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Génétique: des «Frankenstein» de la nature pour les chasseurs «de luxe»

21/03/2015 08:09 EDT | Actualisé 21/05/2015 05:12 EDT

Verrons-nous bientôt des orignaux zébrés, des ours aux yeux bleus ou des chevreuils blancs dans les ZECS et les pourvoiries du Québec? Rien n'est impossible maintenant que le tripotage génétique a fait son entrée dans le monde de la chasse.

Bloomberg rapportait récemment que des animaux présentant des traits génétiques inusités, comme des couleurs exotiques ou des cornes anormalement longues, sont élevés en Afrique du Sud spécifiquement pour attirer les chasseurs bien nantis prêts à payer plus cher pour les tuer.

Il s'agit d'une nouvelle tendance dans l'industrie très lucrative des safaris dans ce pays. Des animaux comme des lions blancs aux yeux bleus ou des gnous au pelage doré sont extrêmement rares dans la nature. Plusieurs chasseurs sont prêts à payer jusqu'à 100 fois le prix habituel pour de tels «trophées», d'où l'intérêt des éleveurs et des promoteurs.

«On les élève parce qu'ils sont différents», a déclaré Barry York, propriétaire d'un ranch de 2500 acres à proximité de Johannesburg. «Une prime est toujours associée aux animaux rares et inusités».

Africa Hunt Lodge, une entreprise basée aux États-Unis, offre des voyages à forfait en Afrique du Sud pour les plus riches de ce monde. Ces derniers sont facturés jusqu'à 30 000 dollars pour tuer un lion blanc et près de 50 000 dollars pour un gnou doré.

Barry York fait valoir que le profit demeure l'objectif prioritaire de son entreprise, mais que «la protection de la faune est un sous-produit de ce que je fais». Les éleveurs soutiennent que le nombre d'animaux sauvages en Afrique du Sud a augmenté parallèlement à la popularité de la chasse au gros gibier. Ironiquement, l'élevage privé est reconnu pour sa contribution à la survie du rhinocéros dans les années 1960.

Les groupes de défense des animaux ne partagent évidemment pas le point de vue de M. York. «Ce n'est pas de la conservation, c'est de l'agriculture», a affirmé Ainsley Hay, de la Société nationale d'Afrique du Sud pour la prévention de la cruauté envers les animaux. Selon elle, ces animaux ont un taux de survie extrêmement bas à l'état sauvage, car ils sont repérés plus facilement par les prédateurs et développent souvent des maladies.

Paradoxalement, les chasseurs locaux appuient la position des groupes de défense des animaux. L'Association des chasseurs et de la protection du gibier d'Afrique du Sud a demandé au gouvernement de réglementer cette pratique, car elle brouille la sélection naturelle et pousse à la hausse le prix de la chasse.

«Ces animaux sont des Frankenstein de la nature», a indiqué le chasseur écologiste Peter Flack. «Ça n'a rien à voir avec la conservation de la faune et tout à voir avec la profitabilité».

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