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Camillien-Houde: faire un détour

Toute cette haine et cette énergie pour un petit détour... Est-ce que ça valait la peine?

10/02/2018 08:00 EST | Actualisé 10/02/2018 08:00 EST
Marc Bruxelle via Getty Images

Depuis que la décision d'empêcher de traverser le Mont-Royal aux chars est tombée, tout ce que le Québec compte de commentateurs déchire sa chemise comme si on était en plein été. Prenons un bon bol d'air du Mont-Royal, et voyons donc si ça vaut la peine de pomper pour si peu.

Rappelons qu'autrefois, le Mont-Royal était une forêt avant d'être un parc. Au 19e siècle, c'était un espace synonyme de santé, on y installait les hôpitaux parce que l'air y était meilleur. En 1876, la ville inaugurait le parc aménagé sur des plans du célèbre Olmsted. Au début du 20e siècle, il n'y avait pas d'autos qui le traversaient ou qui s'y stationnaient. Les premières voitures ont pu emprunter le chemin Remembrance, mais de manière limitée, quelques années plus tard. En 1930, un tramway électrique menait les promeneurs vers le sommet par la voie Camillien-Houde afin que son parcours soit le moins visible possible.

Et puis ce fut le boum du « chacun a son auto ». Le chemin de la montagne est devenu pour des milliers d'automobilistes une voie rapide pour gagner quelques précieuses minutes. On l'a asphaltée. On a ajouté des stationnements. Et le nombre de véhicules n'a cessé d'augmenter. De 2011 à 2016, le nombre d'autos a bondi de 7 % dans les régions de Montréal ajoutant 200 000 véhicules à moteur sur les routes, dont de plus en plus de VUS.

En 2018, l'administration décide timidement de redonner un peu de sa nature au Mont-Royal. Il y aura encore des routes. Il y aura encore des stationnements.

En 2018, l'administration décide timidement de redonner un peu de sa nature au Mont-Royal. Il y aura encore des routes. Il y aura encore des stationnements. Mais on ne pourra plus se servir de ce majestueux poumon urbain comme un raccourci en voiture. Il faudra faire preuve de débrouillardise, d'imagination et de sens de l'orientation pour prendre d'autres chemins (notez que Waze existe).

Ce changement d'habitude pour quelques automobilistes semble terriblement grave puisqu'avec leurs supporteurs, ils grimpent aux rideaux pour un détour de quelques centaines de mètres, voire un ou deux kilomètres, alors que le fiasco du système de santé ou les détournements de milliards de dollars dans les paradis fiscaux ne semblent pas les émouvoir autant.

Parmi les commentaires, notons ceux de gens qui ne sont même pas concernés : « les cliss de velos, ca paye pas d epermis, pas d' assurances, pas d' immatriculations et faut leur laisser toute la place...heureusement qu eje ne vis plus a Montreal, »

Il y a les détesteurs qui écrivent comme s'ils avaient avalé une radio poubelle : « Et une autre belle décision de Projet Montréal! Toute la place pour les parc et les clisss de bécyques pis on se fou éperdument des gens qui doivent se déplacer sur les routes qu'ils ont payés! Fermons les rues et détournons le trafic du trou du plateau vers d'autre quartier a Montréal. Écœurons comme il faut les citoyens ordinaires qui veulent profiter de LEUR montagne en les obligeant a faire des détour de dizaines de killomêtres pour le faire.Est-ce que le Mont-Royal appartient a Ferandez ou la Plante ?? »

Et puis il y a les futurologues qui savent ce que ça va donner : « bonne future faillite mtl plus personne voudra aller la ». Les spécialistes qui connaissent ça : « Victoire de ceux qui ne paient jamais d'immatriculations, les plus chères au Canada !!! Sortons les chevaux et les calèches ....! » Et les experts qui ont LA solution : « Cette route est bien assez large pour y aménager des pistes cyclables avec des murets de béton qui protégerait les cycliste... »

Toute cette haine et cette énergie pour un petit détour... Est-ce que ça valait la peine?