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La défense de l'environnement passe par la défense de la démocratie

18/11/2014 11:49 EST | Actualisé 18/01/2015 05:12 EST

La divulgation des documents secrets sur la stratégie de communication de TransCanada pour son projet de pipeline de sables bitumineux Énergie Est - élaborée par la plus grande agence de relations publiques au monde, Edelman - a eu l'effet d'une «bombe» auprès de l'opinion publique au Canada et ailleurs, notamment aux États-Unis où la pétrolière voudrait construire son controversé pipeline de sables bitumineux Keystone XL.

Dans une tentative de défense, TransCanada affirme que les documents qui ont été obtenus par Greenpeace ne sont que des « recommandations » et qu'ils souhaitent par cette stratégie « parler au vrai monde » pour vanter leur projet Énergie Est. À vrai dire, on voit difficilement comment TransCanada - ou Edelman - espérait déclencher une véritable « mobilisation citoyenne » pour défendre ce projet qui fait déjà face à une intense opposition.

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En fait, plusieurs questions se posent : pourquoi refusent-ils d'utiliser le mot « sables bitumineux » et préfère utiliser le mot « ressources naturelles » pour rallier la population? Serait-ce parce qu'ils ne veulent pas se montrer transparents sur l'impact du pétrole issu des sables bitumineux - le plus polluant sur la planète - sur notre climat ? Comment pensent-ils pouvoir gagner le cœur des Québécois en leur proposant un projet qui ne présente que des risques pour leur santé, leur environnement, leur sécurité, leur fleuve, les bélugas, le climat planétaire, et ce, sans réels avantages en contrepartie ? Il ne faut pas être un expert pour se rendre compte que le manque de transparence de TransCanada est flagrant. Par exemple, se basant sur des données de Statistique Canada, Greenpeace et Environmental Defence ont démontré clairement comment TransCanada exagère largement la capacité d'Énergie Est à réduire les importations pétrolières d'outre-mer en utilisant des données erronées et dépassées. Ce pipeline est un pipeline d'exportation et n'est pas destiné aux raffineries québécoises, malgré ce qu'en dit TransCanada.

Au-delà de la pollution environnementale, TransCanada est aujourd'hui accusée de vouloir « polluer » le climat démocratique à travers ce genre de manœuvres médiatiques qui ne peuvent que nuire au débat public. TransCanada envisageait d'introduire au Québec des approches beaucoup plus agressives inspirées des tactiques des lobbys du tabac et du pétrole aux États-Unis, avec des attaques visant directement les groupes environnementaux, pour « compliquer la tâche » de ses détracteurs, « détourner leur attention de leur mission et les pousser à rediriger leurs ressources ». Elle envisageait ainsi réduire au silence les critiques et contrer l'opposition, et ce, de façon déloyale.

Greenpeace, d'autres groupes environnementaux et des autochtones ont été récemment qualifiés de militants « extrémistes » par de hauts responsables gouvernementaux - le plus récent exemple étant l'ancien ministre fédéral Ron Liepert vendredi dernier sur les ondes de CBC. Sommes-nous qualifiés d'« extrémistes » parce que nous sommes critiques de projets qui présentent un vrai danger sur la santé de la population, l'environnement du Canada en plus de bafouer les droits ancestraux des Premières Nations ? Sommes-nous des « extrémistes » parce que nous avons à cœur l'avenir de notre planète et que nous tirons la sonnette d'alarme quand le Canada ne fait rien pour lutter contre les changements climatiques et encourage l'augmentation des émissions de GES?

Si telle est la définition de l'extrémisme, alors nous sommes loin d'être les seuls. La marche historique pour le climat qui a eu lieu le 21 septembre dernier à New York, et à laquelle ont participé plus de 400 000 personnes, en est une autre preuve. Tout comme le sont les 2500 personnes qui sont récemment descendues dans les rues de Cacouna pour s'opposer au projet Énergie Est.

Nous ne nous opposons pas aux projets polluants pour le plaisir de nous opposer. Les environnementalistes ont clairement défini les raisons pour lesquelles ils s'opposent au projet de pipeline Énergie Est. Ce projet ouvrirait la voie à l'expansion de la production de pétrole issu des sables bitumineux et produirait 30 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) supplémentaires chaque année, ce qui correspond à l'ajout de 7 millions de nouvelles voitures sur nos routes. Ce projet représente une menace pour l'eau potable, la qualité de l'air, les droits des Premières Nations et plusieurs habitats sensibles, comme celui des bélugas à Cacouna. Ces risques peuvent et doivent être évités puisqu'il existe d'autres options vertes - plus fiables - capables de répondre aux besoins en énergie.

Contrairement aux lobbyistes pétroliers, lorsque nous participons à des débats publics, nous affichons clairement nos positions et nous présentons des arguments appuyés sur des études scientifiques bien élaborées. Nous devons exiger le même souci de transparence de la part des pétrolières, par respect à l'opinion publique et à tous ceux et toutes celles qui défendent les valeurs démocratiques.

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