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Ensemble vers la COP23

Depuis la très médiatisée COP 21 tenue à Paris en 2015, l'enthousiasme aurait-il fléchi, refroidi notamment par la tentation américaine de se désengager de l'accord?

07/11/2017 09:00 EST
Allen McEacher

C'est par ces mots que j'avais souhaité mobiliser les acteurs publics et privés du monde de la mobilité et du transport réunis en juin par Michelin à Montréal, pour l'événement Movin'On. Les mobiliser sur quoi? Sur l'extraordinaire opportunité de développer une mobilité adaptée à la nouvelle économie « zéro émission nette » à laquelle nous invite l'Accord de Paris. Aujourd'hui, la COP 23 est à nos portes et...les médias n'en parlent pas, ne sachant pas très bien quoi en attendre!

Depuis la très médiatisée COP 21 tenue à Paris en 2015, l'enthousiasme aurait-il fléchi, refroidi notamment par la tentation américaine de se désengager de l'accord?

Je ne le crois pas. Depuis deux ans, au contraire, la prise de conscience s'accélère au sein du grand public quant à la nécessité d'agir. Les ouragans Irma et Maria qui ont ravagé les Caraïbes, et peut-être plus encore les récents événements climatiques exceptionnels du Portugal et de l'Irlande, sous nos latitudes illustrent la montée de la fréquence et de la violence de ces phénomènes. Le passage du dévastateur cyclone Winston aux îles Fidji, organisatrices de cette COP23 délocalisée en Allemagne, a braqué les projecteurs sur les conséquences du réchauffement climatique pour les États insulaires.

De façon plus large, il devient évident que le moment est venu de changer nos paradigmes de développement : le capital naturel diminue plus vite qu'il ne peut se régénérer, les villes suffoquent, et parallèlement chacun voit bien, par exemple, que la capacité à générer localement de l'électricité propre à coût faible et les progrès fascinants de l'électronique et l'informatique ouvrent la voie à d'autres mobilités possibles, plus attractives que celles du seul vieux moteur à explosion et de son alimentation en ressources fossiles, polluantes et génératrices de déficits commerciaux.

Dans ce contexte, des pays bougent et s'engagent sur des objectifs de transformation profonde : la Chine, la France, l'Inde, la Hollande, etc. Et le risque d'un déclassement économique rapide devrait en mobiliser d'autres.

D'autres villes se réveillent. La toute récente déclaration à Paris de son maire et de 11 autres (Londres, Copenhague, Auckland, Los Angeles, Mexico...) - décidés à faire d'une grande partie de leurs villes des espaces sans émission polluante à l'horizon 2030 - est de nature à en entraîner plusieurs centaines d'autres très vite, avec la perspective de rendre la transition beaucoup plus favorable économiquement.

Ces signaux de pays et de territoires divers sont une réassurance pour les entreprises qu'il est temps d'investir dans des formes nouvelles de mobilité : propres, inclusives, connectées.

COP 23 ne va sans doute pas amener de décision spectaculaire : le spectacle de l'engagement collectif, c'était à Paris.

COP 23 ne va sans doute pas amener de décision spectaculaire : le spectacle de l'engagement collectif, c'était à Paris. Maintenant, il faut travailler! Et dans cette phase de concrétisation, il faut que les entreprises se mettent en avant.

La Chine, première émettrice de GES, travaille sur un calendrier pour interdire la vente de voitures à essence et au diesel d'ici 2040.

Elle emboîte le pas à d'autres bons élèves (la Norvège, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Hollande et l'Inde), qui ont toutes déjà adopté des politiques en ce sens.

La ville de Stockholm, en Suède, vise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre à 2,3 tCO2/citoyen d'ici 2020, et devenir une ville sans énergies fossiles d'ici 2040, selon le bilan annuel du CDP (Carbon Disclosure Project).

COP23 : Entreprises, à vous de jouer!

Je suis convaincu que les entreprises doivent être plus impliquées dans la lutte contre les changements climatiques, puisqu'elles ont une influence mondiale incomparable et détiennent le pouvoir de faire réellement changer les choses. C'est par elles seules qu'une harmonisation internationale pourra exister. C'est indéniablement aussi une question de survie pour elles.

Au niveau de la décarbonation et de la qualité de l'air, les entreprises doivent s'unir et travailler ensemble, intensifier leurs efforts de mise en œuvre de solutions concrètes avec les gouvernements, les villes et les territoires.

Les entreprises doivent exprimer de quels instruments économiques nouveaux elles ont besoin pour accélérer leurs investissements dans les business modèles nouveaux qu'appellent les mutations envisagées, et pour libérer le potentiel d'innovation des jeunes entrepreneurs.

Les entreprises doivent aussi engager très vite une dynamique collective, avec les gouvernements, pour trouver des solutions crédibles d'émissions négatives, condition sine qua non de succès de l'Accord de Paris.

Lors du Sommet mondial de la mobilité durable, Movin'On 2017, j'ai pu vérifier que nous étions nombreux à acquiescer à ces idées, mais j'observe encore une réticence de beaucoup d'acteurs du monde économique à accélérer aussi fortement que nécessaire pour se mettre véritablement dans le tempo des exigences de l'Accord de Paris.

Mon implication dans les Assises de la Mobilité lancées par la France dans le cadre de son engagement pour une décarbonation nette en 2050 témoigne que je suis prêt à passer de l'ambition à l'action. Et vous?

La prochaine édition de Movin'On, le sommet mondial de la mobilité durable, se tiendra du 30 mai au 1er juin 2018 à Montréal, Canada. movin'on.michelin.com