Pascale Morin

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Emma Bovary aurait dû faire des listes

Publication: 2/04/2012 08:05

En entrant dans la librairie, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas l'auteur de Madame Bovary. J'étais donc passablement embarrassée lorsque j'ai demandé au libraire qui l'avait écrit. Il n'a pas eu l'air surpris de ma question... Je suis allée payer en dérougissant.

Madame Bovary raconte l'histoire d'une jeune fille de campagne, pleine de rêves et d'ambitions, qui accepte la demande en mariage d'un médecin. Croyant, grâce à cette union, mener la vie qu'elle désirait tant, la voilà bien déroutée de découvrir que l'existence avec son mari est ennuyante et très banale. Sa triste et froide constatation sera exacerbée par une soirée qu'elle passera au bal. À cet évènement, il y aura tous ces gens vivant la vie qu'elle aurait tant voulue vivre et matérialisant sous ses yeux ses rêves devenus irréalisables. Cela aura pour effet de la rendre encore plus dépressive. Afin de tromper son ennui et de retrouver un peu de liberté, Emma Bovary prendra quelques amants...

J'ai été frappée par la grande soif de liberté d'Emma Bovary, mais aussi à quel point elle n'en avait pas. Et non pas au sens où elle l'entendait, mais plutôt à sa manière d'être l'esclave de ses propres émotions. Elle disait ne pas avoir de pouvoir, mais il me semble qu'elle aurait pu vivre la vie dont elle rêvait tant... Pourquoi ne pas avoir marié un homme beau et riche comme elle en avait envie? Elle aurait pu voyager, rencontrer des gens de la haute société, voir des pièces, de l'opéra. Exactement tout ce dont elle rêvait.

Cela m'a d'ailleurs beaucoup fait penser à l'une de mes tantes. Le jour de son mariage, celle-ci avouait avoir «fait une grosse erreur ». Elle n'aurait pas dû marier un homme aussi simple, sans éducation et sans argent... Ils habitaient dans une toute petite ville et son côté snob, ses envies de vie mondaine et de luxe tranchaient drôlement avec leur existence toute simple.

Mais pour en revenir à Bovary... eh bien, pour obtenir ce que l'on veut dans la vie, il faut être un peu plus calme et même, peut-être, calculateur... C'est si simple quand on y pense. N'est-ce pas? (sentez l'ironie ici). Elle aurait dû faire une liste et prendre sur elle. Mettre de côté son intensité et agir posément. Les émotions sont là pour apporter le rêve, mais la pondération nous fait agir intelligemment. Non? D'ailleurs, comment se fait-il que certaines personnes réussissent si bien à le faire?

Parce que j'ai l'air bien au-dessus de mes affaires, mais c'est que je me fais un peu penser à elle. Certains jours, je me sens comme une Madame Bovary submergée par trop d'émotions! Et celles-ci me clouent au sol au lieu de me propulser vers l'avant. Les émotions sont comme un cheval sauvage, il faut les dompter sinon, on se réveille un bon matin et on est très loin de tout ce dont on avait rêvé. Voilà ce à quoi je pensais en lisant cette histoire: être passionnée pour ses rêves, mais devenir calme et posé lorsque vient le temps d'agir.

À travers cette histoire de Flaubert, nous ne pouvons que nous identifier à un moment ou à un autre à ce personnage mélancolique. En effet, qui peut prétendre ne jamais s'être senti en dehors de sa vie? bien loin de ses rêves? Il nous est tous arrivé d'être témoins d'un univers que nous convoitions, mais dans lequel nous ne vivions pas. N'être que le spectateur et non l'acteur. Être assis à regarder la pièce alors que nous désirions la jouer. Et se sentir si impuissant.

Qu'avez-vous fait? Ou que feriez-vous?