Pascal Henrard

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La mauvaise farce de Charest

Publication: 20/04/2012 18:32

Vous avez sans doute vu ou entendu comme moi le discours d'inauguration du premier Ministre du Québec au Salon du Plan Nord. Si vous ne faisiez pas partie des invités triés sur le volet qui étaient dans la salle pour boire les paroles de Jean Charest et déguster des mets fins en sa compagnie, vous n'avez pas trouvé ça drôle. Vous avez même été choqués. Ça vous a laissé sans voix. Ça vous a peut-être carrément révulsé voire révolté.

Qu'un chef de gouvernement se permette des fanfaronnades pendant que sa police tabasse sous ses fenêtres son bon peuple n'est certes pas élégant. Qu'il le fasse devant de richissimes profiteurs qui vivent loin des préoccupations populaires est sans doute navrant. Mais que tout ce beau monde se bidonne est extrêmement troublant.

J'ai l'image de Louis XIV et de sa cour. Mais je préfère ne pas me rappeler comment ça a tourné.

Je rappelle les faits. Pas ceux de Louis XIV, ceux de Jean Premier.

À l'extérieur du Palais des Congrès des étudiants, des professeurs, des parents, des retraités, des travailleurs essayent de rencontrer Jean Charest qui s'apprête à inaugurer le Salon du Plan Nord (vous savez, ce vaste chantier qu'on ne sait pas ce qu'il va nous rapporter mais qu'on sait qu'il va nous coûter très cher). À l'intérieur, dans une ambiance feutrée et chic, des gens d'affaires par l'odeur du profit alléchés s'attendent à faire des affaires en or entre la poire et le fromage.

La veille, vous avez peut-être comme moi, regardé l'émission Enquête à Radio-Canada. Et en voyant Jean Charest luncher ce vendredi avec d'éminents gens d'affaires vous n'avez pas pu faire autrement que de penser à cet ami du PM épinglé la veille par Alain Gravel et son équipe et qui ne semblait pas avoir beaucoup de scrupules à brader le Plan Nord.

À l'entrée du Palais, la police repousse les manifestants manu militari et déclare sur le champ (même pas encore de bataille) que la manifestation est illégale. Ce qui aura pour effet de permettre à la police d'arrêter le moindre passant et de le verbaliser en le menaçant d'un casier judiciaire.

On aurait voulu provoquer du grabuge qu'on ne s'y serait pas pris autrement.

La foule se disperse dans le désordre sous les coups de matraques et les gaz lacrymogènes. Un noyau de manifestants se durcit. N'acceptant pas la provocation. La section anti-émeute masquée, armée de boucliers et de matraque charge, bouscule, tabasse, arrête, menotte.

Pendant ce temps, le premier ministre du Québec, s'installe au micro et commence le discours de l'œuvre de sa vie: le plan Nord.

D'emblée, il raille ce qui se passe à l'extérieur en excusant le retard et en invitant les convives qui ont attendu à se précipiter sur leurs assiettes.

Le Premier continue en se moquant de ceux qui courraient autour du Palais. Il ridiculise ensuite les difficultés financières des jeunes en disant qu'ils pourront trouver du travail dans le Nord, sous entendu bien loin. Il conclu sa pitoyable pantalonnade en faisant une allusion à ceux qui travaillent fort... eux. Et en bon humoriste qui s'esclaffe de ses jokes, il étouffe un rictus.

Si ça ce n'est pas jeter de l'huile sur le feu, je m'appelle Mario Dumont. D'ailleurs le syndicat des pompiers qui s'y connait en matière inflammable appuie les étudiants.

C'est indigne d'un premier ministre. Ça manque bien sûr de classe. Mais c'est surtout totalement irresponsable.

Quand on gère la politique comme si on était sur la scène de Juste Pour Rire, il ne faut pas s'étonner de recevoir des tomates. Aujourd'hui elles sont pourries. Attention demain elles seront peut-être en boîte.

Jean Charest devra un jour répondre de ses actes.

 

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