Pascal Henrard

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Il n'y a plus de poussette devant la porte des voisins

Publication: 15/10/2012 09:20

Le camion de déménagement a tout emporté. Les meubles, les beaux canapés, les souvenirs de vacances, les piles de livres jamais lus, le faux orignal en carton, les cadres, les jouets, les disques usés, les cadeaux, les bibelots. C'est fou ce qu'on peut accumuler en quelques années!

Il reste un petit camion jaune oublié sur l'escalier, trois poubelles pleines de rien, une caisse de vieux câbles électriques, une râpe à fromage encore dans sa boîte.

Les murs de la maison ne résonneront plus des cris des enfants qui ont grandi ici. Ils grandiront ailleurs. Ils joueront dans d'autres parcs, fouleront d'autres gazons, grimperont sur d'autres bornes-fontaines, ne pelletteront plus jamais la neige de la rue. Mais y aura-t-il de la neige là où ils sont partis? D'autres, plus petits ou plus grands, viendront crier plus fort pour masquer les échos de leurs souvenirs qui ne s'effaceront jamais complètement.

Qui seront ces nouveaux voisins? Des vieux? Des jeunes? Des noirs? Des blancs? Un couple sans enfant? Des gais? Des musulmans? Des mécréants? Une famille nombreuse un peu trop bruyante? Un riche célibataire solitaire et discret? Une famille reconstituée? Personne ne les connait. Personne ne les a vus.

Aujourd'hui, les nouveaux propriétaires ont mis une pile de cartons vides au recyclage. Une nouvelle vie se déballe. Derrière la façade de briques, d'autres histoires vont désormais s'écrire.

L'automne balaye les restes d'un trop bel été bien loin. On commence à calfeutrer les fenêtres, à rentrer les chaises de patio, à ranger les vélos. Bientôt, on ne sortira plus que pour faire en vitesse quelques courses dans le quartier. Chez le boucher, on saluera timidement ces nouveaux inconnus. Peut-être que s'ils ont des enfants, ils passeront à l'Halloween. Mais il n'y avait pas de poussette devant leur maison, ils vous aideront peut-être une ou deux fois à sortir la voiture du banc de neige. Peut-être pas. Au printemps, vous les reconnaîtrez sans doute assez pour les saluer d'un geste poli de la main. Sans doute. Mais dans six mois, dans un an, que connaîtrez-vous de leur vie? La couleur de leur auto? Évidemment, ils prendront la place où vous aviez l'habitude de garer la vôtre. Leur goût pour leur jardinage? Ou pour les travaux bruyants? Mais saurez-vous seulement quels sont leurs prénoms?

 

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