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Rectifier le tir pour le Québec, et les Québécois

27/03/2014 12:22 EDT | Actualisé 26/05/2014 05:12 EDT

Pour un changement de perspective au niveau de la politique québécoise

Les présentes élections provinciales ne sont pas engagées sur une pente ascendante de mon point de vue. Les couteaux volent bas, les politiciens font de la politique politicienne et le peuple est passablement désillusionné. Je ne serais pas surpris que le niveau d'abstention se rapproche des 30 % le jour du scrutin. Et pour cause. Le Parti québécois et ses stratèges se sont empêtrés dans le débat autour de la charte des valeurs, alors que la crise économique frappe les régions et que rien n'a été mis en place pour réclamer des éclaircissements à propos des tractations entourant l'accord économique et commercial global (AECG) conclu avec l'UE.

Un parallèle avec la situation française

Le débat entourant l'adoption d'une charte des valeurs s'est déroulé dans un contexte où la nation québécoise a été exposée à une campagne médiatique qui aura monopolisé l'attention de la population autour de ce dossier. Cette charte, clairement d'inspiration française, n'aura contribué qu'à diviser les Québécois, alors que c'est la question de l'adoption d'une constitution québécoise qui aurait dû être mise en exergue.

Loin d'être un instrument fédérateur, dans un contexte où la république a été déchirée par la montée des communautarismes instrumentalisés, la charte de la laïcité française de 2004 n'aura servi qu'à pointer du doigt les communautés musulmanes comme nouveaux boucs émissaires. Conséquemment, les frictions communautaires n'ont pas été apaisées, elles ont plutôt connu un regain de tension.

Le talon d'Achille de la charte des valeurs s'est véritablement cette façon de pointer du doigt les pratiques religieuses et confessionnelles comme si elles constituaient le principal obstacle à la consolidation de la neutralité républicaine de l'État. Les opposants de la charte se sont engouffrés dans la faille, poussant des cris d'orfraie en pointant du doigt le caractère prétendument xénophobe des indépendantistes et du même coup, d'une majorité de Québécois dits «de souche».

Il eût été plus heureux de mettre le cap sur les préparatifs de l'adoption d'une authentique constitution québécoise, avec un volet portant sur la neutralité et l'impartialité de l'état au niveau des services rendus à la population.

Une vision du développement durable chaotique

Le développement du Plan nord connaît des ratés et l'exploitation de nos gisements pétroliers n'a pas fait l'objet d'un consensus réel qui aurait été validé par tous les éléments de la société civile.

Déjà, une cohorte de multinationales piaffe d'impatience à nos portes face à de juteuses perspectives de prises de contrôle de nos richesses naturelles, de nos entreprises des grands travaux publics et de voirie, pour ne pas parler d'une part croissante de nos meilleures terres arables. Le gouvernement minoritaire du Parti québécois s'est servi de certaines têtes d'affiche, à l'instar d'un Daniel Breton, pour nous intoxiquer avec un programme factice de reprise en main de nos richesses naturelles et de notre environnement.

La mise en application de l'AECG, dès l'année prochaine, fera en sorte qu'un gouvernement du Québec ne sera plus en mesure de restreindre l'ouverture de ses marchés ou de commander à la mise en œuvre de politiques de développement régionale qui tienne compte de la souveraineté effective de notre territoire.

L'indépendance, pour quoi faire ?

Au tout début de la campagne électorale, Madame Marois s'est empêtrée dans une description ubuesque d'un Québec indépendant «sans frontières vis-à-vis du Canada, favorisant la libre circulation des entreprises et des personnes, utilisant la monnaie canadienne et s'inspirant d'un espace européen» dit «de Schengen» face auquel plusieurs pays tentent de se rebiffer. On se demande, face à une telle fumisterie, à quoi bon voter «OUI» à un éventuel référendum qui ne serait qu'un feu de paille en définitive.

Daniel Breton parlait d'un «Maîtres chez nous» acte II et pourtant. Voilà qu'une authentique approche de nationalisation de nos richesses naturelles et de nos énergies est balayée sous le tapis à l'orée de l'adoption d'un AECG qui laissera le soin à l'Union européenne de déterminer de quelle façon nous devons envisager le développement de nos régions et ... au bénéfice de qui.

La caution financière

La venue de PKP sur la scène politique nous apparaît comme étant une bonne chose, le principal intéressé n'ayant jamais ménagé le chou et la chèvre pour faire progresser ses entreprises ou faire passer ses messages. Mais, on sent bien que PKP représente une autre carte, à l'instar de l'infortuné Breton, qui permettra aux caciques du PQ de composer une main de poker gagnante. Tout cela s'apparente à de la figuration de haute voltige, sans grande stratégie derrière les coulisses.

