Pascal Henrard

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La saison des pauvres

Publication: 07/12/2012 17:52

Chaque année, quand décembre pointe le bout du nez, que les falalala rapa-pam-pam inondent les ondes et que Noël approche à la vitesse du traîneau du Père du même nom en pleine livraison, les pauvres reviennent hanter nos soupers bien arrosés.

Avez-vous donné votre petit 5$? Avez-vous contribué au don pré-autorisé de votre entreprise à la demande de votre patron? Avez-vous déposé votre denrée non périssable dans la boîte prévue cet effet?

Bravo! Vos pauvres recevront grâce à votre immense générosité de gentils paniers de Noël bien garnis, des toutous usés par l'amour d'enfants repus et des bonnes intentions en boîte de conserve.

Moi, j'ai rien donné.

Les temps sont durs pour tout le monde et ça fait longtemps que je ne suis pas allé dans le Sud dans un tout inclus. Alors j'économise.

J'ai décidé de couper d'abord dans les dons de charité, les gestes de générosité et le bénévolat. C'est le gouvernement autoritaire de Stephen Harper qui m'en a donné l'idée. Il coupe n'importe quoi, je coupe n'importe comment. Moi, par contre, je me garde un petit 10 $ pour la culture. On n'est pas complètement cheap, chez nous. Et pour maximiser mon investissement, j'irai m'acheter des livres chez Wal-Mart, OK, il n'y a pas beaucoup de choix, mais ils sont bien moins chers que chez mon petit libraire du coin. Je pensais même redonner les livres lus à des pauvres sans culture. Vous voyez que, dans le fond, je suis généreux...

Remarquez que des pauvres, il y en a toute l'année. Pas seulement à l'approche de la tourtière et du souper avec la belle-mère. Les pauvres, ils ont faim, toute l'année, on va quand même pas les nourrir toute l'année. Leurs enfants ont envie de jouer avec des toutous en juin aussi bien qu'en décembre, on ne va quand même pas vider les tiroirs de jouets de nos enfants-rois pour leur faire plaisir 365 jours par an. Et si les pauvres ne font pas toujours la une des médias ces derniers temps, c'est parce que la crise économique touche tout le monde. Elle est équitable, la crise. On a même vu des banquiers faire faillite et des milliardaires perdre des millions à la bourse. Heureusement, le gouvernement a été solidaire avec ces pauvres riches et leur a donné, rappelez-vous, de quoi apaiser leurs souffrances. On ne va donc pas en faire tout un plat de nouilles.

C'est Noël pour tout le monde, sauf pour ceux dont ce n'est pas la religion. Mais, comme la publicité aime nous le rappeler, c'est surtout la saison de la surconsommation. Ce serait gâcher son plaisir de ne pas en profiter pour claquer aujourd'hui l'argent que nous n'aurons de toutes façons pas demain.

Et si vous me le demandez, oui, ce texte est rempli d'ironie. Si vous ne me le demandez pas, bravo.

 

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