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Carrière ou famille: comment faire le bonheur des femmes?

30/10/2013 12:06 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST

De nos jours, une jeune femme sait qu'elle peut si elle le souhaite faire carrière et réussir à la hauteur de ses talents et de son ambition. En effet, qu'elles soient à la tête de grandes entreprises ou même du Québec, les femmes occupent maintenant des positions traditionnellement réservées aux hommes.

Le discours ambiant pousse d'ailleurs les femmes dans cette direction, à tel point qu'avoir une carrière peut parfois être perçu non comme une possibilité, mais comme un devoir social.

Un électrochoc des mentalités était sans doute nécessaire il y a 50 ans pour rompre avec un modèle très patriarcal. Mais aujourd'hui, plutôt que de traiter les femmes comme des pions dans une guerre idéologique, une attitude réellement féministe ne consisterait-elle pas au contraire à les laisser faire elles-mêmes leurs choix en toute liberté, en leur présentant objectivement les avantages et les inconvénients de chaque option?

Une difficulté substantielle est bien sûr liée à l'abondance de désinformation et de préjugés dès lors qu'il s'agit de discuter des choix de vie. Pourtant, il existe des données sur ce sujet, et des techniques statistiques et économétriques qui permettent de les faire parler.

En particulier, un article récemment publié dans l'American Economic Review, le journal de recherche de référence en économie, fait un premier tour de la question. Le papier est écrit par Marianne Bertrand, une économiste de référence, et a été présenté au congrès annuel (2013) de l'American Social Sciences Association, l'association de référence dans le monde. Bref, difficile de faire plus prestigieux ou plus crédible.

Cet article étudie le bonheur et le bien-être émotionnel de femmes américaines avec formation universitaire, en se basant sur les General Social Surveys et l'American Time Use Survey. Il distingue quatre groupes de femmes. Celles qui ont fait carrière, celles qui ont fondé une famille, celles qui ont fait les deux, et celles qui n'ont rien fait. Les résultats sont frappants. Il s'avère que (je cite l'article avec une traduction maison) « la plus grande prime en termes de bonheur est associée au fait d'avoir une famille; bien qu'il existe également une prime liée au fait d'avoir une carrière, les femmes ne semblent pas pouvoir doubler leur bonheur en combinant les deux. (...) [Par ailleurs], parmi les femmes qui ont une famille, celles qui ont aussi une carrière passent une plus grande partie de leurs journées malheureuses, tristes, stressées et fatiguées lorsqu'on les compare à celles qui restent à la maison.»

Plus précisément, les femmes avec une famille et sans carrière sont les plus satisfaites par rapport à leur vie. Les femmes avec une carrière sont seulement plus satisfaites que celles qui n'ont ni famille ni carrière. De même, les femmes avec une famille et sans carrière sont celles qui ressentent le plus d'émotions positives et le moins d'émotions négatives au cours d'une journée.

Il ne s'agit pas de résultats isolés. Par exemple, Bradford Wilcox et Steven Nock trouvent qu'une répartition égalitaire des tâches au sein du couple est associée avec un bonheur moindre pour les femmes, contrairement à ce qu'on aurait pu croire. Ils constatent également que celles qui gagnent plus que leur mari tendent à être moins heureuses que les autres. Dans un autre papier, écrit avec Emir Kamenica et Jessica Pan, Marianne Bertrand constate de même que les couples dans lesquels la femme gagne plus que l'homme sont moins satisfaits de leur mariage et courent un risque plus élevé de divorcer ! Dans ce cas, l'argent ne fait pas le bonheur, bien au contraire.

Cela dit, les rémunérations plus élevées des femmes ont également des effets bénéfiques dans le cadre du couple. Par exemple, un différentiel de salaire plus faible entre l'homme et sa conjointe diminue la probabilité de violence conjugale, comme le montre Anna Aizer. Mais dans la majorité des cas, il semblerait que placer sa carrière avant tout ne soit pas nécessairement la voie privilégiée du bonheur féminin.

Bien sûr, ce n'est pas le fin mot de l'histoire. Contrairement à l'idéologie qui cherche à propager le même message au risque de sombrer dans l'obscurantisme, la recherche scientifique avance en trouvant des failles dans la recherche existante, et nul doute que celles-ci existent! En particulier, ces articles présentent des corrélations, mais n'établissent pas clairement de causalité. Ils ont néanmoins le mérite de poser des questions originales et de présenter une image franche de la réalité, au risque de choquer et de bouleverser des idées reçues. Tout comme les féministes d'il y a 50 ans.

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