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Une stratégie plus ambitieuse pour le français

26/02/2013 12:42 EST | Actualisé 28/04/2013 05:12 EDT
AP
Parti Quebecois supporters cheer as election results are announced in Montreal, Tuesday, Sept. 4, 2012. The separatist party won power in the French-speaking province of Quebec on Tuesday night, but another referendum to break away from Canada isn't expected any time soon after the Parti Quebecois failed to win a majority of legislative seats. (AP Photo/The Canadian Press, Graham Hughes)

Comment promouvoir le français ? Certaines mesures encore en vigueur étaient sans doute pertinentes dans le contexte dans lequel elles ont été prises. Mais aujourd'hui, le «pastagate» nous rappelle les absurdités auxquelles mène une stratégie de répression. Au contraire, il semblerait que les avantages d'une stratégie de séduction et d'ouverture sont grandement sous-estimés.

Dans ce débat, les arguments traditionnels sont connus: l'intolérance de l'anglais a des conséquences économiques néfastes, qui ont déjà fait perdre à Montréal le statut de capitale économique, financière et culturelle du Canada, au profit de Toronto notamment. Plus récemment, de nombreuses anecdotes confirment que l'exode de nombreuses activités se poursuit. Les Québécois sont les premiers à en souffrir: il reste moins d'emplois au Québec, et ceux qui demeurent sont typiquement moins bien payés, comme en témoigne l'accroissement du différentiel de richesse entre les Québécois et les autres Canadiens.

Tout ceci est connu. Mon point ici est de souligner les conséquences indirectes pour le rayonnement du français, qui sont les grandes absentes dans le débat actuel.

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Tout d'abord, les Canadiens et les Américains vont-ils vraiment apprendre le français s'ils considèrent que le Québec est marginal? Tyler Brûlé, grand voyageur canadien qui écrit pour le Financial Times, relate chaque semaine une aventure dans une nouvelle ville. De mémoire, il n'a évoqué Montréal qu'une seule fois, en référence à un séjour dans la ville lorsqu'il était enfant, il y a une quarantaine d'années. N'est-il pas temps pour le Québec d'adopter une stratégie plus ambitieuse?

Un Québec plus ouvert, plus riche culturellement, plus prospère, susciterait au contraire la curiosité et l'admiration, et serait une force importante pour la diffusion du français en Amérique du Nord.

Rappelons que toute l'Europe cultivée, de Londres à Moscou, parlait français à la fin du XVIIe siècle sous le règne de Louis XIV. Non pas parce que le monarque avait conquis toute l'Europe et avait imposé l'enseignement et la pratique du français avec l'équivalent d'une loi 101... Mais tout simplement parce que le rayonnement culturel, économique et militaire français de l'époque avait séduit les élites européennes! Parler français était tout simplement «cool».

À ce titre, il est intéressant de noter que la France fait marche arrière, et qu'aux mêmes causes s'associent les mêmes effets. Depuis l'élection du gouvernement socialiste, il a bientôt un an et l'accentuation de la crise économique, les Italiens et les Espagnols délaissent maintenant l'enseignement du français pour se tourner vers l'allemand. L'Allemagne, mieux gérée et plus prospère, résiste mieux à la crise européenne. Son économie tourne à plein régime, et on peut facilement y trouver un emploi.

Très clairement, cela accroît son pouvoir d'attraction, notamment vis-à-vis des jeunes, et cela favorise grandement l'apprentissage de l'allemand et la diffusion de la culture allemande. Au contraire, les difficultés de la France isolent le pays et réduisent substantiellement le rayonnement du français. Les parallèles avec le Québec sont évidents. Peut-être faudrait-il en tirer des leçons!

La Loi 101 au Québec