Les ténors du PQ nous préviennent qu'ils ne laisseront plus la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) effectuer des placements mirobolants qui généreront des pertes abyssales et qu'ils feront tout pour que des institutions, telles que le Mouvement Desjardins, soient à nouveau appelées à jouer un rôle moteur pour le développement économique du Québec. Mais, QUID de la transformation en banque à charte du Mouvement Desjardins ou de la fascination morbide de nos fonds de pension vis-à-vis des marchés financiers internationaux ?

Je n'ai rien entendu d'une véritable politique de refondation de nos leviers financiers qui tiendrait compte de la nécessité de resserrer les rangs autour d'une souveraineté économique qui passe, d'abord et avant tout, par une revitalisation de nos marchés domestiques. C'est comme si le PQ parlait d'économie locale pour faire plaisir à ses électeurs, mais tenait un autre discours lorsque ses ténors prennent la parole au Sommet de Davos !

La démocratie parlementaire battue en brèche

Je ne suis pas tendre à l'endroit de Québec solidaire, depuis leurs coups fourrés des dernières élections fédérales, alors que son bureau politique déroulait un tapis rouge aux forces coalisées autour du NPD de feu Layton. Je trouvais qu'ils remisaient leurs convictions indépendantistes afin de se doter d'un levier politique pancanadien. La suite des choses m'aura donné raison à plusieurs niveaux. Québec solidaire mettant de plus en plus de bémols à l'option indépendantiste, en arguant la défense d'une justice sociale et d'une protection de l'environnement comme autant de matière à caution face à un référendum reporté aux Calendes grecques.

Toutefois, j'ai particulièrement apprécié la prestation de Madame David, lors de la première partie du débat des chefs. Cette dernière s'est montrée digne, déterminée et mesurée en toutes choses. Québec solidaire demeure la seule formation qui parle de justice sociale et de développement durable de nos régions en tirant parti des nouvelles énergies et d'une approche plus inclusive du développement économique. Par ailleurs, cette formation semble déterminée à tenir un rôle clef dans une coalition indépendantiste qui ne serait pas qu'un vœu pieux.

Rectifier le tir

Mon pronostic : le PQ sera réélu minoritaire. La CAQ se dissoudra et Québec solidaire pourrait se rapprocher de la barre des 10 % du vote. Le parti du bon docteur Couillard se cantonnera dans son confortable et inexorable 30 %. Le temps sera venu de faire un bilan salutaire et raisonné de la politique québécoise.

Un nouveau gouvernement du PQ devrait tendre la perche aux forces indépendantistes qui stagnent au sein des autres formations - plus particulièrement Québec solidaire - et envisager de mettre sur pied une coalition multipartite. D'après moi, la possibilité de coaliser les forces vives du mouvement indépendantiste n'a jamais été aussi forte.

Le PQ n'a rien à cirer de Montréal - hormis le fait que la métropole concentre toujours une masse importante d'entreprises sur son sol -, puisque son capital électoral se situe dans le 450. Il faudra que les stratèges péquistes revoient leur plan de match et qu'ils considèrent l'option de faire marche arrière en ce qui concerne cette infortunée charte qui n'est absolument pas un élément fédérateur. Abandonner le projet de charte en pleine élection serait suicidaire, c'est entendu. Mais, au lendemain d'une éventuelle victoire, il serait opportun de proposer un grand débat national sur l'adoption d'une constitution qui aurait le mérite d'intégrer les éléments positifs du projet de charte des valeurs.

Qui plus est, le PQ - il est trop tard maintenant - devra s'engager à faire du projet d'une véritable constitution du Québec le préalable obligé à la reprise en main de notre avenir socioéconomique, culturel, environnemental, territorial et collectif. Un éventuel référendum - une fois un gouvernement de coalition élu majoritairement - pourrait porter sur l'adoption d'une constitution qui devra être reconnue par toutes les nations qui veulent se soustraire à cette marche forcée vers un nouvel ordre économique destiné à renforcer le pouvoir des oligarchies financières et des multinationales.

J'ai marché aux côtés de Richard Le Hir et de quelques autres pour la défense de la charte des valeurs, mais je me suis ravisé en début d'année 2014, réalisant que cet outil était un couteau à double tranchant. Je tire mon chapeau à Madame Marois, pour son courage et son opiniâtreté, et lui souhaite d'être à nouveau élue à la tête d'un gouvernement ... minoritaire. Pour la suite des choses, j'espère qu'elle saura tirer les conclusions qui s'imposeront d'elles-mêmes et laisser la place à quelqu'un d'autre. Qui prendra la tête d'une éventuelle coalition indépendantiste réelle autour de 2016 ? La question est posée et il serait heureux que le PQ se recompose au sein d'une telle formation avant le 50e anniversaire de sa création.

Puisque 2017 pourrait s'avérer être une année commémorative particulièrement funeste. Il faudra que les troupes indépendantistes se ressaisissent rapidement d'ici là. Sinon, la donne changera du tout au tout ...

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