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Des religions subventionnées pour propager la haine

La difficile cohabitation entre les sociétés démocratiques et les religions vient principalement du fait que ces dernières sont fondées sur des dogmes élaborés dans des sociétés antiques où la démocratie et le respect de la liberté individuelle n'existaient pas.

17/10/2017 07:00 EDT | Actualisé 17/10/2017 11:08 EDT
martinwimmer

La semaine dernière, on apprenait que le révérend chrétien Paul Mukendi, du Centre évangélique Parole de Vie à Québec, était entre autres accusé d'agression sexuelle, de voies de fait armées et de menaces de mort contre une mineure. La médiatisation de ces accusations a en outre permis de mettre en lumière l'enseignement de cet «Apôtre de la ville de Québec».

On y découvrait ainsi que Mukendi livre des sermons dans lesquels il vilipende l'homosexualité : « Si Dieu doit permettre aux homosexuels d'entrer dans l'Église de notre génération, alors il devra s'excuser auprès des gens de Sodome et je sais que la Bible est la parole de Dieu parce que la Bible déclare dans le Nouveau Testament même que les homosexuels n'hériteront pas le royaume de Dieu! (sic) [...] L'homosexualité est démoniaque, c'est une abomination.»

Mukendi appuie entre autres ses dires sur des versets du Lévitique, un livre de la Bible commun avec la Torah, et de l'Épître de Paul aux Romains. Est-ce la raison pour laquelle aucune accusation d'incitation à la haine n'a été portée contre lui en dépit de l'abondante preuve vidéo ? L'article 319 du Code criminel est pourtant clair et vise : « Quiconque, par la communication de déclarations en un endroit public, incite à la haine contre un groupe identifiable, lorsqu'une telle incitation est susceptible d'entraîner une violation de la paix»ou «Quiconque, par la communication de déclarations autrement que dans une conversation privée, fomente volontairement la haine contre un groupe identifiable... »

Circonscrire les droits à la liberté de religion et à la liberté d'expression garantis par les Chartes est périlleux, mais ces droits ne sont pas absolus. L'article 319 ne passe-t-il pas le test de l'article 1 de la Charte canadienne qui permet de restreindre un droit par « une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d'une société libre et démocratique » ?

Quoi qu'il en soit, le message de Mukendi peut être dévastateur pour un adolescent perturbé par son orientation sexuelle. Alors qu'on sait maintenant que l'homosexualité est non seulement présente chez l'humain, mais chez nombre d'espèces de mammifères et d'oiseaux, cet adolescent se considérera certainement comme une créature abominable, perverse et contre nature. Quel est le poids moral des campagnes gouvernementales de sensibilisation à la « diversité sexuelle » face à celui d'un « apôtre de Dieu » ?

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on fait avec une femme: c'est une abomination. »Lévitique, chapitre 18, verset 22.

« Si un homme couche avec un homme comme on fait avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable, ils seront punis de mort: leur sang est sur eux. » Lévitique, chapitre 20, verset 13.

Les autres religions

Inutile de s'attarder à l'intolérance des catholiques et des orthodoxes à l'égard des homosexuels en Afrique et en Europe de l'est, car la religion chrétienne n'est évidemment pas la seule source d'inspiration des discours haineux. Prenons le cas d'Hamza Chaoui, un imam montréalais, qui affirme que la démocratie, parce qu'elle permet l'élection « d'un mécréant ou bien d'un homosexuel ou d'un athée qui affirme l'inexistence d'Allah », est incompatible avec l'Islam. La doctrine de Chaoui ne se fonde pas sur du vent, mais sur l'interprétation littérale de versets du Coran qui recommandent l'extermination des idolâtres et des mécréants et prône la supériorité des hommes sur les femmes. Cette interprétation littérale est l'essence même du salafisme wahhabite, la doctrine officielle de l'Arabie saoudite, une théocratie qui pratique l'apartheid à l'égard de la moitié de sa population en raison de son sexe.

