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Les monnaies cryptées à l'épreuve de l'utilisateur

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Les monnaies cryptées ne sont pas (encore) des challengers très dangereux pour les monnaies traditionnelles. Néanmoins, les mois passent et les idées se multiplient pour rendre les monnaies cryptées moins fantasmatiques et plus proches des utilisateurs.

Banalisation des monnaies cryptées?

Nous n'évoquerons pas les fraudes qui ont fait les choux gras des commentateurs. Les monnaies cryptées n'en sont pas les seuls supports ni les seules victimes! Citons la célèbre fraude «au président» qui a frappé quelques établissements. Les ententes entre traders, les fraudes à la carte bancaire, mais aussi les diverses techniques mises au point par des hackers pour contourner les moyens de sécurisation des supports et des utilisateurs montrent que là où se trouve l'argent, là on trouve voleurs, escrocs, faussaires et trafiquants.

Quid des craintes relatives au financement du terrorisme et à celui de la drogue? Un commentateur faisait remarquer que les monnaies cryptées ne représentaient qu'une part mineure de ces opérations par comparaison avec les billets de banque! Preuve par l'absurde: les bombardements des coffres-forts de l'organisation État islamique par l'aviation américaine avec pour objectif et résultat la destruction des stocks de billets de banques qui y étaient conservés!

Une fois ces objections ou critiques passées, peut-on dire que l'usage des monnaies virtuelles est si simple et convivial qu'elles le prétendent?

Entre convivialité et publicité douteuse, l'accès à ces monnaies, encore encombré de sophistication technologique, concerne surtout des initiés. Il s'ensuit que les monnaies cryptées sont aussi victimes des avantages dont elles se targuent. Vitesse, couverture mondiale, universalité, indépendance par rapport sont de beaux slogans.

Les exigences en matière de sécurité informatique deviennent néanmoins de plus en plus lourdes. Pesant sur l'ensemble des acteurs de la circulation monétaire, banques, sites de paiements, institutions spécialisées dans la circulation monétaire, etc., les plateformes de monnaies cryptées n'y échappent pas, pas davantage qu'elles n'ont échappé aux piratages sur les dépôts et sur les faux ordres de transferts.

On retrouve-là, la dure loi des «derniers mètres». C'est bien le «délivrable» qui crée l'opinion.

KYC et coûts opérationnels

Les petites transactions très nombreuses pèsent sur les coûts des intervenants qui les répercutent, refroidissant par là même les ardeurs des néophytes.

On sait que le réseau bitcoin souffre de lenteurs, que la validation des échanges ne se fait pas dans l'instant et que le paiement en bitcoin pourrait bien être victime de son propre succès.

Ajoutons, paradoxe des paradoxes, que les lenteurs des systèmes bancaires - transferts pour acheter des bitcoins ou inversement - viennent s'y ajouter.

Dans le même temps, les différents sites intervenant sur le marché des monnaies cryptées, qu'il s'agisse de fournir des services personnels de type Wallet, des transactions de change dollars/monnaies cryptées, ou des transactions commerciales acheminant les bitcoins de l'acheteur vers le vendeur, sont de plus en plus concernés par les questions dites KYC («Know Your Customer»).

Cette formule en trois lettres est le b. a.-ba de la compliance vis-à-vis des normes de sécurisation et d'identification qui s'imposent maintenant à tous les membres de la chaîne des paiements, qu'elle soit bancaire ou financière ou qu'elle mette en jeu les institutions non bancaires de paiement.

Pour les monnaies cryptées et les opérateurs qui les concernent, les exigences en matière de compliance ne constituent pas des atouts! Le recours à ces monnaies est supporté par un discours toujours très optimiste sur la discrétion (à défaut d'anonymat) sur la rapidité de leur fourniture et la vitesse de transaction. Les questions de coûts ne sont que rarement évoquées. Or, toutes ces opérations de vérifications et d'authentifications coûtent de plus en plus cher. Pour s'assurer que telle ou telle personne douteuse ne se faufile pas dans les mailles du filet, il faut acquérir des listes codées, cryptées, retraitées, destinées à resserrer lesdites mailles et éviter intrusions malveillantes et mauvais payeurs.

