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La prise de conscience politique

13/03/2014 12:15 EDT | Actualisé 12/05/2014 05:12 EDT

Commençons avec un petit retour en arrière.

J'ai eu la chance de grandir dans un pays où l'histoire, la culture, la langue et l'éducation en général occupent une place de choix, et je dirais même une place spéciale, dans la société et l'espace public. Comme le disait avec raison Nelson Mandela, « l'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde ». On ne peut plus juste. Et c'est pourquoi l'éducation ne devrait jamais être considérée comme une marchandise comme une autre.

J'ai aussi eu le bonheur de grandir dans un milieu familial et de vie sain, où j'ai eu le privilège de bénéficier d'un capital social, culturel et économique présent et même au-dessus de la moyenne.

Dans ce contexte, j'ai toujours été sensibilisé et intéressé par la culture, l'histoire, la géographie, l'actualité, les lettres, les langues; par l'ailleurs et par l'autre. Mon milieu de vie était politisé et très vite je me suis intéressé aux grands enjeux de la société, à la place de mon propre environnement et de moi-même dans l'histoire et dans le monde. Et par répercussion logique, à la politique, soit la vie des citoyens et de la cité.

Assez jeune, je suivais donc déjà avec intérêt la scène politique française, commençant dès l'adolescence à me sentir certains idéaux, certaines sensibilités sur divers sujets, plusieurs intérêts particuliers, un certain pragmatisme de par mon caractère. Mais un penchant humaniste et social-démocrate et un dégoût profond de la pensée simpliste, du totalitarisme et des idées extrêmes de tous bords, en particulier de l'extrême droite que j'ai toujours combattue, et qui était déjà inquiétante en France pour toute une génération, dans les années 90.

Exploration de la politique québécoise

C'est donc tout naturellement que mon cheminement personnel m'amena dès les premiers temps à m'intéresser de près à la sphère politique québécoise et fédérale. J'avoue que je comprenais déjà assez mal cette « bibitte » qu'est le fédéral et son utilité. Le gouvernement fédéral était à la base une entité émanant des provinces et créée par et pour elles, et non un pouvoir central et supérieur les chapeautant, comme c'est désormais devenu le cas, en particulier suite au honteux rapatriement unilatéral de la Constitution par Trudeau père. En théorie, le gouvernement fédéral devait donc être un outil de mise en commun entre les provinces et qui serait à leur service.

Je faisais donc le constat d'un « pays » (le Canada) dysfonctionnel jusque dans ses fondements, qui niait son histoire, celle d'une minorité asservie par une majorité, et se complaisait dans de nombreux raccourcis historiques. Et niait au passage le travail de modernisation économique et démocratique accompli par le Québec depuis les années 60 et le droit des Québécois d'exister comme peuple.

Et puis, dans l'esprit d'un Français, dont le pays a guerroyé contre les Anglais les 1000 dernières années, un pays où cohabitaient deux modes de pensée aussi diamétralement opposés que peut l'être la vision du monde d'un Anglo-saxon et d'un francophone avait quelque chose d'incongru, voire impossible. Je le perçois toujours comme une vraie curiosité; anglais et français dans un même pays, quel drôle d'idée...

L'indépendance

La cause de l'indépendance s'est imposée à moi comme une évidence et il est difficile de dire pourquoi et même situer quand. C'était présent en moi, ça rejoignait mes valeurs et mes convictions politiques. D'abord, le fait que le Québec entrait dans la définition de ce qu'est une nation, c'est-à-dire une communauté de gens partageant un territoire, des valeurs, une langue, une culture et des institutions, était, est, absolument incontestable.

Comme le mentionnent plusieurs intervenants dans cette excellente vidéo d'immigrants indépendantistes (à voir si ce n'est pas déjà fait), quand on commence à s'intéresser à l'histoire du Québec, à s'ouvrir à la société québécoise, apprendre qui sont les Québécois, on s'intéresse naturellement à la cause de l'indépendance.

Né dans un pays qui chérit, parfois même arrogamment, son indépendance, je m'expliquais mal qu'une nation aussi dynamique, prospère, moderne et distinctive n'ait pas déjà fait le grand saut depuis belle lurette. J'allais trouver mes explications du côté de l'histoire et je réalisais petit à petit que l'accumulation de défaites, de désillusions, de vexations et d'asservissement avaient un effet à long terme sur la psyché collective et que les Québécois, tout bonnement, manquaient de confiance en eux-mêmes.

Je me sentais une responsabilité, comme récent arrivant, qui constatait tout le potentiel du peuple québécois et aussi un gros gâchis, d'aller rencontrer les Québécois et leur dire « Eh, regardez ce que vous pouvez accomplir, vous êtes bons et moi, un nouvel arrivant, j'aime le Québec, je vous aime, et je sais que vous êtes capables! »

C'est avec cette prise de conscience et ce désir d'aller parler de « la vie de la cité » avec les Québécois qu'a commencé mon engagement politique pour l'indépendance.

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