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Le Bloc, une chance pour le mouvement souverainiste

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Que n'a-t-on pas lu et entendu depuis quelques semaines sur le Bloc québécois et surtout son nouveau chef, Mario Beaulieu? L'homme serait « radical », « pur et dur », et j'en passe.

Ce n'est un secret pour personne, Mario Beaulieu, du fait de ses positions proactives, déterminées et audacieuses, a été soutenu par bon nombre de jeunes souverainistes et notamment beaucoup de membres d'Option nationale.

Le Bloc, radical. Vraiment?

Le parti n'est pas l'homme. Mais tout de même, que propose au juste Mario Beaulieu? Que les députés du Bloc reversent une partie de leur salaire à la cause souverainiste. Qu'ils consacrent davantage d'énergie au travail de terrain, dans leurs circonscriptions et en investissant la société, les Cégeps, en parlant d'indépendance, en donnant des conférences, etc. Et finalement que le Bloc promeuve activement l'indépendance. Entre autres. Pour cela, on le traite de radical. Si radical signifie revenir à la racine des choses, assumer ses positions politiques et les promouvoir, comme le dit si bien le chef d'Option nationale, Sol Zanetti, dans un texte publié récemment, alors pourquoi pas?

Pour ma part, j'avoue avoir depuis longtemps douté de la pertinence du Bloc à Ottawa. « Pourquoi diable envoyer des souverainistes au palier fédéral? », me suis-je toujours dit. La pensée selon laquelle « le Bloc divise les forces souverainistes » et « les forces devraient être regroupées à Québec, où se passe la vraie lutte pour l'indépendance » m'a toujours interpellé. Malgré cela, au moment où je militais au PQ, j'avais pris ma carte au Bloc durant une année. À l'époque, Bloc et PQ étaient très imbriqués et on m'avait sollicité pour aller donner un coup de main sur une commission politique. J'y étais allé pour contribuer, mais sans grande conviction ni enthousiasme particulier, simplement pour aider, à la hauteur de mes possibilités.

Aujourd'hui, je suis plus nuancé. Pour plein de raisons. Parce que je comprends mieux certaines raisons pour lesquelles le Bloc a été créé. Parce que la donne a changé. Parce que le mouvement souverainiste est en pleine reconstruction. Parce que beaucoup de choses sont possibles.

À quoi sert le Bloc?

D'abord, c'est simple et logique, comme la question des subventions fédérales que touchent certaines œuvres ou celle -qui resurgit chaque année à cette période- des artistes qui se produisent pour le jour du Canada. Être député fédéral, pas plus que de se produire en spectacle le 1er juillet, n'implique pas de se draper dans l'unifolié. L'argent que touchent nos députés et nos artistes est notre argent, celui des taxes que nous versons à Ottawa et dont la répartition est si illogique, car elle ne répond généralement pas à nos intérêts. Alors, pourquoi au juste se priver de notre propre argent? Cette question n'a pas lieu d'être selon moi. C'est donc simple; notre argent paye le salaire de 75 députés fédéraux à Ottawa; autant que ceux-ci représentent nos choix. Et la souveraineté est, bon an, mal an, le choix que privilégient environ 40% à 50% des Québécois. Pourquoi devrions-nous au juste nous demander si nous avons le droit d'utiliser notre argent pour qu'une option démocratique aussi importante bénéficie d'une représentation? Poser la question, c'est y répondre.

Lorsqu'il fut créé au début des années 90, le Bloc québécois avait pour objectif de promouvoir la souveraineté à Ottawa. Mais surtout, il devait être un outil utile permettant de préparer le terrain en vue d'un référendum gagnant. Malheureusement ces dernières années, ces deux orientations ont été délaissées et ont davantage fait place à une autre mission du Bloc, soit défendre les intérêts du Québec à Ottawa; un objectif louable par ailleurs.

Nous avons quatre ans devant nous et d'ici là une échéance électorale à Ottawa. Mario Beaulieu propose une voie. Celle qui consiste à investir le terrain et parler d'indépendance. Il faut se mobiliser derrière le Bloc, car c'est au Bloc qu'il faut, dès maintenant, préparer la suite.

La nécessaire coalition

Certains péquistes font encore l'erreur de chercher un sauveur providentiel à une cause qui devrait être portée largement dans notre société civile et de croire qu'en 2014, il ne peut y avoir qu'un parti qui porte ce projet si vaste et pluriel. Force est de constater que la réalité est différente et que d'autres croient que l'heure est à un rassemblement qui transcende les courants.

À l'heure actuelle, la division du mouvement souverainiste en des voix démocratiques distinctes est une force autant qu'une difficulté. En Catalogne, un mode de scrutin différent permet à des courants bien distincts de pouvoir s'exprimer et de se trouver aujourd'hui aux portes de l'indépendance. Ce n'est pas notre cas. À moins d'un changement de notre mode de scrutin, le mouvement souverainiste n'aura pas d'autre choix que de faire fi de certaines différences et recréer la grande coalition qu'il a déjà incarnée, à Québec.

La souveraineté n'est plus la chasse gardée des membres d'un seul parti. Pas davantage que ne l'est le Bloc québécois, le parti représentant la voix souverainiste, plurielle, à Ottawa. Nous ne bénéficions pas d'un mode de scrutin répondant à nos aspirations démocratiques à Québec. Mais nous avons le Bloc à Ottawa. Aujourd'hui plus que jamais, le Bloc est une chance. Parce qu'il est lui-même, comme le mouvement, en reconstruction et qu'il regroupe, et de plus en plus, des souverainistes de toutes allégeances. Voyez tous les jeunes militants qu'il a attirés. Il pourrait paver la voie du renouveau du mouvement souverainiste et de la renaissance d'une grande coalition.

Alors dès maintenant, tous les souverainistes devraient investir le Bloc québécois ou le soutenir. À tout le moins tous ceux ayant la réelle et sincère volonté de travailler à faire avancer notre mouvement. Dans un esprit de dialogue, coopératif et proactif. Si nous ne pouvons pas encore recréer une grande coalition à Québec, commençons par le faire à Ottawa et démontrons que ça peut fonctionner! Peut-être que certains pourraient y trouver une inspiration... et qu'une victoire pourrait en amener d'autres.

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