LES BLOGUES

Option nationale, c’est la fin?

Depuis le départ du fondateur du parti, Jean-Martin Aussant, ON était à bout de souffle et ne pouvait espérer meilleur dénouement que celui-là.

07/10/2017 08:00 EDT
LA PRESSE CANADIENNE
Il y a quelques années de cela déjà, je m’étais engagé auprès d’un groupe qui plaidait en faveur d’une fusion d’ON et de QS. 

Voilà, c'est fait. La direction d'Option nationale (ON) a accepté que ce dernier parti indépendantiste intègre prochainement les rangs de Québec solidaire (QS).

Ce qui m'étonne, je dois bien le dire, c'est que le chef Sol Zanetti soit parvenu à arracher une entente à QS qui respecte en tous points les conditions toujours posées par les Onistes pour ce faire. Considérant le faible poids politique que représente aujourd'hui ON sur la scène politique québécoise, on aurait facilement pu imaginer qu'ON eût dû reculer sur quelques points essentiels concernant ses exigences pour se voir concéder une place digne de ce nom à l'intérieur de QS.

Depuis des lustres, on entend des gens dire, à tort et souvent à raison, que QS n'est pas un parti vraiment indépendantiste. Que la liberté, il ne l'a toujours défendue que du bout des lèvres, sans vraiment y croire. Force est d'admettre, à la lumière de cette entente de principe, que le QS-nouvelle-mouture semble résolument prêt à adopter les changements qui s'imposent afin de faire taire ces critiques. Après tout, devenir résolument indépendantiste est la meilleure façon pour ce parti - pour ne pas dire l'unique - de sortir enfin de l'Est de Montréal et partir à la conquête des régions du Québec.

Il faut dire que l'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois aux plus hauts échelons de ce parti a insufflé un vent de fraîcheur sur la formation jadis fondée par Françoise David.

Il faut dire que l'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois aux plus hauts échelons de ce parti a insufflé un vent de fraîcheur sur la formation jadis fondée par Françoise David. On peut reprocher bien des choses au jeune homme, mais certainement pas d'être un fédéraliste qui joue à l'indépendantiste seulement quand ça fait son affaire. GND est un vrai indépendantiste. De grosse gauche certes. Mais un indépendantiste pareil. Et brillant qui plus est.

Mais que dit au juste cette entente de principe qui devra, pour devenir officielle, être adoptée lors des prochains congrès des deux partis? Grosso modo, et c'est là le plus gros morceau de l'entente, QS accepte de modifier l'article 1 de son programme afin que le projet d'assemblée constituante qui serait mise sur pied à la suite de l'élection d'un gouvernement QS concerne désormais, et strictement, l'adoption d'une constitution pour un Québec indépendant. Auparavant, cette assemblée constituante aurait pu déboucher sur une constitution d'un Québec-province si telle avait été la décision des délégués ainsi réunis. Il faut bien le dire, un tel changement dans le programme de QS est majeur. C'est un engagement ferme envers la réalisation de l'indépendance dès l'accession de QS au pouvoir! Ce n'est pas rien! J'étais d'ailleurs convaincu que là se trouverait la pierre d'achoppement qui aurait forcé l'abandon des négociations entre les deux partis.

ON, qui deviendra sous le coup de cette entente un club à l'intérieur de QS, avec des fonds pour promouvoir l'indépendance, et dont les principaux représentants occuperont des postes à l'intérieur du nouveau parti unifié, n'avait d'autre choix que d'accepter une telle entente. Il s'est époumoné à dire, des années durant, qu'il serait prêt à fusionner avec tout parti prêt à s'engager clairement en faveur de la réalisation de l'indépendance. Il force QS à le faire maintenant. Le Parti Québécois non. ON n'avait d'autres choix que de plier bagage et de rentrer dans les rangs de QS.

C'est la sortie de scène la plus honorable qu'on pouvait espérer, dans les circonstances actuelles, pour ce parti réduit à peau de chagrin.

