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Les violences sexuelles et la culture du viol: ça suffit!

TEXTE COLLECTIF Nous en avons assez de devoir constamment expliquer en quoi le contenu de certains textes, spectacles, articles ou interventions briment directement la liberté d’expression de celles qui ont trop longtemps été confinées au silence.

30/11/2017 14:06 EST | Actualisé 30/11/2017 14:21 EST
ponsulak via Getty Images
Notre réflexion ne se veut pas un acte de censure, mais un appel à la prise de conscience et à l’action.

Nous oeuvrons dans le milieu socioculturel québécois.

Nous ressentons la nécessité d'élever ensemble nos voix afin d'affronter un sujet tabou qui nous confronte : la représentation des violences sexuelles dans le domaine des arts et des médias.

Parlons d'éthique et de respect.

Parlons de décence et d'empathie.

Le véritable débat n'a pas à être personnalisé, car il concerne tout un système : un ensemble de valeurs, de comportements et de perceptions en vertu desquelles certains artistes et chroniqueurs, s'arrogent le droit de banaliser la violence sexuelle, voire de ridiculiser les personnes survivantes sur la place publique. Nous en avons assez de devoir constamment expliquer en quoi le contenu de certains textes, spectacles, articles ou interventions briment directement la liberté d'expression de celles qui ont trop longtemps été confinées au silence. C'est pourquoi nous ressentons le besoin de dire : ÇA SUFFIT!

Cet automne, le milieu de la culture et des communications a sérieusement été remis en question par une immense vague de témoignages et de dénonciations. Ces prises de parole ont mis en lumière certains rapports de pouvoir et de domination qui sont perpétués dans notre société. Mais qu'en est-il du rôle social que nous jouons comme créatrices et créateurs, comme personnalités publiques?

Les artisanes et artisans du milieu culturel ont certainement un leadership à exercer pour contrer la problématique des violences à caractère sexuel.

L'art est représentation. À travers les films, la musique, les livres, les vidéoclips, l'humour et les spectacles que nous produisons, nous racontons bien sûr des histoires, mais nous contribuons aussi à donner une vision du monde. Ainsi, le milieu culturel joue un rôle important comme vecteur de changement social. Les différents domaines artistiques ainsi que les tribunes publiques que les artistes mobilisent, influencent directement la société. Les artisanes et artisans du milieu culturel ont certainement un leadership à exercer pour contrer la problématique des violences à caractère sexuel.

Certes, il y a les injustices qui se déroulent en coulisse, mais qu'en est-il des œuvres produites? N'est-il pas à propos de se questionner sur ce que nous créons? Comment nos créations peuvent-elles aussi faire partie de la solution?

L'iceberg dans la pièce : ça suffit

La notion de culture du viol renvoie à un problème réel et concret; on ne parle plus de l'éléphant dans la pièce mais d'un véritable iceberg. La pointe de l'iceberg, c'est la violence que l'on voit, celle que l'on reconnaît. Mais à un niveau moins visible, et on pourrait dire moins conscient, s'exerce la normalisation de la violence sexuelle, via les croyances et les stéréotypes qu'on entretient à propos des hommes et des femmes, des personnes LGBTQIA+, les différentes communautés autochtones, culturelles et ethniques, les personnes vivant avec un handicap ainsi que sur les rapports sexuels et amoureux. Plus concrètement, ce sont les attitudes et les commentaires sexistes : par exemple, le fait de responsabiliser les victimes et d'excuser les agresseurs, de s'adonner au harcèlement de rue, de faire des blagues sur le viol, d'érotiser la violence sexuelle ou encore de rendre compte de manière euphémisante des féminicides en parlant de crimes passionnels... Ces pratiques influent sur nos comportements, ou sur ce que l'on tolère comme comportement de la part des gens qui nous entourent. Elles mettent en mauvaise posture pour reconnaître la violence subie (victime), observée (témoin) ou même exercée (agresseur). Voilà notamment pourquoi perpétuer ces représentations sociales ou les tolérer est problématique, pour ne pas dire dangereux.

Nous n'avons pas toutes et tous les mêmes tribunes, mais nous portons la même responsabilité : celle de jeter un regard critique sur notre propre travail.

Il est donc nécessaire de s'interroger sur le rôle que jouent nos œuvres artistiques ou nos productions médiatiques. Nous sommes des courroies de transmission et une réflexion profonde mérite d'être entamée sur le contenu de nos créations et les messages qu'elles véhiculent. Nous n'avons pas toutes et tous les mêmes tribunes, mais nous portons la même responsabilité : celle de jeter un regard critique sur notre propre travail.

Notre réflexion ne se veut pas un acte de censure, mais un appel à la prise de conscience et à l'action. Loin de vouloir limiter une oeuvre avant qu'elle ne soit conçue, nous considérons qu'une mise en perspective est requise pour évaluer l'impact social de notre travail. La création est un acte libre, mais elle vient avec la responsabilité de favoriser le vivre-ensemble, d'inclure plutôt que d'exclure, de veiller à ne pas marginaliser les voix déjà marginalisées, de susciter la réflexion plutôt que la déconsidération et l'invisibilisation. Soyons solidaires et à l'écoute des personnes qui demandent courageusement à être écoutées.

