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Les Québécois n'ont pas rejeté la souveraineté: ils ont refusé un référendum inopiné

20/04/2014 09:09 EDT | Actualisé 20/06/2014 05:12 EDT

Livrant leurs états d'âme au lendemain de la cinglante défaite essuyée par leur parti le 7 avril, des ténors péquistes l'ont assimilée à une troisième défaite référendaire qui leur faisait plus mal que les deux premières.

Au contraire, je suis convaincu que ce n'est pas de la souveraineté qu'ont eu peur les électeurs, mais d'un référendum inopiné qui aurait été précédé par des mois de dispute. D'autant plus qu'ils étaient déjà indisposés par huit mois de débats en grande partie stériles sur la charte des valeurs. Les électeurs s'attendaient à ce que les partis discutent de l'emploi, de l'éducation, de la santé et des autres enjeux qui constituent leurs préoccupations, a expliqué la députée solidaire Françoise David. Ils ont été frustrés en voyant la tournure qu'a prise la campagne électorale et ils ont exprimé leur mécontentement. Plusieurs péquistes de droite sont alors passés à la CAQ surtout dans le 450 où cette dernière est allée chercher sept circonscriptions au PQ par de faibles majorités (Borduas, Chambly, Iberville, St-Hyacinthe dans la couronne sud et Deux-Montagnes, Masson, Mirabel dans la couronne nord).

La campagne péquiste a dérapé lorsque Pauline Marois a mordu à l'hameçon lancé par Philippe Couillard. Machiavélique, ce dernier a frappé pendant plusieurs jours, à grand renfort médiatique, sur le clou de la peur - qu'il savait latente dans l'esprit d'une majorité d'électeurs - concernant la tenue d'un référendum prochain. Agitant le même épouvantail François Legault est entré dans la ronde. La première ministre sortante est tombée dans le piège. Voulant faire disparaitre ce spectre elle l'a plutôt revigoré en utilisant l'argumentaire d'une campagne référendaire traditionnelle (monnaie commune, etc.) Par la suite, malgré ses nombreuses dénégations, rien n'y fit. Le courant ne passait plus sur ce qui était devenu, au grand dam de la chef péquiste, l'enjeu central de la campagne.

Marois aurait pu contrer les offensives libérale et caquiste.

Pourtant, Mme Marois aurait pu repousser les offensives libérale et caquiste. Début février, elle avait annoncé que, si son gouvernement était éventuellement réélu de façon majoritaire, elle présenterait un livre blanc sur l'avenir du Québec. Ce document, avait-elle promis, ne ferait pas la promotion de la souveraineté, mais donnerait plutôt le coup d'envoi à une vaste consultation publique. Il s'agirait, avait-elle dit, d'une «démarche objective et rigoureuse» qui «ferait état des avantages et des inconvénients» de la situation dans laquelle Québec se retrouve avec Ottawa en ajoutant : «L'idée n'est pas de faire un livre noir sur le Canada ni d'imposer notre option».

Elle avait ainsi tracé la voie à une démarche équitable pour toutes les options. Une démarche où fédéralistes comme souverainistes auraient pu prendre part au débat collectif sur l'avenir du Québec. L'invitant à préciser les modalités de cette consultation, le président du Conseil de la souveraineté, Gilbert Paquette, a souhaité que les intentions du PQ soient «claires et transparentes».

Il a insisté : «Il ne faut pas que ce soient des assemblées indépendantistes et que l'on présume des conclusions de la consultation». Pauline Marois a ignoré les conseils venant du principal mouvement citoyen voué à la souveraineté du Québec qui est en voie d'ailleurs de tenir des États généraux sur cette question. Peut-être qu'elle ne croyait pas à la démarche qu'elle avait annoncée et qu'il s'agissait d'un ballon préélectoral? Qui sait?

La consultation dont on discute serait effectuée dans le cadre du mandat confié par l'Assemblée nationale à une Assemblée constituante dont les membres seraient élus au suffrage universel. Selon Québec solidaire, cette dernière devrait être indépendante de l'Assemblée nationale donc des partis qui la composent. Les résultats de la consultation devraient guider la préparation d'un projet de Constitution par l'Assemblée constituante. Pour clore le processus, ce dernier serait soumis à un référendum dont le résultat serait ratifié par l'Assemblée nationale. Cet exercice sans précédent de démocratie participative qui, pour la première fois placerait les citoyens au cœur des débats, serait une façon radicalement nouvelle de décider de l'avenir du Québec. À notre avis, c'est la meilleure, et peut-être la seule, pour résoudre le dilemme existentiel que constitue depuis toujours la question nationale pour le Québec.

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