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La curieuse élection présidentielle algérienne

10/04/2014 07:28 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Les élections, Pauline Marois le sait, peuvent réserver bien des surprises. Certains dirigeants n'aiment pas l'incertitude. Faire confiance au peuple et le laisser s'exprimer librement ? Pour quelle raison ? L'Algérie fait malheureusement partie de ces États qui ont l'apparence d'une démocratie, mais qui s'éloignent des standards universellement reconnus. On perpétue à Alger une forme de république monarchique, et ce, quand bien même le roi est moribond. Poussé par son entourage pour rempiler et entamer un quatrième mandat, Abdelaziz Bouteflika s'apprête à recevoir une nouvelle couronne. À moins que...

Tous les observateurs l'ont dit pendant des mois, si Abdelaziz Bouteflika se représente devant le peuple algérien pour un quatrième mandat, il sera réélu dans un fauteuil. Déjà en 2009, le président sortant avait, selon les chiffres officiels, remporté plus de 90 % des suffrages avec une participation des plus élevées. Pas mal pour celui qui avait pris la tête du pays dix ans plus tôt. L'usure du pouvoir, connaît pas donc !

Si l'usure ne semble pas avoir d'emprise sur Bouteflika, le poids de la maladie, lui, se fait bien ressentir. Aucune apparition publique depuis des mois, la dernière fois que les Algériens avaient eu l'opportunité d'entendre la voix de leur président remontait à un discours tenu en mai...2012. Brisant le silence le 3 mars 2014, soit près de deux longues années sans un mot, Abdelaziz Bouteflika a prononcé quelques phrases pour annoncer sa candidature. L'homme est visiblement harassé, touché de plein fouet par la maladie.

Un homme au crépuscule de sa vie a-t-il une vraie chance de s'imposer dans les urnes ? La question se poserait légitimement au Québec et partout ailleurs où la démocratie fait loi. En Algérie, les choses sont différentes, car l'Histoire du pays est différente. La guerre civile qui a sévi tout au long des années 1990 est un traumatisme qui hante tous les esprits. Le besoin de paix et de stabilité politique a longtemps primé sur tout le reste. Le « Printemps arabe » n'a été ressenti que comme un souffle chaud, mais pas assez fascinant pour que les Algériens s'y jettent corps et âme.

Ali Benflis: le changement en douceur par les urnes?

Si une révolte populaire n'avait que peu de chance de germer dans un terreau peu fertile, il en va tout autrement d'une évolution douce par les urnes. Les Algériens savent pertinemment que les rênes du pouvoir sont entre les mains de Saïd Bouteflika, le frère d'un président devenu le jouet de son entourage. Les électeurs savent également que l'après-Bouteflika peut prendre forme dès ce mois d'avril. En votant pour un parti d'opposition modéré, ils remettent en cause un absolutisme qui ne dit pas son nom.

Surprenant ou non, seul un homme semble être en mesure de remettre en cause une victoire à laquelle travaille tout le sérail politico-économique algérois. Ali Benflis, ancien premier ministre de Bouteflika et déjà premier opposant lors de l'élection présidentielle de 2004 a annoncé sa candidature, fort d'un programme clair et d'une expérience politique jamais écornée par le moindre scandale. Grand défenseur de la séparation des pouvoirs, il a travaillé à la réforme de la justice avant de devoir renoncer, faute de soutien du président.

S'il est difficile d'évaluer sa popularité à quelques jours du premier tour de scrutin (les sondages politiques restent dans les tiroirs, car trop sensibles), Benflis reçoit le soutien discret d'hommes influents ainsi que de millions d'anonymes qui voient en lui la solution idéale pour sortir par le haut des années Bouteflika. D'autres, comme Ahmed Benbitour, ont fait le choix de ne pas se soumettre au vote, car ils estiment que les dés sont pipés avec la candidature du président sortant. L'abstention est la meilleure des armes pour celui qui fut brièvement le chef du gouvernement algérien au tournant des années 1999 et 2000. Mais dans un pays qui a dû se battre pour ne pas tomber sous les coups du fanatisme religieux, se détourner des urnes est un acte extrêmement lourd de sens et qui peut être perçu comme l'oubli des drames passés.

La frontière est mince entre le souvenir qu'il est indispensable de garder de l'Histoire récente et le jeu dangereux d'invocation des mânes du passé auquel s'adonne Bouteflika pour justifier une situation politico-économique ubuesque et à bien des égards dangereuse. Les Algériens peuvent changer le cours de leur destin à compter du 12 avril prochain. L'Histoire de l'Algérie s'écrira dans les urnes ou ne s'écrira pas.

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