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La philosophie du sport

10/07/2013 12:05 EDT | Actualisé 08/09/2013 05:12 EDT

Impossible de ne pas avoir remarqué l'explosion dans les dernières années du nombre de clubs de conditionnement physique, de programmes minceur, de produits naturels et de «coachs» de vie pour ne nommer que ceux-ci. Quelle en est la cause? Notre mode de vie sédentaire? Une forme d'hédonisme? Une envie de copier les stars? Un manque d'estime de soi au sein de la population? Toutes ces réponses répondent en partie à la question.

Mais il me semble que si l'activité physique et les programmes minceurs promettant un physique de Dieu ou de Déesse grecque sont si populaires, ce n'est pas simplement pour des raisons esthétiques et hédonistes. Si des raisons superficielles ont amené les gens vers cette manne du fitness, peut-être, je dis bien peut-être, quelque chose d'autre fait que les gens y retournent. Peut-être qu'au-delà des corps parfaits et d'un hédonisme alimenté par la publicité et la consommation, le sport offre à l'homme quelque chose qu'il ne peut trouver ailleurs.

Ce que l'homme trouve au coeur de l'activité physique, que ce soit dans un cade sportif et compétitif ou simplement pour garder la forme, est un dépassement de ses limites physiques, mais aussi et surtout de ses limites et de la condition humaine.

Les avides de sports et les athlètes professionnels vous le diront: quand on entre dans la «la zone» - une espèce d'état de nirvana qu'on n'atteint qu'une fois au paroxysme de sa performance physique où on ne ressent plus rien, où le temps s'arrête, le bruit s'estompe, le corps et l'esprit ne font plus qu'un -, il n'y a plus de douleurs, plus de soucis, plus de crampes de cerveau, plus d'ennuis financiers et on vient à se sentir invincible.

Une fois dans cette «zone», on devient un surhomme, on devient - même seulement pour un court moment - un homme qui devient Dieu. On devient Achille sur le champ de bataille aux portes de Troie. C'est l'apothéose.

Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche décrit le surhomme comme l'individu qui transcende notre conception monothéiste du bien et du mal, un homme qui s'élève au-dessus des masses par sa vigueur, qui transfigure l'existence. Le surhomme se veut être celui qui affirme sa volonté de puissance sur le monde autour de lui. Si le dépassement de soi-même par le sport ne représente pas la tâche monumentale décrite par Nietzsche, elle permet tout de même l'homme de s'y approcher et d'y gouter, même si ce n'est qu'une parcelle de ce que le surhomme représente.

Voilà ce que la philosophie du sport révèle; le besoin - caché diront certains ou qu'on devrait supprimer diront d'autres - d'exprimer sa volonté de puissance dans une société et une civilisation qui en a éliminé presque toute trace. L'homme dans sa nature la plus profonde ne veut pas être la brebis, il veut être le fauve; il ne veut pas être l'esclave, il veut être le maitre. Si certains comparent le sport en général et le football américain en particulier comme étant une «guerre» et les joueurs comme étant les derniers des «gladiateurs», cela reflète bien l'aseptisation de notre société et la disparition d'un passé aux valeurs aristocratiques.

Peut-être que tout ça n'est que foutaise. Peut-être que le fitness et le sport ne sont que des expressions d'hédonisme et que la récente vague de produits et de programmes promettant le rêve d'un corps parfait n'est qu'un symptôme d'un capitalisme qui transforme tout en machine à profit, même la beauté et l'estime de soi. Un capitalisme qui sans profit ne peut attribuer de valeurs et donc met fin aux valeurs aristocratiques. Mais j'aimerais croire que le sport soit un restant de volonté de puissance dans nos esprits qui sont si aseptisés et apeurés de l'affirmation de soi-même, du triomphe de l'individu sur le collectif.

Qui sait, la bataille sans fin contre le nihilisme pourrait-elle commencer par la renaissance d'une philosophie d'un sport aristocratique?

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