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Montréal, un terrain de jeu pour les promoteurs

La qualité de vie de Montréal – vantée par tous les spécialistes en marketing du monde – se détériore rapidement.

02/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 02/08/2017 09:49 EDT
Getty Images/iStockphoto
La Ville de Montréal nous chante, depuis des décennies, ses vœux pieux pour contenir la gentrification et attirer de nouvelles familles sur ce gros Love Boat qu'est devenue la métropole d'un Québec qui ambitionne de s'internationaliser au plus sacrant !

La saison estivale draine son lot de touristes et de bobos en mal de carrés de sable pour adulte. Cette année nous avons droit à la totale ! Une sorte de festival international de la congestion sous toutes ses formes ... la métropole québécoise ressemble à une gigantesque fourmilière sur le point d'exploser ! Les routes sont défoncées, les ponts sont bloqués, le centre-ville regorge de vélocipèdes qui roulent sur les trottoirs afin d'échapper aux voitures qui, elles-mêmes, tentent d'éviter la cohorte de poids-lourds détruisant tout sur leur passage. En bref, Montréal c'est une aubaine pour les entreprises de travaux publics et les promoteurs d'événements éphémères.

La métropole des branchés

L'appellation métrosexuels ne serait plus de mise, remplacée, depuis peu, par celle de lumbersexuels, un autre truc aux connotations troubles. Si le premier jouait la carte du dandy efféminé, le deuxième se la joue bûcheron-techno-des-temps-modernes, une autre façon de masquer sa vacuité existentielle. En fait, des hordes de coureurs des villes pullulent aux quatre coins d'un centre-ville qui a été transformé en garderie pour touristes et travailleurs des nouvelles économies.

On y consomme de la bouffe liquide prédigérée, du fast-food ethnique ou de la pseudo-gastronomie réchauffée par une mafia de la restauration qui pratique l'art du simulacre. Aucunes traces de la bouffe du terroir, hormis quelques restos branchés pour lumbersexuels aimant la tourtière aux sushis ou la crème glacée au bacon. Mais on chercherait en vain un petit bistro ou une trattoria servant des plats honnêtes, à des prix raisonnables. On dirait que l'administration municipale concède des permis de restauration en fonction d'un plan marketing visant à attirer le gratin de la branchitude. Exit les classes populaires au sens noble du terme !

Pour ce qui est des services de proximité, vous allez devoir marcher des heures avant de débusquer une cordonnerie, une quincaillerie ou un salon de coiffure pas trop branché, c'est-à-dire offrant quelque chose à un prix normal. C'est à croire que les garçonnières de type conciergerie sont offertes meublées et équipées de tout l'attirail de la domesticité des temps modernes. Rien à remplacer puisque l'occupant va déménager à la date d'expiration ... les oiseaux migrateurs de la nouvelle économie vont et viennent entre Montréal et d'autres destinations du même acabit. Les décideurs politiques ne veulent surtout pas d'une population qui souhaiterait se sédentariser.

La Ville de Montréal nous chante, depuis des décennies, ses vœux pieux pour contenir la gentrification et attirer de nouvelles familles sur ce gros Love Boat qu'est devenue la métropole d'un Québec qui ambitionne de s'internationaliser au plus sacrant ! Mais, une fois les vapeurs de la propagande dissipée, on réalise que Montréal draine son lot d'investisseurs et d'étudiants étrangers, de migrants de passage et de célibataires endurcis. Aucunes familles à l'horizon !

Un festival perpétuel

Les immeubles à condominiums et les hôtel-appartements poussent comme des champignons dans un centre-ville qui n'est plus qu'une copie en carton-pâte de l'ancienne cité classique. Nous avions déjà écrit, sur notre site personnel, que « la cité se donne en spectacle, elle devient un gigantesque plateau où sont mis en scène congrès, festivals, conférences ou autre événements susceptibles de lui permettre de gagner des parts sur le marché des villes émergentes. La mise en marché de la cité présuppose une délocalisation de sa population. Les citoyens ont vidé les lieux. À leur place, le métrosexuel, sorte de parangon de la consommation, tient la place d'une potiche au beau milieu de toute cette agitation factice ».

En effet, Montréal c'est une interface pour les promoteurs et les spéculateurs d'une économie 2.0 qui ne se soucie guère de préserver un milieu d'ancrage en particulier ... comme dans les villages en carton-pâte dépeints par les bandes dessinées de Lucky Luke. Vite, il faut faire vite ! Implanter des centres d'appel – qui proposent des services douteux – dans les locaux vides des grandes tours à bureaux –, dresser le décor pour la production d'un xième film porno (Montréal est la deuxième capitale internationale de la porno) dans une ancienne usine, ouvrir une pizzeria pour chiens, assembler les chapiteaux d'un festival à gogo qui empêchera les honnêtes citoyens de dormir ou faire converger la circulation des fauteuils roulants en direction des pistes cyclables déjà congestionnées à mort !

Rien ne va plus, faites vos jeux !

Il n'y a pas que les bucherons de la nouvelle économie qui passent par là : une cohorte indescriptible de poids lourds se déverse – nuit et jour – dans les anciens quartiers ouvriers de la métropole. Même des groupes de cyclistes sont happés au passage à l'occasion. L'industrie du camionnage c'est du lourd, un lobby qui n'a rien à cirer des milieux urbains qu'il contribue à détruire inexorablement ! Que voulez-vous, c'est le lot d'une République de banane que de servir de zone de transit pour les marchandises, les touristes et les activités criminogènes douteuses ...

La qualité de vie de Montréal – vantée par tous les spécialistes en marketing du monde – se détériore rapidement.

Qu'il nous soit permis dans ajouter une couche – histoire d'attirer quelques trolls bien rémunérés – afin de conclure dans la joie et l'optimisme. La qualité de vie de Montréal – vantée par tous les spécialistes en marketing du monde – se détériore rapidement. Pour preuve : les propriétaires sont accablés par des comptes de taxes exorbitants, le smog et les îlots de chaleur rendent la vie insupportable aux ainés, traverser la rue est devenu un sport extrême, demander l'heure sur la rue dans la langue de Molière ... n'y pensez même pas ! En bref, Montréal c'est vraiment le pied pour quiconque planifie y passer un petit weekend excitant à bon marché. La ville pullule de salons de massage XXX, il y règne une animation factice jour et nuit et le prix des hôtels est plus abordable qu'à Dubaï. Qui plus est, Montréal est devenu une ville anglophone qui s'offre, sans vergogne, aux touristes désireux de venir prendre leur pied dans la Sin City de la côte est nord-américaine. On peut comprendre que les autochtones, et tout le reste du Québec, soit quelque peu perplexes face à la situation. Mais, que voulez-vous, les colonisés que nous sommes ont la couenne dure !

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