LES BLOGUES

S’inspirer de la crise cubaine pour régler le problème nord-coréen

La dictature de Fidel Castro était dénoncée par la diplomatie américaine sur toutes les tribunes et dans les coulisses diplomatiques comme l’est aujourd’hui le régime de Kim Jong-un.

27/09/2017 09:40 EDT | Actualisé 27/09/2017 09:40 EDT
STR/AFP via Getty Images
La Corée du Nord ne pourrait que profiter d’une levée des sanctions économiques internationales.

En octobre 1962, le déploiement de missiles russes sur le sol cubain avait été jugé comme une menace intolérable par les États-Unis. L'Administration Kennedy avait alors envisagé toutes les options militaires pour éliminer cette menace.

En optant pour un blocus maritime, qui était une action militaire, pour stopper l'installation des missiles, John F. Kennedy gagna du temps et permit ainsi aux dirigeants du Kremlin, responsables de ce déploiement, d'évaluer leurs propres options stratégiques. Face à la menace d'un cataclysme nucléaire, Nikita Khrouchtchev recula et ordonna aux navires soviétiques, alors en route pour Cuba avec un complément de missiles et de pièces, de rebrousser chemin, et s'engagea à procéder au démantèlement des rampes de missiles déjà érigées.

Ce dénouement heureux ne fut pas le simple fait d'un jeu stratégique de menaces et de dissuasion. Les États-Unis et l'Union soviétique ont évité le conflit nucléaire à l'automne 1962 par un savant mélange de diplomatie et de dialogue direct qui permit à tout le monde de reculer sans perdre la face. Essentiellement, la crise s'est réglée par un engagement américain à ne jamais envahir Cuba, par le démantèlement des rampes de lancement de missiles soviétiques à Cuba et par une promesse américaine de retirer des missiles déployés en Turquie et visant l'Union soviétique.

En 1962, Cuba, l'Union soviétique et les États-Unis étaient les trois acteurs les plus concernés par la crise et toute solution passait d'abord par eux. Les États-Unis et l'URSS ont d'abord agi en fonction de leurs intérêts vitaux, en provoquant l'escalade, mais aussi pour trouver une solution à la crise.

La dictature de Fidel Castro était dénoncée par la diplomatie américaine sur toutes les tribunes et dans les coulisses diplomatiques comme l'est aujourd'hui le régime de Kim Jong-un.

Cuba au début des années 60, à l'image de la Corée du Nord aujourd'hui, se disait menacé par les États-Unis. Ces derniers avaient orchestré des sanctions économiques contre le régime castriste et lancé, l'année précédente, la désastreuse tentative d'invasion de la baie des Cochons. La dictature de Fidel Castro était dénoncée par la diplomatie américaine sur toutes les tribunes et dans les coulisses diplomatiques comme l'est aujourd'hui le régime de Kim Jong-un. Le traitement infligé à Cuba au début des années 1960 (isolation diplomatique, sanctions économiques, avec l'ombre d'une menace militaire crédible, car les troupes américaines avaient débarqué plus d'une fois à Cuba au 19e siècle) ressemble à l'environnement historique, politique, économique et diplomatique dans lequel patauge aujourd'hui le régime nord-coréen.

Comme en 1962, les acteurs directement impliqués sont peu nombreux : Corée du Nord, Chine, États-Unis et Corée du Sud (le « Club des Quatre »). Deux pays voisins, le Japon et la Russie sont aussi des parties prenantes comme le montre leur participation pendant dix ans aux « pourparlers à Six ». Si le reste du monde a également un intérêt dans la résolution pacifique du dossier, une solution diplomatique passe avant tout par le Club des Quatre.

Pour justifier ses ambitions militaires, le régime de Pyongyang invoque la légitime défense face à la menace américaine, incarnée par le sanglant conflit des années 1950-1953, par la présence de milliers de troupes américaines stationnées en permanence en Corée du Sud, de même que par l'absence de dialogue avec Washington ou d'un traité de paix, qui mettrait fin formellement à la Guerre de Corée.

Il serait ainsi possible de faire baisser immédiatement les tensions et d'en venir à une solution globale qui éliminerait la menace nord-coréenne et stabiliserait toute l'Asie de l'Est.

Donc, au lieu de juger comme paranoïaque la dictature nord-coréenne et de se cantonner derrière un refus de négocier avec elle, prenons sa propagande au pied de la lettre et engageons un dialogue avec Pyongyang. Une première étape serait de sursoir, de part et d'autre, à la rhétorique belliqueuse et aux invectives enfantines. Ensuite, le Club des Quatre doit s'engager dans un dialogue sans condition autre qu'un moratoire sur les essais balistiques, les tests nucléaires et les exercices militaires aux frontières de ces mêmes pays. Cette approche, qui rejoint la position chinoise, obligerait Beijing à s'investir pleinement dans le processus. Il serait ainsi possible de faire baisser immédiatement les tensions et d'en venir à une solution globale qui éliminerait la menace nord-coréenne et stabiliserait toute l'Asie de l'Est.

En échange de la mise au rancart des programmes balistique et nucléaire nord-coréens, l'objectif de Washington, et d'un engagement parallèle de la part des États-Unis de ne jamais envahir la Corée du Nord, ce qui semble l'objectif primordial des autorités nord-coréennes, les principaux acteurs pourraient satisfaire leurs intérêts vitaux et faire des gains politiques et économiques.

Pyongyang, qui a soif de reconnaissance et d'un statut international normal, atteindrait ce but par des relations directes avec Washington.

La Corée du Nord ne pourrait que profiter d'une levée des sanctions économiques internationales. Des investissements et des programmes d'aide dynamiseraient son économie. La redirection des minces ressources du pays vers des usages civils permettrait à la Corée du Nord de sortir de son sous-développement actuel. Au plan politique, un traité de paix stabiliserait le régime nord-coréen qui vit en état de siège depuis des générations. Pyongyang, qui a soif de reconnaissance et d'un statut international normal, atteindrait ce but par des relations directes avec Washington. Enfin, une ouverture sur le reste du monde affranchirait la Corée du Nord de sa trop grande dépendance vis-à-vis son voisin chinois.

La Chine, elle, pourrait obtenir le retrait des batteries antimissiles américaines, lesquelles gênent sa propre force stratégique, et peut-être même une réduction des troupes américaines présentes à sa frontière, leur stationnement étant justifié par la menace d'une nouvelle guerre entre les deux Corées. Surtout, Beijing obtiendrait un environnement géopolitique plus stable, condition essentielle à la poursuite de sa lancée économique.

La Corée du Sud profiterait aussi de la paix. En mettant fin à l'état de guerre avec son frère du nord, la paix offrirait un cadre plus serein pour des pourparlers visant la réunification des deux Corées. À court terme, la paix faciliterait les réunions des familles séparées depuis deux générations par la ligne de démarcation au 38e parallèle. À moyen terme, les ressources consacrées aujourd'hui à préparer la défense du pays contre son voisin nordique pourraient être redirigées vers des investissements visant la reconstruction et le développement du Nord.

Le Club des Quatre doit prendre conscience de la glissade engagée vers le gouffre nucléaire et assumer ses responsabilités pour trouver une solution diplomatique à la crise, issue pacifique dont tous profiteraient alors que l'alternative ne ferait que des perdants!