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Les Philippines à la dérive!

Pendant que l'attention du monde est tournée ailleurs, se construit aux Philippines l'un des régimes les plus meurtriers et arbitraires de la planète, ne le cédant qu'à la Corée du Nord en Asie.

07/11/2017 06:00 EST
AFP/Getty Images
Rodrigo Duterte, nouveau président des Philippines.

J'ai évoqué à quelques reprises dans ce blogue Rodrigo Duterte, nouveau président des Philippines. Et j'avais promis de vous en parler.

Nous ne répéterons pas ici les grossièretés et le langage ordurier de ce mégalomane. Mais celui qui a insulté le Pape et le président Obama, qui plaisante sur le viol collectif d'une religieuse australienne et qui semble s'enivrer de ses propres turpitudes, serait simplement clownesque s'il n'était pas si dangereux!

Après plus d'un au pouvoir, force est de constater que le bilan du président se chiffre en des milliers de morts et une situation des droits de la personne en constante détérioration.

Il a même déclaré vouloir tuer son propre fils, accusé de trafic de drogue, s'il est reconnu coupable.

L'ancien maire de Davao, une ville de plus d'un million d'habitants, a été élu pour la première fois président du pays à 71 ans, en promettant de mettre fin en six mois au trafic de drogue en éliminant physiquement les trafiquants.

L'ancien maire de Davao, une ville de plus d'un million d'habitants, a été élu pour la première fois président du pays à 71 ans, en promettant de mettre fin en six mois au trafic de drogue en éliminant physiquement les trafiquants. On ne peut s'empêcher de penser que « Life is here » (La vie est ici) est un slogan assez étonnant pour Davao, la ville où Duterte aurait supervisé le meurtre extrajudiciaire de milliers de trafiquants et de drogués, dont des enfants.

Comment explique-t-on l'élection de ce triste sire? Essentiellement en excitant toutes les passions populistes, dont la haine des élites et en jouant sur le mythe entourant sa performance contre le crime. Le Financial Times a dressé un long, mais excellent portrait de ce cow-boy mi-justicier, mi-hors-la-loi. Mais maintenant enveloppé de la légitimité démocratique (élu avec 39% des voix dans une lutte à cinq), ce dictateur, qui fait depuis toujours appel aux plus petits communs dénominateurs, se croit tout permis.

Le nettoyage des rues auquel il procède, où les gangs en profitent pour s'exterminer mutuellement, et l'immunité que Duterte dit vouloir accorder à ceux qui prennent sur eux-mêmes de tuer des trafiquants de drogues, fait que l'on tue sommairement, sans procès et que n'importe qui peut s'improviser justicier. Tout ça, hormis l'holocauste, va plus loin dans l'arbitraire que les exactions nazies. Les Philippines sous Duterte et l'Allemagne hitlérienne sont des régimes meurtriers également répugnants qui ne se distinguent que par la rapidité et la façon avec lesquelles ils éliminent les éléments qu'ils jugent indésirables. Car ne nous trompons pas, quand Duterte en aura fini avec les trafiquants de drogues et leurs victimes, il se tournera vers d'autres cibles, comme les nazis trouvaient toujours un groupe de plus à éliminer à mesure que progressait leur monstrueuse œuvre.

Déjà la dérive vers l'autoritarisme est commencée. Duterte fait emprisonner ses opposants les plus visibles et saccage le peu de fondements de l'État de droit qui restait dans ce pays. Venant d'un avocat, voilà qui rend encore plus perplexe et que seule une pathologie singulière peut expliquer! Non seulement cherche-t-il à faire destituer la juge en chef de la Cour suprême, cet automne, il a fait voter une loi réduisant le budget annuel de la Commission des droits de la personne à 23 dollars!

Bref, pendant que l'attention du monde est tournée ailleurs, se construit aux Philippines l'un des régimes les plus meurtriers et arbitraires de la planète, ne le cédant qu'à la Corée du Nord en Asie.

Que fera-t-il en 2020, aux prochaines élections? À ce moment-là, il aura 75 ans. Gageons que ses opposants auront tous les bâtons dans les roues et que certains connaîtront le doux confort des geôles de Manille!

Leur côté également outrancier fait que l'on a souvent comparé les présidents américain et philippin. Certes, le président Trump, à sa façon, est clownesque, même risible, mais au moins, dans son cas, l'État de droit peut-il encore agir comme garde-fou.