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Pourquoi j'ai refusé la ségrégation homme-femme à York

17/01/2014 02:01 EST | Actualisé 19/03/2014 05:12 EDT

La semaine dernière, l'Université de York a fait l'objet de nombreuses critiques pour la réponse qu'elle a apportée à la requête d'un étudiant, qui voulait qu'en vertu de sa religion, on l'autorise à ne pas se rendre en classe avec des femmes. J'ai rejeté sa demande, car elle allait à l'encontre du droit des femmes à être traitées avec respect et équité. Au final, l'étudiant a accepté ma décision et travaillé avec ses camarades, dont des femmes.

Pourtant, l'Université a continué à insister pour que la demande spéciale soit satisfaite. Conséquence: l'administration a essuyé une volée de critiques acerbes et justifiées. Une partie de ces critiques est passée par les médias télévisés et des centaines de courriels qui m'étaient adressés, dont certains envoyés par des parents qui me remerciaient pour la position que j'avais prise et juraient de ne jamais envoyer leurs filles à York.

Je comprends leur émoi. Cependant, je doute que d'autres universités auraient géré la situation autrement. Les parents auraient tort d'éviter d'envoyer leurs enfants à York en pensant que leurs filles seraient mieux loties dans d'autres institutions.

En Ontario, toutes les universités basent leurs décisions sur la volonté d'accommoder toutes les religions en vertu du Code des droits de l'homme en vigueur dans la province. Ainsi, même si les politiciens de tous bords ont exprimé leur désaccord sur le sujet, il n'est pas surprenant de voir que l'ancien chef de la Commission ontarienne des droits de l'homme ait déclaré au Globe and Mail que York avait eu raison de vouloir répondre favorablement à la demande de son étudiant. Si York prenait la bonne décision, d'autres institutions se seraient senties dans l'obligation de suivre le même chemin.

Mais si les bureaucrates des droits de l'homme peuvent penser que York a eu raison, nombreux sont les Canadiens à m'écrire que les retombées du Code des droits de l'homme ne sont pas acceptables. Si des situations comme celle-ci permettent aux droits religieux d'aller à l'encontre de l'égalité des sexes, alors le code s'éloigne beaucoup des valeurs des Canadiens de toutes confessions. Ce qui fait qu'il manque de crédibilité pour une large partie de la population.

Les gens dont je parle ne sont pas des «rednecks» qui pensent que le Canada appartient aux natifs blancs et chrétiens. Il s'agit de Canadiens, natifs ou pas, de toutes confessions, qui favorisent les droits de l'homme laïques pour tout le monde plutôt que les droits religieux. Beaucoup m'ont parlé de leurs vies sous des régimes qui, comme celui de l'Iran, imposent des codes religieux stricts. C'est de ces gens que j'ai reçu le soutien le plus fort. Ils avaient vécu l'intrusion de la sphère religieuse dans tous les aspects de la vie.

En lisant ces messages, on peut aussi voir que la confusion morale qui caractérisait la position de York ne se résume pas aux universités. Beaucoup ont souligné le fait que dans les écoles primaires et secondaires d'Ontario, financées par les pouvoirs publics, on peut trouver des exemples de situations dans lesquelles les rassemblements de prières, en vertu du code, séparent garçons et filles. Par ailleurs, les parents peuvent exiger que leurs enfants n'aient pas à travailler ou à s'asseoir près d'un enfant du sexe opposé. Dans certaines piscines publiques, les garçons sont séparés des filles pour des raisons religieuses.

De tels ajustements sont à même d'engendrer un sentiment d'infériorité chez les filles. À l'inverse, les garçons peuvent être amenés à penser qu'ils sont supérieurs aux filles. Cela donne aussi un mauvais exemple aux autres étudiants. En voyant ou en entendant parler de ségrégation homme-femme, un garçon de douze ans, influençable, peut en venir à penser que la séparation des sexes est acceptable. Si certains de ses amis méprisent les filles de la salle de prière, il peut penser la même chose. Il ne serait pas surprenant qu'une fois à l'université, ces étudiants trouvent légitime de demander à ne pas travailler avec des femmes. Ils ont appris que lorsqu'on demande un ajustement religieux, on l'obtient.

Les courriels que j'ai reçus montrent bien qu'en Ontario les droits des femmes étudiantes souffrent du compromis religieux à tous les niveaux d'éducation. Malheureusement, on ne connaît pas la vraie dimension de ce compromis, ou ses effets à long terme sur les étudiantes, sur leurs camarades hommes, et au final, sur la structure de valeurs de notre société.

Pour ces raisons, nous avons besoin d'une enquête impartiale de la province sur le sujet. Sur la base de ses découvertes, il serait peut-être possible de remettre le code des droits de l'homme sur le bon chemin, un chemin correspondant plus aux besoins des Ontariens de toutes confessions se souciant de l'éducation et du futur de leurs filles.

Cet article a été publié à l'origine dans le Globe and Mail.

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