LES BLOGUES

Chine: du pain et des jeux … et des réunions

La raison? Le XIXe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui se tiendra à partir du 18 octobre, lequel a été précédé cette semaine par la session plénière du Comité central du Parti.

17/10/2017 09:00 EDT
AFP/Getty Images
Les gens ordinaires se disent que le président Xi est le premier à agir avec force pour contrer le fléau dont ils étaient témoins et souvent victimes, et cette action est à la base de sa popularité personnelle.

Ces jours-ci, la vie des habitants de la Capitale chinoise est perturbée de diverses façons : entraves à la circulation, contrôles de sécurité, vigilance sur les réseaux sociaux, etc. Toute la ville est au ralenti. Des actions quotidiennes anodines sont aussi sujettes à la vigilance de l'État; ainsi, les clients de boutiques de couteaux de cuisine doivent présenter leur carte d'identité et leurs transactions sont enregistrées (un peu comme pour le contrôle des armes à feu dans certains États américains). Des mesures encore plus draconiennes frappent le Xinjiang de même que d'autres minorités nationales. On se méfie aussi des nouvelles technologies et l'achat de télécommandes et de petits drones-jouets est sévèrement contrôlé.

La raison? Le XIXe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui se tiendra à partir du 18 octobre, lequel a été précédé cette semaine par la session plénière du Comité central du Parti.

Les librairies et kiosques à journaux sont inondés de publication à la gloire du président et présentant sous un jour favorable les politiques gouvernementales. Les médias sont aussi mis à contribution. Les sites internet gouvernementaux, les bulletins de nouvelles, les magazines et journaux offrent une couverture mur-à-mur où le leadership du PCC est mis de l'avant et les politiques gouvernementales louangées de moult manières, y compris par des représentants de groupes minoritaires, notamment les Ouïghours. Aucune dissidence n'est visible, même les commentaires en ligne sont unanimes dans leur appui au régime.

Les gens ordinaires se disent que le président Xi est le premier à agir avec force pour contrer le fléau dont ils étaient témoins et souvent victimes, et cette action est à la base de sa popularité personnelle.

De nouvelles têtes tombent dans le cadre de la campagne de lutte à la corruption. Celle-ci, qui a touché au moins 10% des cadres supérieurs du Parti, s'étend maintenant aux couches intermédiaires et résonne fortement auprès d'une population frustrée au plus haut point par les abus et les gabegies de cadres et représentants officiels. Les gens ordinaires se disent que le président Xi est le premier à agir avec force pour contrer le fléau dont ils étaient témoins et souvent victimes, et cette action est à la base de sa popularité personnelle.

Car, il faut l'admettre, l'administration du président Xi Jinping reçoit un appui populaire assez généralisé. Le quotidien des gens ordinaires s'est beaucoup amélioré. Le « rêve chinois » du président Xi a pris forme concrètement par un accès de plus en plus généralisé à des soins de santé abordables pour tous et des augmentations généreuses de certaines pensions versées par l'État. Cette amélioration de la qualité de vie est sentie par des centaines de millions de citoyens pour qui la « société harmonieuse » de l'ancienne administration n'était qu'un slogan creux. Cela ne veut pas dire que les médias et l'appareil de propagande chinois n'abusent pas du slogan favori du président dans leur zèle pour promouvoir le régime, mais de cela nous parlerons une autre fois! Et cela ne veut pas dire non plus qu'il n'y a pas de répression politique ou d'abus. D'ailleurs, le gouvernement chinois reconnait lui-même qu'il a encore un long chemin à parcourir pour mettre en place un véritable État de droit.

La question qu'on pourrait se poser serait : pourquoi un tel déploiement sécuritaire si le régime est si populaire? Certes, quelques incidents ont démontré par le passé que la Chine n'est pas à l'abri d'attentats. L'unanimité officielle cache quand même des mécontentements qui parfois prennent une tournure violente. Expliquer cela en détail nous amènerait dans une autre sphère touchant aux craintes permanentes du régime face à une population sujette à des à des sautes d'humeur imprévisibles. L'espace nous manque. Pour l'instant, rappelons que l'histoire de la Chine nous enseigne que ce type de méfiance face au peuple a toujours été présent, même à l'époque impériale.

Les dirigeants chinois connaissent leur histoire et voient aussi venir les choses. Ils mettent le paquet, car ce XIXe congrès est important à divers titres : ce sera le dernier avant le 100e anniversaire du Parti communiste chinois (2021) et les Jeux olympiques d'hiver de Beijing (2022), deux événements qui vont contribuer à affermir davantage la mainmise sans partage du PCC sur le pouvoir. En outre, au plan plus personnel, ce congrès, qui devrait en être un de mi-mandat pour le président Xi, pourrait plutôt paver la voie à une prolongation, au-delà de la décennie coutumière, du mandat du président et de certains de ses alliés. Nous reviendrons sur ce sujet dans quelques jours.

On dit souvent en Chine que, sous l'ancien régime du KMT (Parti nationaliste), les Chinois étaient pauvres et écrasés par les taxes et que le régime communiste a remplacé les taxes par des réunions visant à promouvoir l'ardeur révolutionnaire et le soutien au PCC. Les dirigeants chinois, qui en 1949 ont pris les rênes d'un pays marqué par un siècle de déclin, de guerres et de famines, ont compris que l'immense majorité des Chinois aspirait à la tranquillité, voulait manger à sa faim et avait besoin, comme tous les peuples, de divertissements. Aujourd'hui, les Chinois s'enrichissent, de façon généralisée, quoiqu'inégale, et le niveau de vie fait des bonds de géant; la télévision n'offre pas d'émissions d'affaires publiques du même genre qu'ici, mais les variétés bénéficient d'immenses moyens. Beaucoup se disent que cela vaut bien quelques réunions de conformité idéologique, organisées par le Parti, dans leur milieu de travail, et quelques grand-messes publiques pour l'édification du plus grand nombre!