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Le PQ continue d'ignorer le principe de la souveraineté populaire

04/12/2014 09:33 EST | Actualisé 03/02/2015 05:12 EST

Les positions prises par les candidats à la chefferie du Parti québécois jusqu'ici indiquent que cette formation n'adhéra pas de sitôt au principe de la souveraineté populaire pour y faire reposer sa stratégie d'accession à la souveraineté. Obnubilé par l'arrivée de PKP, acclamé comme un «sauveur» par ses militants, le PQ continuera à réduire le projet indépendantiste au seul aspect de la souveraineté politique de l'État québécois.

Selon cette conception élitiste, la souveraineté doit se réaliser par le haut. C'est donc un éventuel gouvernement péquiste qui, tout comme en 1980 et 1995, décidera de l'opportunité de tenir un référendum au moment jugé opportun. La souveraineté du peuple ne fait aucunement partie de l'équation. Jusqu'ici, le mouvement souverainiste a été défini par la subordination de la question sociale à la question nationale. Dans cette optique, la souveraineté n'est pas un projet de société construit collectivement. Elle se limite à son aspect purement constitutionnel.

Pas de projet de pays sans projet de société

Quelques mois avant le référendum de 1995, le gouvernement Parizeau a mis sur pied des commissions régionales pour consulter la population sur le projet souverainiste. Ces dernières ont soulevé un grand intérêt et plus de 6 000 mémoires ont été présentés en l'espace de quelques semaines. Or, dans toutes les régions, de nombreux militants souverainistes ont alors réclamé que la stratégie du référendum en préparation établisse une articulation étroite entre le projet de pays et le projet de société. Mais l'idée a été rejetée au plus haut niveau et la décision a été prise de limiter la question référendaire à la souveraineté de l'État québécois associée à la négociation d'un partenariat économique et politique avec le Canada (souveraineté-partenariat). Cela équivalait à proposer un projet de pays sans contenu.

Lucien Bouchard, qui a succédé à Jacques Parizeau, a envoyé aux oubliettes ce rapport encombrant de la Commission nationale sur l'avenir du Québec qui avait coiffé les rapports des commissions régionales. Le gouvernement Bouchard a par la suite mis le cap sur le déficit zéro et l'attente des conditions gagnantes. Ses successeurs, Bernard Landry et Pauline Marois, ont conservé grosso modo cette stratégie qui a accentué le déclin du PQ et semé la pagaille dans les rangs du mouvement souverainiste.

La défaite historique qu'a subie le PQ aux dernières élections a démontré une fois de plus qu'il est impossible d'implanter le projet de pays en ignorant les problématiques sociales. C'est pourquoi le processus d'accession à la souveraineté doit reposer sur le principe de la souveraineté du peuple. Afin de préparer un projet de constitution, elle prévoirait la mise sur pied d'une Assemblée constituante indépendante des partis politiques, de l'Assemblée nationale et du gouvernement. Elle inverserait le processus. Le référendum conclurait la démarche plutôt que de l'initier.

Les membres de l'Assemblée constituante seraient élus au suffrage universel (ou encore choisis par tirage au sort) afin de refléter le mieux possible la diversité du peuple québécois. La démarche se déroulerait dans un contexte dépassant les cadres partisans et les cercles souverainistes. Elle viserait à refonder l'État grâce à un large processus de démocratie participative et délibérative. C'est donc d'un changement de paradigme dont il s'agit. Cette approche novatrice compte de plus en plus de partisans. Les États généraux sur la souveraineté, tenus ces deux dernières années, ont indiqué qu'une partie importante de la société civile est en train de prendre le virage. Depuis sa fondation Québec solidaire propose aussi la mise sur pied d'une assemblée constituante. La population réalise de plus en plus qu'il ne pourra exister de véritable souveraineté politique sans souveraineté populaire. Le PQ le comprendra-t-il un jour ? Je suis loin d'en être certain.

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