Peut-on imaginer le tollé international si cette discrimination était pratiquée contre une race ou une ethnie comme c'était le cas en Afrique du Sud ? Parce que cet apartheid est pratiqué au nom de la religion, nos politiciens, pourtant toujours prompts à faire la morale au nom de la rectitude politique, s'évaporent dans les limbes de la neutralité et vont même jusqu'à cautionner le régime saoudien en lui vendant des armes ou en procédant à des échanges d'expertise professionnelle. Pendant ce temps, l'intégrisme musulman se propage hors du royaume saoudien. On ne compte plus le nombre d'imams prêchant au Québec qui sont liés à un réseau international de propagande salafiste.

« Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d'où ils vous ont chassés : l'association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu'ils ne vous y aient combattus. S'ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. » Coran, sourate 2, verset 191.

« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est Grand » Coran, sourate 4, verset 34.

Par ailleurs, on aurait tort de croire que le discours haineux est limité aux religions monothéistes puisque, par exemple, le système des castes qui sclérose la société indienne et opprime les parias, est fondé sur la tradition védique de l'hindouisme, alors que pendant la seconde guerre mondiale, les prêtres shinto ont justifié le droit de Hirohito à « réunir les huit coins du monde sous un seul toit » par le fait qu'il était un dieu vivant, descendant direct de la déesse solaire Amaterasu.

La difficile cohabitation entre les sociétés démocratiques et les religions vient principalement du fait que ces dernières sont fondées sur des dogmes élaborés dans des sociétés antiques où la démocratie et le respect de la liberté individuelle n'existaient pas. Plus encore, ces dogmes pourtant inconciliables d'une religion à l'autre sont présentés par leurs adeptes intégristes comme une vérité absolue qui ne saurait s'incliner devant des préceptes établis par de simples humains.

Des subventions directes

Dans un contexte où il apparaît extrêmement difficile de museler ceux qui propagent des dogmes divins irréconciliables avec les droits de la personne, comment cibler ceux qui propagent des dogmes religieux haineux sans limiter les droits fondamentaux parfaitement légitimes ? L'État pourrait ici faire preuve d'une vraie « neutralité », pour reprendre ce concept mis à la mode. Ainsi, par ses mesures fiscales actuelles, le gouvernement encourage activement la pratique des religions et donc non seulement la propagation de la dévotion spirituelle, mais aussi parfois celle de l'intolérance. Ces mesures coûtent plusieurs dizaines de millions de dollars par année au gouvernement du Québec et aux municipalités. Ces incitatifs sont 1) une exemption totale de l'impôt sur le revenu pour les organismes religieux, 2) une absence de taxe foncière municipale et scolaire pour les lieux de culte, 3) une déduction d'impôt pour les résidences des membres d'un ordre religieux, 4) un remboursement de TPS-TVQ payé pour les organismes religieux et 5) un crédit d'impôt pour les dons aux organismes religieux.

En excluant les églises catholiques, il y aurait au Québec 1636 organismes religieux de toutes sortes incluant les Raéliens, les Mormons et l'Église de scientologie. À l'heure où chaque denier public est soupesé, il est absurde de perpétuer une politique fiscale qui ne pouvait se justifier que dans un contexte où l'Église catholique avait pris en charge la mise en œuvre des soins de santé et l'enseignement public en lieu et place du gouvernement.

Je n'ai pas à m'ingérer dans la vision du monde de ceux qui ont choisi de croire à l'existence de puissances invisibles en relation directe avec les humains mais, comme contribuable, il m'apparaît scandaleux que mes impôts et mes taxes servent à grossir l'ego de types odieux comme Mukendi et Chaoui. Que ceux qui souhaitent propager leurs préceptes religieux le fassent par des collectes auprès de leurs fidèles. Si leur enseignement est valable, ils survivront. Par contre s'il ne l'est pas, la sélection naturelle s'opérera et d'autres prendront leur place. Quant aux cultes qui seraient situés dans des édifices patrimoniaux, le régime de la Loi sur le patrimoine culturel est là pour protéger le patrimoine.

De quelles religions sont les Québécois?