LES BLOGUES

Menaces de déménagement de Bombardier: une opération publique de lobbying

13/08/2014 05:08 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

Ainsi donc, Bombardier pourrait déménager certaines de ses activités à l'extérieur du Québec, privant ainsi la province de centaine d'emplois. Telle a été la réponse de la multinationale à l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) qui accuse une vingtaine de ses employés d'avoir « posé des gestes d'ingénieurs » sans en être réellement. Cette menace disproportionnée de la multinationale ne vise évidemment pas l'ordre professionnel, mais plutôt le gouvernement. Tout porte à croire qu'il s'agit d'une opération publique de lobbying. Analyse.

Qui dit vrai?

Selon la version des faits de ce fleuron du Québec inc., le secteur de l'aéronautique est de juridiction fédérale et, ce faisant, il n'aurait pas les mêmes obligations de se conformer aux exigences de l'OIQ. De plus, toujours selon eux, la vingtaine de techniciens visés par l'ordre professionnel seraient des ingénieurs, en regard des critères de Transport Canada.

Qui dit vrai, qui dit faux? Au fond, cela n'a pas d'importance. Il se peut même que tous les deux aient raison, mais qu'ils n'appuient tout simplement pas leur raisonnement sur les mêmes critères pour établir qui est en droit (ou non) de « poser des gestes » que seuls des ingénieurs posent habituellement.

1-0 pour l'OIQ

Donc, si ces critères existent vraiment chez Transport Canada et qu'ils ont préséance sur ceux de l'OIQ, pourquoi ne pas les avoir tout simplement relevés pour les mettre en opposition à ceux de l'OIQ? Pourquoi ne pas avoir choisi de collaborer avec l'OIQ pour régler ce différend en soulignant l'importance de réunir les deux paliers de gouvernement autour de la table afin de se mettre d'accord sur des critères communs pour éliminer toute forme d'interprétation? Et si les employés sont réellement des ingénieurs, pourquoi ne pas simplement dire d'où ils viennent et où ils ont obtenu leurs diplômes, tout en préservant leur identité?

Cette seule information répétée en boucle dans toutes leurs communications aurait sans doute calmé le jeu et aurait permis à Bombardier d'enlever du poids aux arguments de l'OIQ. Étrangement, Bombardier a plutôt endossé une stratégie de communication guerrière qui pourrait nuire à sa réputation.

Pour l'instant, le manque de précision de Bombardier dans sa « défense » et le silence de Transport Canada dans cette affaire donne le premier point à l'ordre professionnel dans la bataille de l'opinion publique. 1-0 pour l'OIQ.

Opération publique de lobbying

Œil pour œil, dent pour dent. Telle semble être l'approche privilégiée par la multinationale dans cette affaire. Froissés d'avoir été égratignés dans les médias, les dirigeants de Bombardier ont répondu par la menace. Le public visé est évidemment le gouvernement provincial. Bombardier n'a visiblement aucune intention de transiger avec l'OIQ; l'entreprise souhaite plutôt que le gouvernement intervienne dans l'affaire.

Mesdames, messieurs, vous êtes ici témoins d'une opération publique de lobbying où un acteur important de l'économie québécoise met de la pression sur le gouvernement en brandissant la menace ultime de déménager ses activités. Bien qu'éducative, cette opération est toutefois socialement discutable.

Responsabilité sociale de Bombardier

À ma connaissance, l'État québécois, donc le peuple québécois, a grandement contribué au développement de Bombardier grâce, entre autres, à ses subventions, ses crédits d'impôt et quelques plans d'aide directe à la multinationale. Par exemple, en avril 2013, Bombardier a obtenu du gouvernement québécois un financement d'un milliard de dollars, par le biais d'Investissement Québec, pour l'aider dans la vente de ses avions de la CSeries.

Compte tenu de l'argent public investi dans cette entreprise plusieurs fois milliardaire, comment justifier les menaces de l'entreprise de déménager certaines de ses activités? Non seulement cette stratégie est discutable d'un point de vue des relations publiques, mais d'un point de vue de la responsabilité sociale, les menaces adressées au gouvernement et aux Québécois sont tout simplement inacceptables.

Il est à souhaiter que Bombardier saisisse l'opportunité de se rétracter dans ses menaces et qu'elle fasse montre de plus de sensibilité à l'égard de l'aide que les Québécois ont bien voulu lui accorder par le biais de son gouvernement. Le fondateur, M. Bombardier, savait saisir toutes les opportunités afin de faire connaître son produit. Il avait un sens commun très développé. Que penserait-il aujourd'hui de cette opération publique de lobbying?

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

La CSeries de Bombardier

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?