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Je pleure quand je veux

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Cette semaine, un de ces chroniqueurs dont le Journal de Montréal a le secret raillait les Belges qui pleurent en les exhortant de cesser, je cite, ces «mièvreries humanitaires» et en les traitant d'«invertébrés aux glandes lacrymales hypertrophiées».

Alors que les cadavres des victimes étaient encore chauds, que les amputés, les démembrés, les écorchés vifs, les brûlés, les blessés dont la vie ne tient qu'à un fil étaient encore dans les mains fébriles et fatiguées des urgentistes et des infirmiers, que la police traquait la racaille au péril de sa vie, que des familles pleuraient leurs morts et d'autres cherchaient encore à identifier les leurs, cet être repu et replet confortablement installé derrière le clavier de son ordinateur appelait à la colère, à la révolte, à la haine.

«On aurait envie de dire: Tintin, cesse de pleurer, reprends-toi en main, comporte-toi comme un adulte» écrivait Mathieu Bock-Côté, qui ne semble connaître ni la peine, ni l'émotion ni même l'empathie.

Selon ce monsieur, les dessins de Tintin qui pleure sont «enfantins». Il étoffe son argumentation en prétendant que ceux-ci disent «Que nos sociétés ont, devant la violence islamiste, le cerveau paralysé par l'honneur et l'émotion. ... Elles errent ensuite, en se demandant pourquoi on les déteste, sans jamais vraiment comprendre pourquoi.»

Doit-on comprendre que, selon ce bonhomme, pleurer empêche de réfléchir? Croit-il vraiment que faire preuve d'émotion ne permet pas de passer à l'action? Selon ce qu'on peut lire dans son papier subventionné par les réclames de chars, l'honneur serait un anesthésiant cérébral. Et pour couronner le tout, le petit chroniqueur sûr de lui affirme sans les nommer qu'il y a des raisons de détester nos sociétés.

L'humanité semble avoir quitté ce gratte-papier depuis longtemps. À l'instar des délinquants de Molenbeek dont il ne semble connaître que les portraits sensationnalistes que TVA diffuse en boucle, le scribouillard mitraille dans le tas sans se demander qui il va blesser, qui il va toucher, à qui il va faire mal, quel désastre il risque de déclencher.

Monsieur Boche-Côté, laissez-nous donc pleurer si on en a envie. Les larmes rapprochent plus que les armes. Les câlins apaisent mieux que les bombes. Et l'émotion gagne plus de batailles que les explosions. Tant que vous ne comprendrez pas ça, vous ne comprendrez pas l'humanité, alors, n'essayez pas de la commenter.

Engoncé dans ses certitudes, le personnage recharge les munitions de sa kalachnikov à clavier en écrivant : «...on aurait souhaité voir... de la colère... Cette colère et cette révolte qui pourraient alimenter une véritable riposte.» Nous ne sommes pas loin de l'incitation à la violence.

Et le chroniqueur du journal qui tache les doigts et assombrit les consciences conclut par «Comme l'aurait dit Don Corleone dans Le Parrain, «You can act like a man»! »

Si vous voulez lire au complet le texte dont il est question, il est ici. Mais vous n'êtes pas obligé d'augmenter son taux de clics.

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