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Nos déficits démocratiques (1/2)

20/04/2014 09:09 EDT | Actualisé 20/06/2014 05:12 EDT

Au vu de la situation post-électorale, il semble utile de revenir sur quelques déficits démocratiques auxquels nous faisons face au Québec. J'avais déjà abordé la question dans un précédent billet durant la campagne alors autant prendre le temps de s'y arrêter maintenant, puisque cette situation semble frustrer bon nombre d'électeurs.

Le rôle des grands médias

On se doit d'abord de s'arrêter sur le rôle des médias. D'autant plus qu'en 2014, la campagne électorale a été plus médiatisée qu'aucune autre depuis 10 ans. Qui plus est, jamais les analystes et commentateurs ne s'étaient autant exprimés que lors de cette campagne.

Or, que nous présentent les médias? Sûrement pas les plateformes des partis, ni leurs idées phares ou une quelconque vision à long terme. On parle plutôt de clips de 10, 15 voire 30 secondes, filmés au jour le jour en campagne, ici dans une usine, là dans une cabane à sucre ou une garderie et qui s'enchaîneront le soir venu, lors de la grand-messe du téléjournal.

Qui plus est, qui dit média dit ligne éditoriale. Que penser de l'implication sur la question nationale d'un média comme Radio-canada quand celui-ci a pour mission, entre autres, de « servir à sauvegarder, enrichir et renforcer la structure culturelle, politique, sociale et économique du Canada »? Ou encore de la position des médias de Quebecor lorsque Pierre Karl Péladeau entre dans l'arène politique?

Je ne sais pas vous mais moi j'ai été envahi de questions sur le rôle des médias durant une campagne électorale.

Qui décide des sujets couverts? Qui coupe au montage pour arriver au fameux clip de 15 secondes qui fera sensation? Durant cette campagne, on a vu un traitement parfois disproportionné ou peu équitable des chefs ou des partis (en particulier les plus petits partis), chiffres fournis à l'appui. Pourquoi? Qui opère ces choix ou virages éditoriaux? Pourquoi les co porte-paroles de QS obtiennent-ils seulement 6% de la visibilité médiatique quand Pauline Marois a une visibilité démesurée et que François Legault est plus présent que Philippe Couillard? Pourquoi le chef d'Option nationale ou le chef du Parti vert ont-ils une visibilité scandaleuse dans les médias de 0,25% et 0,05%, alors que les chiffres nous montrent que dans un mode de scrutin purement proportionnel, leurs partis auraient des représentants à l'Assemblée nationale?

Visiblement, tout ceci est entre les mains de beaucoup trop peu de personnes. Alors, on est en droit de se demander quel devrait être le rôle des médias lors des élections et s'il devrait être encadré.

Les sondages

Et que dire des sondages? Il est indéniable que les sondages sont un instrument puissant jouant sur la perception du public. Combien de sondages ont-ils propulsé une « vague » électorale, provoqué des votes stratégiques, affaibli ou renforcé des partis durant une campagne? N'est-ce pas un sondage cette année, qui a contribué à initier une remontée de la CAQ et plusieurs sondages qui ont, dans l'esprit des gens, scellée la victoire du PLQ (ou la défaite du PQ)?

Médias, sondages. L'un comme l'autre ont un impact considérable sur le choix des citoyens et semblent faire la pluie et le beau temps. Alors, comment les encadrer? Interdire les sondages durant une campagne ou au moins durant certaines périodes? Assurer une présence équitable des partis dans les médias, en passant par des lois? Pourquoi pas? Option nationale propose par exemple -entre autres choses - la création d'un Conseil des communications du Québec, pour régir et réglementer les médias. Ça me semble une excellente piste de solution.

À titre comparatif, je parlerai d'un cas que je connais. En France, un tel organisme existe : le Conseil supérieur de l'audiovisuel, CSA. Il est parfois controversé car évidemment la limite entre régir et contrôler est parfois mince. Personne ne veut que les médias ne deviennent un organe du pouvoir, car nous tenons aussi à cet aspect de la démocratie! En revanche, la présence du CSA permet de poser des limites durant les campagnes électorales.

En France, la diffusion de sondages est totalement interdite durant les 48 dernières heures de campagne et la diffusion des résultats d'un vote est rigoureusement contrôlée. C'est mieux que rien, même si cela fait le bonheur des médias de Belgique et d'autres pays, qui ne sont pas soumis à ces règles et s'en donnent à cœur joie.

Ou encore, le temps alloué dans les médias aux différentes options est scrupuleusement comptabilisé. Par exemple une émission d'affaires publiques ou de débat devra donner une place aux différents candidats (ou leurs appuis) de toutes tendances, d'abord. À eux ensuite d'y participer. Mais surtout, si vous regardez ce genre d'émission, vous constaterez que généralement une horloge à l'écran comptabilise le temps de chacun à la seconde près car "durant la campagne électorale, les éditeurs veillent, conformément à l'article 15 (...), à ce que les temps de parole et les temps d'antenne consacrés aux candidats et à leurs soutiens soient égaux dans des conditions de programmation comparables".

Ce n'est qu'un exemple. On aurait pu parler de l'affichage électoral, qui est régit bien différemment ou parler d'autres pays qui expérimentent d'autres solutions. Serait-il si compliqué de se donner de meilleures règles démocratiques pour encadrer les médias au Québec? Je ne le crois pas; ce n'est qu'une question de volonté. Le problème réside en partie dans notre mode de scrutin qui favorise le bipartisme et fait en sorte que les deux grands partis qui ont la mainmise sur nos lois ne veulent pas que ça change.

Les autres options mériteraient plus de place, mais d'ici là, il nous faudra une personne ou un groupe de personnes assez visionnaires et réformateurs au sein de notre classe politique pour porter un tel projet. Ce projet est plus large et devrait nécessairement inclure une réforme de notre mode scrutin. On reparle concrètement de cette question, entre autres, la semaine prochaine.

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