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Le plus dur

05/08/2014 11:10 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

On ne vous le dit jamais pendant votre formation d'enseignant et c'est rare d'en entendre parler ailleurs. Ce n'est jamais dépeint au cinéma ou à la télévision quand le sujet de l'enseignement y est abordé. Les enseignants en parlent rarement aux non-initiés par peur de paraître faibles ou médiocres.

Valerie Strauss avait publié dans le Washington Post une série de citations pour répondre à la question « Est-il si dur d'enseigner? » et avait également suggéré aux lecteurs de laisser leurs impressions dans la section des commentaires. Mon coup de gueule n'y avait pas entièrement sa place, je vais donc l'exprimer ici, étant donné qu'il fait partie des 10 choses qu'on ne vous dit pas pendant votre formation d'enseignant.

Le plus dur pour un enseignant est d'enfin comprendre ceci : Il n'y en pas assez. Pas assez de temps. Pas assez de moyens. Pas assez de vous.

En tant qu'enseignant, vous imaginez assez bien ce que pourrait être un travail irréprochable. Vous avez une idée bien précise des devoirs que devriez donner à vos élèves. Vous êtes sûr des commentaires que vous devriez émettre. Vous comprenez le travail personnalisé que requiert l'instruction de chacun. Vous connaissez par cœur les sujets qui devraient être abordés. Vous savez comment, quand arrive ce « moment d'enseignement » où l'élève comprend parfaitement ce que vous lui transmettez, sourire et profiter de cet instant.

Vous savez tout ça, mais vous êtes aussi bons en maths : 110 travaux ayant pour sujet « La perception de la mort dans la littérature romantique américaine » prennent chacun 15 minutes à corriger avec soin et en y incluant un commentaire personnalisé pour chaque copie. Euh, attendez...C'est PAS juste ! Ajoutez à cela les interrogations pour évaluer où nous en sommes dans le chapitre de grammaire afin de savoir si on doit prévoir un cours de rattrapage avant l'examen final (5 minutes pour corriger chaque interrogation écrite).

Ça c'est juste avant que Chris ait fait un commentaire sur Edgan Allan Poe et qu'il nous donne l'occasion de parler des influences gothiques, et puis Alex et Pat ont commencé une belle conversation sur les influences gothiques de nos jours. Je sais aussi que si mes élèves deviennent vraiment bons en rédaction, ils devront me remettre une disserte une fois par semaine. Si je dois préparer mes élèves pour la vie dans le monde réel, je dois en avoir une moi-même afin d'être crédible.

Si vous vous mettez en tête d'avoir le contrôle sur votre vie professionnelle, vous devez prendre des décisions difficiles. Il s'agit de savoir ce qu'on devrait faire ou ce que l'on ne va pas faire.

Chaque année, on s'améliore. On devient plus rapide, on apprend des astuces, on détermine les angles qui peuvent être arrondis. On prédit mieux quand les accrocs avec les élèves arriveront. Une bonne équipe administrative peut également être d'une grande aide pour accomplir sa tâche. Par contre, le quotidien consistera en une sorte de triage pédagogique. Vous devrez choisir vos batailles et serez au mieux embêtés ou au pire, tourmentés par ce que vous auriez dû faire. Montrez-moi un enseignant qui pense que tout est sous contrôle et qu'il n'a pas besoin de retravailler quelque chose pour l'année prochaine et je vous montrerai un enseignant minable.

Ce n'est pas tout le monde qui peut gérer cela. Il y a quelques années de cela, j'ai eu pour collègue une personne qui faisait très bien son métier en classe. Elle assignait à ses élèves les devoirs qu'elle pensait être nécessaires et à chaque période de correction, elle prenait une journée de congé pour corriger les copies pendant 18 heures d'affilée. Elle était excellente mais elle arrêta d'enseigner car le triage qu'elle faisait lui fendait le cœur.

Au cas où vous vous présenteriez au bas de ma porte en me disant : « Voici une boite de chez Pearson. Ouvrez-là, remettez les ouvrages, lisez le texte et respectez le calendrier des études. Faites ça et tout ira bien pour dans votre classe. » Je vous vous regarderez droit dans les yeux et vous demanderai : « Vous êtes défoncé? Vous êtes stupide?» parce que devriez être l'un ou l'autre, peut-être les deux.

Votre métaphore pour aujourd'hui:

Enseigner est comme peindre une immense demeure victorienne sans avoir suffisamment de peinture et quand vous êtes sur le point de peindre certaines parties, vous vous apercevez que le bois est légèrement pourri ou pas vraiment prêt à être peint. A chaque heure, un superviseur viendra vous demander de descendre de l'échelle pour lui expliquer pourquoi vous n'avancez pas plus vite dans vos travaux. Certains jours, le temps est épouvantable et vous devez utiliser tout ce que vous avez comme talent et expérience pour accomplir un travail qui fera que la maison sera en fin de compte agréable à regarder.

Vous vous demandez où sont les réformateurs de l'école dans cette métaphore? Ce sont ceux qui arrivent pour vous dire qu'avoir une échelle vous rend paresseux et que vous devriez vous en passer. Ce sont ceux qui prennent quotidiennement un peu de votre peinture pour s'assurer qu'elle est conforme (vous avez moins de peinture à présent). Ce sont ceux qui viennent une fois que les travaux sont achevés pour dire aux passants « Vous voyez la partie la plus jolie? C'est grâce mes instructions que les ouvriers ont réussi à accomplir ce travail. ». Ce sont également ceux qui arrivent, une fois que le travail fini, pour vous dire « Hé ! Tu t'es loupé à cet endroit. Juste là, sur la planche en dessous de la corniche.»

Il n'y a pas vraiment de débats sur le problème du « pas assez ». Les professeurs au cinéma ou à la télévision n'ont jamais ce problème-là (À la télévision, les enseignants du secondaire donnent un seul cours par jour). Généralement, les enseignants détestent aborder cette question pour ne pas avoir l'air de s'apitoyer sur leur sort.

Toutefois, les autres aspects difficiles du travail d'enseignant que sont les problèmes techniques de l'instruction, la planification et l'individualisation ainsi que le fait de devoir être nos propres « adjoints administratifs» (Cela implique d'acquérir le matériel nécessaire, de concevoir les programmes ainsi que les évaluations). Toutes ces questions sont solidement ancrées dans les fondations du « pas assez ».

Faites-nous confiance. Nous ferons avec, nous trouverons un moyen. Nous ferons cela même quand les fonctionnaires des États américains et du gouvernement fédéral qui ont pour mission de nous aider font tout pour nous rendre la tâche plus difficile. Nous ne sommes pas parfaits mais nous pouvons nous en approcher. Cependant, si vous me demandez qu'est-ce qui est le plus difficile dans le métier d'enseignant, je vous répondrai sans hésitation cela : Il n'y en a pas assez.

Billet traduit par Kamel Haouchine

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