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Le printemps du bitcoin

08/05/2015 12:34 EDT | Actualisé 04/05/2016 05:12 EDT

Le bitcoin, on l'a souligné dans les précédents articles, est presque autant une réussite marketing qu'une innovation technologique! À se faire remarquer dans des situations peu reluisantes et à gagner l'intérêt des geeks grâce à son apparente sophistication, cette monnaie cryptée est devenue la référence, l'objet monétaire qu'on croit avoir identifié et dont on doit parler. Ce serait une sorte de «monnaie people». Il est incontournable d'avoir écrit quelques lignes dessus, quitte à l'oublier vite pour des choses plus sérieuses.

Quitte, surtout, à s'intéresser à ce qui paraît de plus en plus comme une floraison: il y aurait une sorte de Printemps des monnaies, comme on a cru à un Printemps des peuples. Comme ce dernier, les monnaies nouvelles naissent d'un désir de liberté. Comme tous les désirs de liberté, toutes les idées sont recevables. Dans le domaine bancaire, financier et monétaire, c'est pain béni car ce sont de purs domaines abstraits dominés par les purs rapports humains que sont «croyance et confiance».

Au nom de la liberté des échanges et des transactions, les monnaies cryptées ont fleuri ces dix dernières années. Les connaisseurs le disent, ce sont plus de 500 monnaies nouvelles relevant de la catégorie des monnaies cryptées qui ont vu le jour et parmi elles, les scam coins.

D'une monnaie cryptée à l'autre

Donc, il y a le bitcoin. On ne reviendra pas là-dessus. Le litecoin, qui serait second dans la hiérarchie des monnaies cryptées, est un bel exemple de ce que veut dire «compétition entre les monnaies». De fait, le litecoin est fondé sur les mêmes principes et processus de fonctionnement que le bitcoin: le minage et les preuves de travail. En d'autres termes: les mécanismes informatiques qui assurent que le propriétaire d'une unité monétaire est «attestable» et que la monnaie elle-même n'est pas contestable. On a indiqué dans les précédents articles que les processus en question, minage compris, étaient de plus en plus longs et de plus en plus coûteux, au fur et à mesure de la création des bitcoins et du développement de leurs échanges.

Le litecoin, lancé en 2011, challenge le bitcoin dans les deux domaines du minage et du traitement des opérations. Le réseau du litecoin est prévu pour miner 84 millions litecoins, soit 4 fois plus que le bitcoin. C'est un réseau rapide. Là où le réseau bitcoin demande 10 minutes pour traiter une transaction, celui du litecoin en demande quatre fois moins. Quand on sait que la production des bitcoins demande des temps de plus en plus longs et s'accompagne de dépenses d'énergie de plus en plus élevées, on comprend que, sur papier, le litecoin dispose d'un avantage compétitif fort.

Ce n'est pas le seul compétiteur! Il faut signaler le "dogecoin", dont le lancement ressemble à une plaisanterie. Deux ingénieurs à la fois intrigués et amusés par le développement des monnaies cryptées en ont créé une: le Dogecoin. On sait que les monnaies ne valent que par les effets de la croyance et de la foi. Mais on sait aussi que dans le monde de la monnaie, il n'y a qu'un pas entre la crédibilité et la crédulité: le désir de s'enrichir fait tomber beaucoup de barrières mentales et de capacité de réflexion. Les inventeurs du dogecoin ont été sidérés de constater que leur monnaie «blagueuse» marchait, et ce alors qu'il était annoncé que le minage porterait sur 100 milliards d'unités! Incrémentés de 5 milliards de dogecoins par an au-delà (à comparer aux 21 ou 25 millions de bitcoins au maximum). Un autre avantage doit être relevé: les blocs de transactions qui sont un des éléments-clés de la sécurisation sont traités en moins d'une minute, contre 10 minutes avec le bitcoin!