Le petit utilisateur: un marché à développer?

La question devient vite celle du rapport entre le bouclier et l'intensité des menaces. Or, s'il est évident qu'on ne protège pas un système en ne pensant qu'aux plus gros risques, il est tout aussi évident que le «petit utilisateur» risque de se trouver laissé pour compte.

D'une part, les processus technologiques derrière les monnaies cryptées peuvent paraître rebutants à ceux qui n'ont qu'un usage frustre et limité de l'ordinateur.

D'autre part, les «avantages marketing» dont sont parés les monnaies cryptées fondent bien vite quand on confronte une «petite» opération à la somme des contraintes légales et techniques qui l'entourent.

Ajoutons que certaines plateformes n'acceptent que des virements SEPA et que les utilisateurs devront donc accepter les contraintes bancaires en la matière. Le nombre et la variété des sites (ne sont mentionnés ici que les 5 premiers d'une ample liste: kraken.com, bitcoin.de, btc-e.co, bitstamp.net, localbitcoins.com) peuvent engendrer un sentiment de confusion chez le néophyte.

Certains opérateurs y voient un marché à développer. De nouveaux intervenants se proposent de servir cette masse indifférenciée de petits demandeurs. On retrouve ici le raisonnement des fondateurs d'un mode plus classique d'accès aux moyens de paiement: le Compte-Nickel. C'est bien à cette masse de petits consommateurs de services financiers qu'ils s'adressent, ceux-là qui, soit par méfiance, soit par sentiment d'infériorité, ne veulent pas entrer en relation avec les «grands établissements».

La révolution internet a induit une révolution des comportements. «Vite» et même «tout de suite» en sont les fils directeurs. Il s'agit donc de supprimer les barrières ou les freins à l'accès de services devenus souvent des commodités ; de rendre les procédures d'inscription ou de reconnaissance rapides et simples ; de «désintermédier» les prestations et les rapprocher au plus près du consommateur.

À tel parent ou grand-parent désirant faire un cadeau in à ses petits-enfants ; à tel consommateur qui voudra passer par une monnaie cryptée pour acheter les vidéos ou les bandes dessinées à l'étranger, ces nouveaux venus fournissent un moyen d'accélérer les petites opérations tout en garantissant le respect des exigences légales et réglementaires.

Certaines de ces sociétés comme Bitit, une startup, par exemple, proposent des cartes-cadeaux ouvrant ainsi accès à l'offre de bitcoin dans des conditions de simplicité qui font un sort à ces freins psychologiques. Pour plus de simplicité encore, elles rejoignent les propositions de sociétés spécialisées dans le prépaiement. C'est le cas de Bitit et des liens qu'elle noue avec Neosurf, société qui est présente dans de très nombreux réseaux de détaillants. Son service de bordereaux (vouchers) payables en cash simplifiera l'accès au bitcoin.

La technique des cartes prépayées ou des vouchers se développe très vite. On sait qu'Apple et Amazon ont lancé des expériences dans ce domaine. Le montant monétaire impliqué dans ces opérations serait de l'ordre de 125 milliards de dollars, rien de considérable aujourd'hui, mais l'importance des acteurs laisse à penser à de très forts développements.

Ce dont il s'agit ici, pour les nouveaux venus sur le marché des monnaies cryptées, c'est bien tout à la fois une pédagogie vis-à-vis d'innovations dans des domaines très sensibles et la réduction du «bruit technologique» qui peut détourner des consommateurs de base.

Un dirigeant de Bitit évoquait l'émergence d'une nouvelle démocratie économique. Ce qui est certain: la multiplication des réseaux et des modes d'accès aux monnaies cryptées crée un foisonnement stimulant pour ce marché.

Ce billet a initialement été publié sur le Huffington Post France.

Pascal Ordonneau - Le retour de l'Empire allemand ou le Modèle imaginaire chez JFE éditions.

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