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Assiste-t-on à une émergence de «caribou-sceptiques»?

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L'institut économique de Montréal (IEDM) a publié une note économique prédisant des conséquences dramatiques sur l'emploi si le Plan de rétablissement pour le caribou forestier était appliqué. Or la situation est selon moi loin d'être aussi catastrophique que ce qui est dépeint dans le portrait de l'IEDM.

Opposer caribou et emploi n'avance en rien le dossier. Je me désole que l'IEDM n'apporte aucune solution et tienne un discours de peur sur les conséquences hypothétiques associées à la protection du caribou. La SNAP Québec et d'autres groupes environnementaux ont quant à eux proposé des solutions concrètes pour créer les aires protégées nécessaires au caribou. Ils ont rencontré les politiciens, les Premières nations, les syndicats et les élus à ce sujet. Parmi les cinq solutions que nous avons proposées pour atténuer les impacts sur les volumes de bois disponibles à la récolte, une seule a été analysée par l'IEDM.

Le gouvernement a de son côté posé un premier geste concret pour la protection du caribou forestier en annonçant une aire protégée dans le secteur de la rivière Broadback, le 13 juillet dernier. On y a d'ailleurs annoncé « la mise en œuvre prochaine de la stratégie gouvernementale dans le dossier du rétablissement de l'habitat du caribou forestier » .

Savoir reconnaître le problème

Dernièrement, j'ai remarqué une émergence de « caribou-sceptiques » dans le milieu forestier - notamment chez le Conseil de l'Industrie forestière du Québec, celui de l'Ontario et dans un regroupement de maires du Saguenay-Lac-Saint-Jean. On remet en question la science qui a servi à établir le programme fédéral pour le rétablissement du caribou. On cite des cas précis, exceptionnels, et on en fait une généralisation. Dans sa note économique, l'IEDM mentionne par exemple que dans certains secteurs, la perturbation de l'habitat est très élevée (66 %) et que les caribous se portent bien.

Scientifiquement parlant, des cas isolés ne suffisent pas pour expliquer une tendance. C'est pourquoi, en 2012, Environnement Canada a publié un recensement de dizaines d'études à travers le Canada pour établir une tendance claire : la chance de survie des populations de caribou diminue lorsque la perturbation de son habitat augmente (coupes forestières, routes, feux, etc.). C'est d'ailleurs en vertu de cette tendance que le seuil maximal de 35 % de perturbation a été fixé. Ce chiffre est associé à une probabilité de survie de seulement 60 % pour les caribous et constitue le seuil maximal acceptable.

Des chiffres qui font peur

Les impacts socioéconomiques présentés par l'IEDM (1 caribou sauvegardé = 31 emplois et 3,8 millions de dollars perdus) sont prématurés à ce stade selon moi et soulèvent plusieurs questions. Tout le calcul est basé sur une prétendue diminution de 3 millions de mètres cubes de bois disponible à la récolte - diminution associée à la mise en oeuvre du programme fédéral pour protéger le caribou. Or ce chiffre n'est disponible dans aucun rapport public. Il n'existe aucune information sur la manière dont il a été calculé. Le gouvernement du Québec travaille d'ailleurs à préciser ce chiffre en fonction de divers scénarios; les résultats sont attendus prochainement.

J'ai aussi remarqué qu'on oublie systématiquement de considérer l'aspect de la certification forestière lorsqu'on calcule les impacts économiques de la protection du caribou. Si l'on s'abstient de protéger les espèces menacées comme le caribou, les certificats FSC vont être suspendus. Or ces certificats permettent aux entreprises de vendre leur bois aux clients sur le marché international qui exigent une foresterie durable et vérifiée sur le terrain. Une tendance qui, vous vous en doutez, est à la hausse. Quelle sera la conséquence sur les emplois de notre inaction?

Pour toutes ces raisons, j'enjoins les travailleurs forestiers, les politiciens et les citoyens à rester sceptiques devant des conclusions aussi tranchées. La réalité est beaucoup plus complexe que d'associer la sauvegarde du caribou à des emplois perdus. La protection du caribou - une espèce menacée, sensible aux activités humaines - est un défi de société. Ce sera l'ultime preuve de la durabilité de la foresterie québécoise.

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