En tant que personnes créatrices de sens, nous reconnaissons notre part de responsabilité et nous engageons pour contrer la banalisation de la violence sexiste et sexuelle, une problématique parfois explicite, mais bien souvent insidieuse et tolérée socialement.

En tant que personnes du milieu socioculturel, nous choisissons de nous opposer à la culture du viol et nous engageons à créer, produire et diffuser du contenu n'encourageant pas les mythes, les croyances et les stéréotypes qui l'entretiennent. En tant que personnes créatrices de sens, nous reconnaissons notre part de responsabilité et nous engageons pour contrer la banalisation de la violence sexiste et sexuelle, une problématique parfois explicite, mais bien souvent insidieuse et tolérée socialement.

Nous avons le pouvoir de transformer notre culture.

Ça suffit!

Ce texte est cosigné par:

Pénélope McQuade, chroniqueuse

Virginie Fortin, Humoriste

Vanessa Pilon, animatrice et chroniqueur culturel

Marie-Andrée Labbé, autrice et scénariste

Martine Delvaux, autrice

Laïma A. Gérald, chroniqueuse

Rose-Aimée Automne T. Morin, rédactrice en chef du magazine URBANIA et chroniqueuse

Mélanie Ghanimé, humoriste

Rosalie Vaillancourt, humoriste

Les soeurs Boulay, autrices, compositrices et interprètes

Ariane Zita, musicienne

Anaïs Damphousse Joly, actrice

Widia Larivière, autrice, réalisatrice et militante pour les droits des peuples autochtones

Marianne Prairie, autrice et productrice

Maïtée L.-Saganash, chroniqueuse, autrice et militante pour les droits des peuples autochtones

Julie Artacho, photographe

Nancy B. Pilon, enseignante, auteure et directrice littéraire du collectif "Sous la ceinture - unis pour vaincre la culture du viol".

Ines Talbi, artiste multidisciplinaire

Marie-Claude Marquis, illustratrice

Léa Stréliski, humoriste

Sabrina Halde, musicienne

Melyssa Elmer, productrice

Catherine Chabot, comédienne et autrice

Manal Drissi, Chroniqueuse

Melissa Mollen Dupuis, artiste et militante autochtone

Amel Zaazaa, travailleuse culturelle et administratrice de la Fondation Paroles de Femmes

Je suis indestructible (OBNL)

Québec contre les violences sexuelles (mouvement citoyen)

Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS)

La Fédération des femmes du Québec (FFQ)

Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal (CÉAF)

Lili Boisvert, animatrice et autrice

Gab Joncas, réalisateur, producteur, monteur et chroniqueur

Guillaume Wagner, humoriste

Fred Dubé, humoriste

Louis T, humoriste

François Tousignant, humoriste

Catherine Thomas, humoriste

Projet Stérone (Anne-Marie Dupras, Catherine Hamann, Anna Beaupré Moulounda et Lise Martin), humoristes

Coco Belliveau, humoriste

Colin Boudrias, humoriste

Jean-François Provençal, humoriste et comédien

Julien Corriveau, humoriste, comédien, compositeur et auteur

Sèxe Illégale (Mathieu Séguin, Philippe Cigna), humoristes

Jo Cormier, humoriste

Richardson Zéphir, humoriste

Les Pic-bois (Maxime Gervais, Dom Massi), humoristes

Rafaël Ouellet, réalisateur, directeur photo, producteur et monteur

Marie-Christine Lemieux-Couture, autrice

Marielle Jennifer Couture, chroniqueuse et co-créatrice du festival Virage

Mauvaise herbe, plateforme médiatique

Lily Thibeault, comédienne et auteure

David Goudreault, écrivain et travailleur social

Vincent Bolduc, auteur et scénariste

Marie Ayotte, autrice

Jules Falardeau, réalisateur et scénariste

Emily Laliberté, Artiste multidisciplinaire

Elisabeth Massicolli, journaliste

Gabrielle Lisa Collard, journaliste

Mélina Desrosiers, Artiste multidisciplinaire

Théo Dupuis-Carbonneau, journaliste

Elisabeth Dubois, chroniqueuse

Mathieu Charlebois, auteur et chroniqueur

Emmanuelle Lippé, cinéaste

Sandrine Ricci, autrice et chercheuse

Kharoll-Ann Souffrant, travailleuse sociale et étudiante à la maîtrise en travail social avec option en études féministes, Université McGill

Marilou Craft, autrice et conseillère dramaturgique

Myriam Daigneault-Roy, enseignante et chroniqueuse

La revue L'Esprit libre

Simon Boulerice, auteur et metteur en scène

Mélissa Blais, enseignante

Kesnamelly Neff, RQOH et sexologue

Maude Bergeron, illustratrice, autrice et militante féministe

Dominic Laperrière-Marchessault, autrice

Geneviève Bédard, comédienne

Benjamin Déziel, comédien

Janick Sabourin Poirier, Artiste en maquillage et coiffure

Rose-Anne Déry, comédienne et créatrice

Marie-Noëlle Voisin, comédienne

Natasha Kanapé Fontaine, poète et artiste multidisciplinaire

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