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Question nationale: un changement de paradigme s'impose

14/04/2014 12:07 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Depuis la dégelée historique subie par le Parti québécois le 7 avril, de nombreux souverainistes, atterrés, tiennent des propos défaitistes. La plupart sont des baby-boomers qui annoncent leur retraite du militantisme sur le mode du désenchantement parce qu'ils n'ont pas confiance aux générations suivantes pour prendre la relève. Les récentes élections marquent sans contredit la fin d'une ère. La nouvelle conjoncture signifie qu'un changement de paradigme - c'est-à-dire une façon de pensée et d'agir radicalement nouvelle - s'impose dans le camp souverainiste. Et cette métamorphose doit s'opérer rapidement si on ne veut pas que l'idée de l'indépendance ne s'étiole et devienne du folklore.

Le Parti québécois a emprunté jusqu'ici les sentiers battus du prosélytisme. Cette stratégie a porté ses fruits jusqu'à la limite lors du référendum de 1995 où le camp du «oui» a failli être majoritaire. Depuis cette défaite le PQ se sert surtout de la souveraineté comme instrument pour tenter de conserver sa suprématie sur le mouvement souverainiste ; ce qu'il réussit de moins en moins. Il a lié la tenue d'un référendum à l'hypothétique survenance de «conditions gagnantes» que sa bonne gestion des affaires publiques devait lui apporter. Lors des six dernières campagnes électorales, il a même caché l'option que proclame l'article 1 de son programme.

Sortir des sentiers battus du prosélytisme

Le nouveau paradigme signifie qu'on sorte des sentiers battus du prosélytisme et des campagnes menées selon le bon vieux mot d'ordre «sortir, parler, convaincre». Il repose sur le postulat que nos compatriotes n'ont pas d'abord et avant tout besoin d'être endoctrinés par des porteurs de la bonne parole. Ils ont surtout besoin d'être informés de la manière la plus objective possible, de comprendre les enjeux, de comparer les différents points de vue, d'en discuter entre eux, de se faire leur propre opinion et d'exprimer ce qu'ils désirent au plus profond d'eux-mêmes. Il signifie aussi que la question référendaire, à laquelle les citoyens auront éventuellement à répondre, n'aura pas été concoctée seulement par quelques dirigeants politiques au pouvoir, mais grâce à la participation de l'ensemble des citoyens.

Cette voie innovatrice découle du principe selon lequel le seul pouvoir légitime vient du peuple. Elle repose sur la diversité des expressions de la souveraineté populaire et s'inspire de la démocratie participative. Cela implique que les citoyens puissent exercer avec les élus, issus de la démocratie représentative, une véritable cogestion des affaires publiques et décider des changements à apporter aux institutions démocratiques.

Souveraineté politique et souveraineté populaire doivent être liées

De façon concrète cela signifierait la mise sur pied d'une Assemblée constituante dont les membres seraient élus au suffrage universel et qui serait indépendante de l'Assemblée nationale. Cette dernière aurait comme premier mandat d'effectuer une vaste consultation populaire, dont elle devrait tenir compte des résultats dans la rédaction du projet de constitution qui serait soumis finalement à un référendum.

Un règlement durable de la question nationale exige donc que la souveraineté politique soit liée à la souveraineté populaire, non seulement lors du référendum qui clôturera le processus mais pendant toute la démarche qui y mènera. On doit réaliser également que le débat sur l'avenir du Québec n'appartient à aucun parti politique en exclusivité pas plus qu'à un groupe de la société civile en particulier ni même au gouvernement ou à l'Assemblée nationale. Il appartient à l'ensemble du peuple québécois.

Heureusement, ce genre d'approche compte de plus en plus de supporteurs si l'on se fie aux discussions auxquelles ont donné lieu les assemblées tenue dans le cadre des États généraux sur la souveraineté depuis l'automne dernier. L'orientation que donne Pierre Curzi au Nouveau mouvement pour le Québec depuis qu'il est sa tête va aussi dans le même sens.

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