Depuis le départ du fondateur du parti, Jean-Martin Aussant, ON était à bout de souffle et ne pouvait espérer meilleur dénouement que celui-là. C'est la sortie de scène la plus honorable qu'on pouvait espérer, dans les circonstances actuelles, pour ce parti réduit à peau de chagrin. Il faudra maintenant voir si les militants de ce parti accepteront majoritairement d'emboîter le pas à leur direction et d'entrer chez QS. Mais considérant tout ce que j'ai souligné plus haut, je crois bien que plusieurs le feront. Ce qui est une bonne nouvelle pour QS, car ce parti héritera de la sorte de militants aguerris, déterminés et compétents en ce qui concerne la question indépendantiste.

Ceci étant dit, mes réserves maintenant.

Il y a quelques années de cela déjà, je m'étais engagé auprès d'un groupe qui plaidait en faveur d'une fusion d'ON et de QS. Dans ma tête d'alors, c'était le meilleur moyen d'accroître le rapport de force de ces deux petits partis sur le PQ, pour que celui-ci reprenne enfin sa marche vers le pays.

En tant qu'ancien membre de la délégation internationale en Catalogne (tournant des années 2010), j'avais vu comment les petits partis de ce pays appelé à le devenir vraiment étaient parvenus à forcer le grand parti d'alors qu'était Convergencia i unio à abandonner, pour un temps au moins, son ambiguïté eu égard au projet de pays catalan. Je rêvais de faire de même au Québec. C'est-à-dire forcer, à l'aide d'un QS revigoré et franchement indépendantiste, ce PQ qui demeure à ce jour le navire amiral du mouvement indépendantiste à militer à nouveau pour le pays du Québec.

Cette différence énorme de perception en ce qui concerne le PQ risque de créer des remous à l'intérieur du nouveau parti unifié qui s'appellera toujours Québec solidaire.

Jamais dans ma tête je ne souhaitais alors donner de la force à QS pour mieux détruire le PQ et ainsi le remplacer dans la courte liste des partis pouvant aspirer au pouvoir. Or, bien des gens chez QS, je m'en rends bien compte aujourd'hui, n'ont que cet objectif en tête. Je ne puis en être. Et je ne crois pas que la majorité des militants et membres d'ON partagent davantage cette volonté. Cette différence énorme de perception en ce qui concerne le PQ risque de créer des remous à l'intérieur du nouveau parti unifié qui s'appellera toujours Québec solidaire.

Si ce projet de fusion devait donner suffisamment de force à QS pour miner d'autant le PQ dans les prochaines années, et ce, alors que le parti de GND conserverait la même fermeture à l'égard du PQ de Jean-François Lisée, je crois que le Québec n'y gagnerait pas au change. De mon vivant, je ne crois pas voir QS au pouvoir, que le PQ survive ou non aux prochains événements qui s'appellent surtout les élections de 2018. Pour le bien du Québec, QS devra plus tôt que tard cesser de rêver à la destruction du PQ. Il devra plutôt chercher le moyen de s'entendre avec celui-ci. Et vice et versa évidemment, puisqu'au chapitre de la division du mouvement indépendantiste, le PQ est responsable de bien des maux.

La Catalogne nous sert ces jours-ci et à nouveau de grandes leçons: il n'y a qu'ensemble qu'on peut rêver sérieusement au pays. Et même tous ensemble, la route que nous souhaitons emprunter vers le pays du Québec nous sera difficile et éreintante. Les forces de chacun seront nécessaires pour arriver un jour à bon port. J'en demeure convaincu.

Si la fusion est avalisée, ils devront devenir des militants de l'intérieur ayant pour mission de convaincre les solidaires de l'importance de la convergence indépendantiste, seule façon de mener un jour le Québec à sa libération pleine et assumée.

Ce qui revient à dire que Sol Zanetti et les siens ne sont pas sortis du bois. La mission qui les attend à la suite des congrès des deux partis devant confirmer la fusion sera tout aussi difficile que ce ne le fut pour eux de faire la promotion de l'indépendance à la tête d'un très petit parti, et ce, dans un vaste« champs de ruines » (dixit Jacques Parizeau). Si la fusion est avalisée, ils devront devenir des militants de l'intérieur ayant pour mission de convaincre les solidaires de l'importance de la convergence indépendantiste, seule façon de mener un jour le Québec à sa libération pleine et assumée. Ils pourront agir à titre d'agents de la réconciliation.

Comme quoi, ce qui survient présentement, ce n'est pas la fin d'Option nationale. Ce n'est qu'un nouveau départ.