montréal. La police de Montréal fera appel à l'expertise de sa consœur new-yorkaise pour l'aider à mieux combattre cette société secrète. Par ailleurs, face à l'indolence et l'inefficacité de la police à enrayer les maisons de jeu et de débauche, les Montréalais réclament une enquête sur la police municipale. Le Comité des Seize, une association de citoyens prônant la suppression de la prostitution de rue et de la drogue, agira comme fer de lance dans sa croisade contre l'immoralité publique et la corruption.

Les années 1920 mettent, entre autres, en relief le fameux attentat sanglant du tunnel de la rue Ontario qui donna lieu à un retentissant procès, au terme duquel quatre hommes, dont Tony Frank, le réputé chef de la mafia de l'époque, montrèrent sur l'échafaud de la prison de Bordeaux pour expier le meurtre d'un employé de banque, assassiné lors de l'attentat. Cette affaire allait mettre au grand jour les relations troubles de certains membres de la police et de tenanciers de maisons de jeu et de prostitution, lesquelles feront l'objet d'une enquête de la commission royale Coderre sur la police de Montréal, en 1924.

La grande dépression économique des années 1930 affecte gravement la ville de Montréal et réduit au chômage des milliers de travailleurs, faute de travail. Mais la crise n'empêche aucunement les magnats du crime organisé de donner cours à leurs activités illicites. L'ère de la prohibition américaine s'avérera tout aussi profitable pour les contrebandiers d'alcool québécois qui font des affaires d'or, alors que les caïds juifs, Harry Davis et Charles Feigenbaum, règnent en maître dans les cercles de la contrebande internationale de narcotiques. Par ailleurs, les autorités provinciales, sous l'égide du gouvernement de Maurice Duplessis, partent en guerre contre les tripots de jeux et les réseaux de preneurs de paris livre de Montréal.

Durant les années 1940, l'éclosion des maisons de débauche et la propagation des maladies vénériennes menacent la santé de centaines de militaires de l'Armée canadienne cantonnés à Montréal. Les autorités de la Ville de Montréal craignaient que si l'Armée mettait à exécution sa menace de déplacer ses troupes ailleurs, cela entraînerait des conséquences graves pour l'économie de Montréal déjà chancelante. Aussi, s'empressent-elles de prendre les mesures pour combattre la pègre sous toutes ses formes en embauchant Pacifique Plante à la direction de l'escouade de la moralité de la police. Pendant les quelques années qu'il dirige l'escouade, Plante parvient presque à nettoyer la ville de ses éléments indésirables. Enfin, le meurtre en juillet 1946 d'Harry Davis, le roi des maisons de jeu de l'époque, cause des remous, tant au sein de la police de Montréal que dans le milieu interlope. Sa mort marquera la fin de l'âge d'or de la pègre juive.

Les audiences de la commission d'enquête Caron, au début des années 1950, sur les mœurs corrompues de certains membres de l'escouade de moralité de la police de Montréal et l'incapacité de cette dernière à fermer lupanars et maisons de jeu, font la manchette quotidienne des médias. C'est aussi vers cette même époque que le milieu interlope montréalais prend un tout autre virage, lorsque des membres de la mafia américaine viennent s'installer dans la métropole. L'un d'eux, Carmine Galante de la famille Bonanno de New York, s'affairera à consolider l'emprise de la Cosa Nostra sur Montréal. Commence alors le début de l'ascension des frères Vincenzo, Giuseppe et Frank Cotroni à la tête de la mafia locale, qui fera d'eux les leaders incontestés du crime organisé montréalais pendant plusieurs décennies.

Écrire l'histoire du crime organisé de Montréal, c'est bien sûr raconter l'histoire de la mafia américaine, notamment celle de New York, laquelle a joué un rôle important dans le façonnement des organisations criminelles italiennes établies en Ontario et à Montréal. Ce n'est vraiment qu'à partir des années 1960 que les autorités fédérales, provinciales et municipales prennent conscience de l'importance et de l'ampleur de cette société secrète criminelle, qu'est la Cosa Nostra, qui opère aux États-Unis déjà depuis plus d'un demi-siècle, et dont les activités et ramifications s'étendent jusqu'au Canada.

Enfin, l'arrivée au pouvoir, en 1970, de Robert Bourassa marque le début d'une offensive jamais entreprise au Québec contre le crime organisé et la mafia. Conscient que cette dernière s'est infiltrée solidement dans les officines gouvernementales, le gouvernement, plus que jamais décidé à la contrer, crée en 1972 la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO), une première au Québec. En dépit de son succès mitigé, elle fera tout de même connaître au grand public l'étendue des tentacules de la mafia sur Montréal et ailleurs au pays. Les travaux de la CECO sonneront le glas du clan Cotroni-Violi, alors que des Siciliens, sous l'égide de Nicolo Rizzuto, prendront les commandes de la mafia en faisant éliminer les frères Violi.

Voilà bien sommairement résumées les grandes lignes de ce livre qui relate encore plusieurs autres matières qui ont fait de l'histoire du crime organisé de Montréal un sujet fort captivant.

Bonne lecture!

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