Pour continuer cette série, citons le darkcoin, que la littérature sur les monnaies cryptées classe au 9e rang. Initialement, il était conçu pour renforcer le bitcoin dans le domaine de l'anonymat. Lui aussi est miné: un maximum de 22 millions de darkcoins, créés au rythme de 2800 par jour, seront à disposition en 2050. Le temps de confirmation par transaction est assez rapide et se situe en dessous de 2,5 minutes.

La place manque pour évoquer l'ether, une invention canadienne, ou les Amazon Coins, au lancement desquels le géant de la distribution s'intéresse.

Ou, encore, l'Aurora Coin. Cette dernière monnaie ressort davantage du principe des monnaies alternatives que des crypto-monnaies, on ne la cite ici que parce qu'en Islande où le projet est né, les autorités officielles la jugent comme une scam money.

Les mauvaises mines des monnaies

On a dit dans des articles antérieurs quela monnaie n'est plus depuis longtemps un bien individualisable comme une pièce de monnaie. La fabriquer, qu'il s'agisse de monnaie de compte ou de monnaie virtuelle, relève d'une activité de service. La virtualité s'y ajoutant, les barrières à l'entrée sont faibles, quoiqu'on en dise. Les conditions d'accession à une monnaie sont donc des clés incontournables de sa validité. Les monnaies cryptées «d'accès facile», celles qui se lancent sans minage ou qui offrent d'entrée de jeu la facilité d'un «préminage» à leurs utilisateurs, présentent des risques sérieux pour les communautés qui les utilisent. Ces monnaies qui ont fait quelques victimes (voir notre remarque sur la crédulité) sont dénommées scamcoins (monnaies-arnaque).

Elles sont aux monnaies cryptées, les vraies, les sérieuses, ce que sont les billets de Monopoly à la bonne et vraie monnaie fiduciaire. Certaines sont bâties sur le principe des monnaies alternatives. Au lieu de demander un effort à leurs adhérents (le minage), elles décrètent qu'il y aura un «préminage» dont elles définissent à l'avance le niveau: les unes, c'est un million d'unités, les autres... c'est caché, on ne le sera qu'au bout d'un certain temps. Il en est qui en font une espèce de loterie, votre minage vous donnera le droit à un ticket «chance»: vous serez riche aléatoirement alors que le mineur de bitcoin doit faire des investissements et des efforts.

Pour obtenir ces monnaies, puisqu'on ne mine pas, il faut se délester de quelques bons euros ou dollars ou bien être payé de ses créances dans la monnaie cryptée concernée. Ce qui est peu probable au départ. Elles admettent en général l'usage des autres monnaies et créent des plateformes de changes. La plupart se définissent par rapport au bitcoin: pour les unes, la valeur de leur «coin» est de l'ordre 10 bitcoins, pour les autres, 1000 ou toute autre valeur, sachant que tout ceci fluctue avec la valeur du bitcoin en toutes devises, dont l'euro et le dollar. Elles sont accusées de viser l'enrichissement rapide de quelques malins, dont leurs inventeurs. Qui sont-elles? Une liste sur une encyclopédie en ligne est savoureuse de tous les noms les plus évocateurs possibles.

«Miner» apparaît donc comme le processus le plus solide par lequel est conférée une valeur à la monnaie cryptée.

Mais le monde de la monnaie est plus compliqué que cela. Les crypto-monnaies lancent un défi aux systèmes institutionnalisés, aux banques, aux banques centrales, aux fonds monétaires internationaux ou régionaux. Pourtant, les modes de paiement, indépendamment des supports de paiement que sont les monnaies, subissent eux aussi des bouleversements, dont certains peuvent déboucher vers de nouvelles monnaies... qui ne seront pas cryptées et qui ne seront pas minées. On verra un peu plus tard que ces compétitions naissantes des nouvelles monnaies soulèvent une question très lourde de sens entre monnaies locales et monnaies globales.

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