Pascal Henrard

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Coups et blessures

Publication: 08/05/2012 07:47

Ça commence par un coup de gueule, une idée criée plus fort que les autres. Ça commence par une opinion exprimée à voix haute qui ne plaît pas à tout le monde. Ça commence par un désir pressant de mettre en doute les mauvaises habitudes d'un gouvernement embourbé dans les scandales et corrompu par un manque patent d'éthique. Ça commence par des gens assis qui décident de se tenir debout.

Et ça dérange l'ordre établi. Ça trouble le confort de l'indifférence quotidienne d'une population qui n'avait rien vu venir. Ça ébranle les certitudes d'une société qui se cherche encore.

Fort de son autorité et engoncé dans sa majorité légale, mais pas forcément représentative, le gouvernement québécois a patiemment essayé de mater ses opposants de plus en plus présents, de mieux en mieux articulés, de plus en plus mobilisés.

D'abord en les ignorants, feignant ne pas les entendre tout en prétendant savoir les écouter.

Ensuite en les traitant de petits vandales alors qu'ils n'étaient encore que de pacifiques manifestants passionnés.

Et puis les cris ont monté d'un cran. Pour se faire entendre faute de pouvoir se faire écouter.

Aux cris, les autorités ont répondu par les coups. En jurant qu'elles étaient dans leur droit et en faisant croire au peuple que sa sécurité était menacée par de petits chenapans mal élevés. Ça permettait de ne plus parler des dossiers encombrants de corruption, de conflit d'intérêt, de collusion, de copinage, etc.

L'arrogance et la surdité ont alors aveuglé le gouvernement qui s'est braqué sur ses positions. Comme certains hautains dirigeants de pays lointains...

En essayant de faire croire aux payeurs de taxes que les étudiants étaient de vilains terroristes, le gouvernement a réussi à créer un climat malsain qui, d'un côté, fait peur aux paisibles citoyens et de l'autre lève le cœur des sincères contestataires.

En envoyant ses troupes tabasser sans discernement passants, parents, enfants, étudiants, professeurs,... le gouvernement a démontré son intransigeance et sa fermeté à ne pas plier face au vent de contestation qui souffle contre lui.

Et si les autorités dépassées par les événements ont laissé quelques casseurs infiltrer le mouvement, c'est un hasard qui tombe bien pour justifier l'envoi massif des milices anti-émeute et écraser manu militari la rébellion qui fait bien plus désordre qu'un dîner avec des mafieux en cravate ou des enveloppes brunes glissées sous le manteau.

On n'a pas l'habitude, en Amérique du Nord, de voir tel courant d'opposition publique face à des élus. Mais on a encore moins l'habitude de voir l'usage unilatéral d'une telle violence policière dans une démocratie parmi les plus respectées de la planète. C'est sans impunité que Jean Charest s'est lancé dans une lutte sans merci contre les méchants intellectuels qui démontent chaque jour, argument contre argument, sa théorie d'un plan profitable pour les uns et redevables pour les autres.

C'est contre l'injuste part que les gens se sont mis en marche.

Pour justifier les actions musclées de la police Charest, les sbires du gouvernement ont tenté d'opposer dans certains médias les honnêtes payeurs de taxes à une bande de jeunes écervelés comparé à des enfants gâtés. C'était faire preuve d'un manque flagrant de connaissance de la situation et d'une absence totale de vision. La machiavélique devise «diviser pour régner» appliquée à outrance par Jean Charest et ses compères a permis au gouvernement le plus détesté depuis des lustres à remonter dans les sondages.

Le triomphalisme avec lequel le tandem Beauchamp/Charest a mis, coup sur coup si je puis dire, des offres sur la table pour dénouer la crise n'a d'égal que le manque d'ouverture et la fourberie de celles-ci.

À la suite du mouvement étudiant, des professeurs, des parents, des retraités, des intellectuels, des avocats, des boulangers, des financiers, des quidams, des citoyens comme vous et moi... ont emboîté le pas, convaincus que la cause transcendait la hausse des frais de scolarité et que la société devait se lever si elle voulait avancer.

À Victoriaville, ce peuple en marche s'est encore frappé à un mur. Il y a eu des blessés. La violence a monté encore d'un cran. Des gens on vu leur vie à jamais bousillée. Et le gouvernement n'a pas bougé d'un cran.

Combien de coups, combien de blessures avant qu'on ne les écoute ?

 

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