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La manifestation contre la brutalité policière: quelle crédibilité?

17/03/2014 12:29 EDT | Actualisé 16/05/2014 05:12 EDT

Samedi dernier avait lieu la 18e manifestation contre la brutalité policière organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP). Une manifestation connue de tous, qui est régulièrement le théâtre de brutalité envers les policiers, mais aussi contre les manifestants. Mais tout n'est pas noir ou blanc, il y a plusieurs zones grises dans cette manifestation.

Essayons d'abord de comprendre la vision que l'on peut distinguer du côté des manifestants. Nous sommes témoins depuis plusieurs années de cas flagrants de brutalité, de profilage racial, social ou politique et de décès causés par des interventions policières qui auraient pu être évités. Il est normal, et entièrement légitime, de dénoncer ces actes, même les hauts dirigeants du SPVM le disent! La plupart des manifestants y vont de bonne foi, voulant réellement dénoncer la situation et réclamant des changements tant au niveau de l'équipement des policiers que de leur formation et de leur encadrement légal.

Du côté des policiers, ils savent que, depuis quelques années, la manifestation est généralement empreinte de violence, de méfaits et autres gestes criminels. Ils vont donc se préparer en conséquence afin de protéger le plus grand nombre de la population face à ces violences.

Maintenant les zones grises. Tout d'abord: le lieu de la manifestation. Habituellement, elle se fait au centre-ville. Alors, autrement que quelques vitrines cassées, des voitures et des cônes renversés, il n'y a généralement pas beaucoup plus de dommages. C'est spectaculaire, mais ce n'est généralement que matériel. Mais cette année, les organisateurs ont choisi un lieu symbolique: métro Jean-Talon. C'est à proximité qu'une intervention montrant un policier menacer un itinérant peu vêtu a été filmé cet hiver en période de froid quasi polaire. Cette station est entourée de quartiers résidentiels, imaginez les conséquences que cela peut avoir. Les policiers du SPVM ont donc décidé qu'ils n'allaient pas tolérer la manifestation, déjà illégale en vertu du règlement P-6, considérant, entre autres, les débordements habituels.

Ensuite, comme je l'ai dit précédemment, la plupart des manifestants y vont de bonne foi pour réellement dénoncer les abus policiers. Toutefois, il y a des têtes brûlées qui utilisent ce contexte pour se venger. Répondre à la violence par la violence: toute une logique, n'est-ce pas? Surtout quand on vient supposément dénoncer la brutalité. Mais ces têtes brûlées ne sont qu'une poignée dans un immense groupe. Pourquoi ne pas cibler des arrestations sur ces agitateurs, comme Stéphane Berthomet l'indique dans son livre « Enquête sur la police »? Oui, ce serait contesté au début, mais avec le temps tout le monde en serait gagnant.

Par la suite, il y a le respect de la liberté de presse. Durant la manifestation, ou plutôt pendant l'arrestation de masse de plus de 280 personnes, les policiers ont tassé les médias. Ils les ont fait reculer le plus loin possible dans « une zone sécuritaire » pour qu'ils puissent faire leur travail. Le SPVM a même pris soin d'envoyer leurs relationnistes pour dire aux médias quoi écrire. Certains médias ont pu bénéficier de voisins chaleureux qui leur ont prêté leur balcon pour filmer, mais la plupart n'ont pas d'images de l'événement. Il s'agit là d'un obstacle à la liberté de presse! Si les différents médias envoient des journalistes couvrir l'événement, c'est pour le couvrir et non pas se faire dire comment le faire. Si certains voulaient rester dans la souricière pour reporter l'événement, c'est leur choix professionnel.

Finalement, un autre fait à la fois un peu cocasse et perturbant : le SPVM a fait livrer des toilettes chimiques dans la souricière le temps de l'interpellation. « Enfin un peu d'humanité », diront certains. Mais cela laisse envisager quelque chose d'un peu moins encourageant : l'arrestation de masse était définitivement préméditée. Elle était prévue, peu importe ce qui allait se passer.

La perte totale de crédibilité de la manifestation contre la brutalité policière n'est donc pas entièrement la faute du corps policier, ni entièrement celle des manifestants. Les problèmes viennent des deux forces en présence, des gestes parfois stupides et douteux des deux partis.

Lorsqu'on entend parler de cette manifestation, peu importe la source, la première chose qui nous vient à l'esprit est de dire « bon, encore du grabuge à prévoir ». Pour changer la mentalité populaire, il faudra des gestes concrets des deux côtés de la médaille. Une coopération des organisateurs et une ouverture d'esprit des forces policières. Tant que ces deux éléments ne seront pas réunis, la manifestation sera un échec perpétuel et n'aura aucun impact autre que le cynisme.

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