Pedro Almodóvar

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Almodóvar s'entretient avec Almodóvar

Publication: 19/06/2013 10:22

Je suis en caleçon et chemise devant l'ordinateur, je peux voir la 5e Avenue par les fenêtres. Je profite de l'intimité pour m'entretenir avec moi-même.

Question - Pourquoi ?
Réponse - Pour annoncer que Les amants passagers sort de nouveau en salles.

Q - Et comment ça se fait ?
R - Les séances sont pour l'été. C'est une coutume en Espagne qui se perd et que j'invite à reprendre.

Q - Ce n'est pas un peu tôt pour Les amants passagers ? Il ne faudrait pas attendre que s'écoulent au moins vingt ans pour que le film, si c'est le cas, devienne un classique ?
R - Aujourd'hui non, tout va très vite. D'ailleurs, entre le début du texte et maintenant, j'ai bougé, je ne suis plus à New York, mais à Los Angeles, depuis ma terrasse j'entends rugir les voitures sur Sunset Boulevard. Je reviens sur le sujet des nouvelles projections, moi je conseillerais à celui qui a la possibilité de projeter et de reprojeter, de le faire dès qu'il le peut, je ne suis pas sûr que dans un an il y aura encore des salles de ciné.

Q - Mais ton film n'est projeté que depuis quelques mois.
R - C'est pour cela qu'on le ressort. J'espère que les spectateurs qui l'ont vu une ou deux fois iront le revoir. Mon dernier film mérite des visionnages successifs, ce n'est pas une blague. Un des avantages à ressortir le film aussi vite est que, en plus d'avoir des places moins chères, il n'y aura pas de critiques.

Q - La véritable raison n'est pas que le nombre d'entrées t'a déçu et que tu veux retenter le coup ?
R - Au premier semestre de l'année, Les amants passagers a été le film espagnol qui a le plus attiré, en excluant Iron Man 3 puisque le film a été classé comme espagnol parce qu'il a une assistante de script qui est Espagnole.

Q - Tu es à Los Angeles. Comment ça se passe là-bas ?
R - Les perspectives sont très bonnes, c'est ce que dit Sony Pictures Classics, le distributeur du film : ça me gêne un peu de les voir si sûrs d'eux, l'industrie du film est tout sauf une science exacte, mais les gens de Sony Pictures Classics en sont persuadés. Moi je ne dis rien, ça c'est leur domaine. Les réactions de la presse lors des projections sont très positives et aux deux séances qui ont eu lieu à New York, au Lincoln Center et au cinéma Sunshine, respectivement au Nord et au Sud de la ville, les retours ont été merveilleux, de cela j'en ai été témoin, ainsi que mon frère, Kathleen Turner, Marc Jacobs, Zachary Quinto, Patricia Clarkson, Paul Auster, Siri Hustvedt, Diane Von Furstenberg, Rose Byrne, Miguel Ángel Silvestre, Blanca Suárez, Carlos Areces, et beaucoup d'autres jeunes artistes de la scène new-yorkaise.

Q - Tu fais attention à ce que disent les critiques américains ?
R - Pas trop.

Q - Tu souhaites que l'Académie espagnole du Cinéma choisisse ton film dans la sélection parmi laquelle sera élu le film qui nous représentera à Hollywood ?
R - Moi je suis déjà à Hollywood, c'est de ça qu'il s'agit, que nos films soient vus ici. Et je t'ai déjà dit que les perspectives, selon Sony, sont très bonnes, même s'ils peuvent aussi se tromper. Il est prématuré de penser à la sélection. D'ici trois mois, des films merveilleux peuvent sortir en salles. Si je suis franc, ce qui me préoccupe c'est de rentrer à Madrid, surmonter ce maudit jet lag dont je souffre terriblement, décider quel film je veux faire après et finir le scénario comme je veux. Ce sont mes préoccupations. Ah, et vivre, bien sûr.

Q - Et la situation en Espagne, elle te préoccupe ?
R - Énormément, mais je profite de cette absence de trois semaines pour l'oublier.

Q - Mais tu n'as pas tout oublié. Des déclarations que tu as faites à propos de la monarchie sont apparues dans la presse.
R - Je les ai lues. Et j'en ai été effrayé. Je ne m'exprime pas de la sorte, les notes sont le fruit des questions du correspondant d'EFE, Espagnol, à une table ronde où nous parlions tous en anglais. Ce que j'ai alors dit a été soumis à une traduction personnelle et aussi à une synthèse personnelle qui ne me correspondent pas et avec une conclusion à laquelle je ne m'identifie pas. Moi je ne dit pas "dégueulasse", à propos de rien ni de personne, le terme était "disgusting" (écœurant), et le ton était léger et dans un discours familier. Je n'aime pas ce que ça a donné. Je suis désolé, en ce qui me concerne.

Q - Changeons de souverain, passons du roi au Pape François. Que penses-tu du lobby gai au Vatican dont l'existence a été révélée par le nouveau pontife ?
R - J'attends impatiemment d'autres informations, tout ce qui est en lien avec la sexualité du Vatican m'intéresse beaucoup. Peut-être que si le lobby est suffisamment puissant, et je suis sûr qu'il l'est, le nouveau Pape se décidera à abolir le célibat. Je crois que l'annulation du vœu de chasteté réglera beaucoup de problèmes au sein de l'Église et la rapprochera des gens.

Q - Ça t'intéresserait de faire un film à Hollywood sur ce thème, avec des acteurs américains que tu admires ?
R - Le sujet est attractif, bien évidemment. Mais je ne pense pas. J'aime venir ici. Cela m'aide à prendre de la distance pour voir ma vie et ma carrière, c'est bien de changer de perspective. En plus j'ai de très bons amis et mon Hall of Fame personnel s'accroît à chacune de mes visites, mais à chaque fois que je quitte Madrid, j'ai un billet de retour. Je suis trop vieux pour changer de langue, de culture et de cafétéria.

Traduction : Aïda

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