Pascal Henrard

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Interdit aux moins de 18 ans

Publication: 29/08/2012 10:29

Vous vous apprêtez, si ce n'est déjà fait, à glisser votre choix électoral dans la fente d'une boîte de scrutin et faire votre devoir de citoyen. Bravo! Pour l'avoir moi-même fait dimanche dernier par anticipation - et je vous signale ici que Cipation n'est pas un candidat contre qui j'aurais voté - je peux vous faire part de mon témoignage.

Voter est une expérience grave réservée aux adultes consentants. Au moment de le faire, on en apprend beaucoup sur la vigueur de la démocratie et la fragilité de la société dans laquelle nous vivons.

Faire la queue avec les petits vieux et les petites vieilles du quartier permet de mieux comprendre les tendances électorales qui se maintiennent et d'appréhender les résultats du scrutin.

Mais où sont donc tous ces vieux quand il n'y a pas d'élection?

Pour avoir eu la chance de voter dans d'autres pays, pour des communales, des régionales, des fédérales et même des présidentielles, je peux vous affirmer que les élections au Canada ressemblent plus à une ligue mineure d'improvisation qu'à un exercice de démocratie dans un des plus meilleurs pays au monde.

Le scrutateur vous scrute sans même faire attention à la photo du permis de conduire que vous lui tendez, des fois même il vous permet de voter sans même vous examiner l'identité.

Si vous n'avez pas de papiers, le préposé à l'information demande de l'information à l'agent de sécurité qui demande au chef de bureau qui téléphone au bureau central qui finalement dit de se référer au document laissé au préposé à l'information.

L'agent d'inscription ne sait pas comment s'écrit votre nom qui est pourtant écrit sur votre carton d'invitation. Le greffier qui est dans ce cas une greffière cherche son crayon. Quand elle l'a trouvé, elle cherche votre adresse sur la liste. Elle ne la trouve pas. Elle tourne frénétiquement les pages photocopiées de son duotang. Malgré le fait que les adresses soient classées en ordre croissant, elle ne la trouve toujours pas. Elle se demande si 5312 est pair ou impair. Sa voisine de table lui dit que 53, c'est impair. Finalement, vous jetez un coup d'œil à ses documents et vous lui pointez votre adresse et votre nom. À l'aide d'une règle en plastique, elle vous biffe en tremblant. Il s'en faut de peu qu'elle ne biffe votre voisin et que vous puissiez revenir voter le lendemain. Vous auriez d'ailleurs pu pointer n'importe quel nom. Personne d'autre n'a vérifié qu'il n'y avait pas d'erreur, que c'était bien votre nom, que c'était bien vous et que c'était bien vous qui avez voté en votre nom.

Tout ça manque de solennité et de sérieux.

Pendant ce temps, le messager de bureau se cure le nez. Le superviseur de la révision fait les cent pas. Les dix-sept nonagénaires amenées en autobus attendent qu'un préposé les guides pour aller voter. En toute connaissance de cause? Je me mets à douter.

L'isoloir en carton cache mal l'électeur qui s'adonne au plaisir solitaire de voter. Une fois la croix faite, le papier plié, le rabat déchiré, vous pouvez glisser le bulletin dans l'urne qui ressemble plutôt à un carton de déménagement. Je demande si les boîtes de scrutin ne vont pas se perdre dans la nature comme dans une vulgaire république de banane. « On en prend soin » me précise la greffière comme si c'était elle qui allait garder la précieuse boîte dans sa garde-robe en attendant le dépouillement.

Voter est un droit interdit aux moins de 18 ans parce que c'est un geste grave qui a d'importantes conséquences. Même s'il manque cruellement de décorum, pensez-y quand mardi prochain vous glisserez votre voix dans la démocratie de carton.

 

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