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L'industrie forestière à la croisée des chemins

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Cette semaine se termine une vaste consultation nationale sur les défis et enjeux économiques de l'industrie forestière au Québec. Présidé par Robert Beauregard, de l'Université Laval, le Chantier sur la production de bois est une série de propositions qui mènent en fait à une nouvelle vision de l'aménagement forestier au Québec. M. Beauregard est limpide sur un point: «Le statu quo ne peut qu'entraîner la poursuite de la décroissance de l'industrie (forestière) dans l'économie québécoise». Position qui ébranlera assurément les industriels de la vieille école.

Parmi les propositions principales du chantier Beauregard: le Québec doit orienter ses politiques forestières vers la création de valeur, plutôt que sur la simple maximisation du volume de bois récolté. La SNAP Québec est favorable à cette proposition, qui vise à accompagner l'industrie vers la mise au point de nouveaux produits et vers une nouvelle approche de l'aménagement forestier. C'est un contraste frappant avec la vision traditionnelle axée sur le volume, qui suppose une relation linéaire sans bornes entre le nombre d'arbres coupés et le nombre d'emplois générés. Comme le démontre M. Beauregard, ce raisonnement longtemps prôné par l'industrie a aujourd'hui atteint ses limites.

Par exemple: en cherchant à maximiser les volumes coupés en forêt, nous avons créé une situation aberrante où la récolte des derniers mètres cubes coûte parfois plus qu'elle n'en rapporte. Cela n'est pas seulement un non-sens sur le plan économique, mais également sur le plan écologique. Car les fameux «derniers mètres cubes» sont souvent les plus éloignés, comme ceux qui se situent dans l'habitat critique du caribou forestier du nord de la forêt boréale. Dans la mesure où la protection de cette espèce menacée est devenue un enjeu national, est-ce normal que ses derniers bastions soient récoltés... à perte ? Est-ce normal que nos politiques forestières, axées sur le volume, obligent des compagnies à récolter des arbres dont elles ne veulent pas ? Poser les questions c'est y répondre - d'où l'importance d'un nouveau paradigme axé aussi sur la valeur plutôt qu'uniquement sur le volume.

D'autres propositions du chantier Beauregard comportent toutefois d'importants risques pour l'environnement... et pour l'économie. Au premier chef, l'expansion proposée du réseau routier en forêt, dont le succès serait mesuré en kilomètres de routes tracées par année. En d'autres mots, plus il y aura de chemins, mieux c'est. Cette vision nous semble incompatible avec le contexte de rationalisation mis de l'avant dans la consultation. En Outaouais, par exemple, on compte actuellement près de 40 000 km de chemins, toutes classes confondues. Les coûts pour la seule mise à niveau d'une portion «stratégique» de ce réseau ont été estimés à 35 millions de dollars, sans compter l'entretien futur et les nouveaux chemins. Imaginons le phénomène à la grandeur du Québec: qui supportera ce fardeau économique sans cesse grandissant?

L'intention de vouloir rendre accessible le territoire pour les activités comme la chasse, la pêche et la villégiature sont bien sûr louables. Mais c'est oublier les graves conséquences écologiques engendrées par des chemins forestiers mal planifiés, dont l'empreinte est souvent irréversible, et qui viennent morceler les habitats des espèces qui s'y trouvent. La fragmentation et la perte d'habitat demeurent en effet la première cause du déclin de la biodiversité à l'échelle mondiale, et le Québec n'y fait malheureusement pas exception.

Le Québec n'a jamais eu, et n'a toujours pas de vision d'ensemble du développement de son réseau routier sur les terres du domaine de l'État. Il est grand temps de remédier à ce problème, non pas de l'exacerber. La Colombie-Britannique, par exemple, travaille à l'élaboration d'un projet de loi sur la gestion du réseau routier en forêt publique. Entre autres, ce projet de loi suggère l'élaboration d'un plan de gestion commun à l'ensemble des utilisateurs, ainsi que l'évaluation des impacts du réseau routier sur l'environnement, et du coût de construction et d'entretien des chemins (nombre de kilomètres, classes, répartition sur le territoire, maintien ou désactivation suite à l'utilisation). Le Québec pourrait s'en inspirer.

En conclusion, certaines orientations économiques du chantier Beauregard ont le potentiel de marquer un tournant positif pour l'industrie forestière au Québec. La SNAP Québec en appuie plusieurs, signe que l'économie et l'écologie peuvent effectivement être réconciliées. Il appartient maintenant au ministre responsable de publier une Stratégie d'aménagement durable des forêts (SADF) digne de ce nom.

Pour lire notre position détaillée au sujet du Chantier sur la production de bois, visitez la rubrique Publications de site web de la SNAP Québec.

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